Guadeloupe : 40% de vie chère et Géothermie, sé tan nou, sé pa ta yo ?

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par Clodomir AUBAULLAN

Décidément, chaque fois qu’on croit avoir atteint un pic d’incohérence dans ce pays, il y en a toujours qui proposent de nous hisser vers de nouveaux sommets. Hier soir, mercredi 6 juillet 2016, cousin Rigobè a encore manqué s’étouffer avec un zèl a denn devant le 20h de Guadeloupe 1ere : Mi Patrick Collé, le chef des gérants de stations-services, le mignon pion du groupe pétrolier Total en Guadeloupe est venu pleurnicher devant la caméra.

Menace sur les 40%

La lèvre tremblotante, l’œil humide, les poches pleines à craquer, pwofitan du piquet de grève des employés du Crédit Agricole inquiets pour leur avenir et celui de leurs enfants, lézom est venu nous supplier de ne pas nous laisser dépouiller, nous les maléré, les RMIstes devenus RSAbles, les chômeurs et les petits retraités. Tonton Coco est venu nous dire de faire très attention. Attention à ceux qui veulent toucher à nos 40% ! Cette prime qui contribue à faire que tout est beaucoup plus cher aux Antilles qu’à Paris. Oui, Patrick Collé, le Che Guevara des sous-produits pétroliers est venu nous mettre en garde contre la voracité « des grands groupes ». En fait, il nous demande de nous méfier des multinationales qui le font vivre quoi !

Non mais sérieux Patrick, le gros des 40% finit dans la poche de qui ? A part celle des Hayot, des Blandin, des Erlong, des Nouy, des Koury et des Gaddarkhan, a pa an poch a’w é ta Petrelluzzi ?

Un qui croit dur comme fer que Patrick Collé est en lutte contre les multinationales, c’est le bon vieux Félix Flémin, le dernier communiste sur la planète (à part le patron de la Corée du Nord). Mais oui, zot ka sonjé Tonton Féfé ? C’est le bougre qui voulait « détotyé » la Guadeloupe en 2009 ! Pendant LKP il parlait de briser le joug colonial français, de détruire la vie chère et la société de consommation, de « lever les freins au développement économique local », et blablabla, et blablabla… Bon, d’accord, Flémin pa té tou sèl ! Mais qu’est-ce qu’on n’a pas entendu dans sa bouche à l’époque ! Henben, hier soir, Ton Féfé était dans la télé nawflaw avec Patrick Collé ! Anlè piquet de grève a moun-la ! C’est pour ça que cousin Rigobè a manqué s’étouffer. Tiens d’ailleurs, on dit qu’en 2009 chez le capitaliste pwofitasyonè Collé et le communiste lkpiste Flémin, l’essence précédait l’existence. On dit qu’objectivement, ils roulaient déjà main dans la main pour plumer la poule sans la faire crier (la poule c’est le contribuable français).

Quand on vous dit qu’il y a trop de postures dans ce pays. Comment voulez-vous qu’on nous prenne au sérieux à Paris ?

Mais il y a plus fort dans ce koubouyon milat qu’on appelle « politique » ou « idéologie » en Guadeloupe. Mésiézédam applaudissez les nouveaux champions de l’usine à gaz : Alain Plaisir et Jacky Dahomay, les plombiers zingueurs autobombardés de la flotte souterraine en ébullition.

La géothermie sous pression ?

Commençons par Don Jacquichotte del Dahomay. Un matin, à défaut de moulins à vent, Tonton Kicky s’est réveillé avec une grosse envie de pourfendre le capitalisme américain. Oui mais que faire ? Qu’est-il permis d’espérer ? Qu’est-ce que l’homme face à l’ultralibéralisme ? Se demanda notre altermondialiste patenté. Think global, act local, se dit-il : Heureusement, il y a Ormat ! C’est ainsi que naquit un embryon de combat hallucinant contre la seule société sérieuse à vouloir risquer du fric dans cette histoire bancale de Géothermie dont tout le monde se fout royalement en Guadeloupe et que l’Etat lui-même considère comme un boulet.

Ce qu’il y a d’étrange dans l’affaire, c’est qu’en 2009, Ton Kicky s’était dressé avec force contre les dérives du mouvement souverainiste LKP… Or le voilà aujourd’hui chevauchant en tant qu’autochtone défenseur de la propriété propre des richesses du sous-sol guadeloupéen. Ka ou pé konprann adan sa ? Rappelons encore qu’en 2003, le même Ton Kicky a fait campagne contre Lucette Michaux-Chevry et sa fumeuse déclaration (souverainiste) de Basse-Terre ! Ki mafouti ésa ? Autant les Guadeloupéens ont apprécié et largement soutenu Jacky Dahomay dans sa lutte efficace contre l’épandage de pesticides toxiques en Guadeloupe, autant là, on a envie de lui dire de s’allonger un peu à l’ombre pour méditer sur l’abîme. Pourquoi un tel échec à mobiliser la société civile dans cette affaire ? Voilà qui mériterait autocritique et réflexion.

Quand on vous dit que trop d’idéologie tue ce pays. Comment voulez-vous qu’on nous prenne au sérieux à Paris ?

Alors un autre qui est bien bien bien garni c’est Tonton Zizi. Alain Plaisir. Le mec a quand même dénoncé hier soir, toujours au journal de Guadeloupe 1ere, l’attitude scandaleuse de Ségolène Royal, l’ex-meuf de Fanswa Hollande qui dirige l’écologie au sommet de l’Etat. Notre Plaisir national s’est montré déçu que la France tienne plus à l’Alsace qu’à la Guadeloupe. Ton Zizi déplore que l’Etat, qui se moque du sous-sol de Bouillante comme d’une guigne, s’investisse pleinement en Alsace avec une entreprise (bien française de chez nous mon bon monsieur), pour sauver les énergies propres… Zot ka sonjé Alain Plaisir en 2009 ? Sé tan nou, sé pa ta yo ? Mais oui, l’autonomiste anticapitaliste anticolonialiste à la conquête du marché intérieur ? Celui qui disait que l’Etat fait exprès de rendre les routes dangereuses en Guadeloupe pour tuer des Guadeloupéens ? Bref ! Sacré Ton Zizi va !

On croyait avoir tout vu mais il y a une cerise-pays sur le gateau, c’est l’écolo vert Harry Durimel qui vole au secours des américains d’Ormat ! Faut-il rappeler que lui aussi fut… membre du LKP sé pa ta yo ?

D’ailleurs, dans la poignée d’irréductibles anciens lkpistes en lutte pour notre souveraineté géothermique, on a pu voir Marie-Christine Mirre-Quidal (indépendantiste de l’UPLG) et… et tiens… Tonton Féfé ! Le même Felix Flémin qui, détail important, est cadre sup à EDF. Et la boucle est bouclée ! Un Ton Féfé bénéficiaire à la fois des 40% de prime coloniale et d’autres privilèges puisque salarié de cette belle, ancienne et noble maison  qu’est EDF (Electricité de… France). Mais il est vrai que Felix Flémin n’est pas le seul fonctionnaire quarante-pour-centé souverainiste aux Antilles. Loin de là. C’est comme qui dirait dans nos mœurs et habitudes.

Récapitulons notre entrée fracassante, quoique poussive, dans le XXIe siècle :

  • D’une part certains anticapitalistes et des autonomistes unis à des capitalistes à l’aise dans leurs baskets françaises pour défendre les 40% de prime coloniale qui vont engraisser Patrick Collé, la petite, la moyenne et la grande bourgeoisie locale en flinguant le pouvoir d’achat des maléré.
  • D’autre part, à peu près les mêmes tontons flingueurs anticapitalistes, nationalistes unis à des antinationalistes réclamant que l’Etat français prenne en main la souveraineté de la géothermie guadeloupéenne (Sans rire, on a carrément entendu un journaliste parler de maintenir la géothermie « sous pavillon franco-guadeloupéen »). Ce dernier groupe se faisant à son tour dézinguer par l’écolo du cru devenu chantre de l’économie de marché mondialisée… On pyès téyat ?

Mi péyi an mwen, mi Gwadloup an mwen chè.

L’être et le néant

On aime bien se gargariser depuis tantôt de « l’intérêt supérieur de la Guadeloupe » voire de celui d’une commune ou d’une obscure section communale pour justifier les alliances politiques les plus osées. Mais comment ne pas y perdre son créole ? Où est le renouveau des idées et des hommes en Guadeloupe ? En quoi ces personnes sont-elles plus cohérentes que les politiciens qu’elles dénoncent à longueur d’années ? Quand on vous dit que trop de gesticulation bloque ce pays. Comment voulez-vous qu’on nous prenne au sérieux à Paris ?

Kalanswa, toutes ces attitudes qui nous déboussolent à nous donner le tournis ne doivent pas nous faire oublier que les employés du Crédit Agricole de Guadeloupe sont bel et bien en grève. Ils affirment que la direction de cette banque, bien implantée aux Antilles, cherche à supprimer leur sursalaire de 40%  autrement appelé « prime de vie chère ». Si l’inquiétude de ces salariés, papas et mamans d’enfants, est tout à fait légitime et compréhensible, ils doivent pourtant savoir que réclamer le maintien des 40% c’est aussi favoriser la flambée des prix et une Guadeloupe à deux vitesses. Car tous les commerçants du plus petit au plus gros s’alignent pour récolter cette manne. Tous les patrons petits ou gros indexent les salaires qu’ils versent sur ce gabarit. Réclamer la garantie des 40% pourquoi pas, mais l’assumerons-nous collectivement ? Rien n’est moins sûr !

Bien qu’on reste bluffé par le toupet et le cynisme de certains de leurs « soutiens » médiatiques (qui en réalité défendent tout bêtement leur petit bout de gras; la société de surconsommation et un vestige de l’économie de comptoir), n’oublions pas que ceux qui comptent, c’est à dire ceux qui comptent chaque sou dès le 15 du mois, ce sont les salariés qui sur le piquet de grève luttent pour préserver leurs avantages acquis de haute lutte par nos ancêtres. Des avantages sonnants et trébuchants qu’on ne trouve ni dans la Caraïbe, ni en France.

2009 l’a démontré : On ne joue pas inconsidérément avec le portemonnaie des Antillais. Pour ça, en revanche, on nous prend très au sérieux à Paris.

Clodomir Aubaullan (Creoleways)

 

Comments

  1. je ne sais pas qui tu es mais j’adore ta façon d’écrire ! go on