Esclavage et colonisation : Alfred Marie-Jeanne moralement contre «réparations et indemnisation» préfère une «aide au développement»

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Alfred Marie-Jeanne, président de la Collectivité Territoriale de Martinique (CTM), a surpris l’auditoire au 7e sommet des chefs d’état de la Caraibe qui s’est tenu à Cuba du 2 au 4 juin derniers.

Après avoir réaffirmé l’imprescriptibilité du crime qu’est l’esclavage et la nécessité d’un devoir de mémoire, AMJ, à l’instar d’Aimé Césaire, s’est dit «  choqué » par l’idée de Réparation mais favorable à «  l’aide au développement » (voir son discours ci-dessous). Une position contraire à celle des chefs d’états membres de la CARICOM pour qui les réparations au titre du génocide amérindien, de l’esclavage ET de la colonisation par les grandes puissances européennes sont considérées comme un moyen de rattraper un criant… retard de développement !

« Marie-Jeannistes » contre « réparationnistes »

Sur son site Caraibcreolenews, l’indépendantiste guadeloupéen Danik I. Zandwonis (qui, comme Luc Reinette ou Elie Domota réclame une indemnisation, une indépendance financée par l’Etat français, des excuses officielles et la restitution des terres aux descendants d’esclaves) n’a pas caché sa déception : « La déclaration totalement à contre courant [d’Alfred Marie-Jeanne], est la preuve que ce dernier n’a  encore rien compris à cette de cette problématique ; pire sa position  semble  tout au moins  objectivement,  se rapprocher des thèses de la mouvance des « Romana-CM98 -Tous Créoles ». Il devient donc urgent que l’entourage  immédiat de Marie Jeanne, l’aide à mieux  saisir  ces questions  afin que la position de la CTM  puisse évoluer positivement. », martèle le journaliste. On doit à l’honnêteté de dire que Danik I. Zandwonis exprime tout haut ce que nombre de militants des réparations (pas uniquement Antillais) expriment violemment, voire injurieusement sur Facebook, à l’abri de l’anonymat.

En Martinique, où les indépendantistes (MIM) alliés aux « Républicains » (LR), ont reconquis le pouvoir aux dernières élections territoriales, sur le site Montray Kréyol de l’écrivain Raphaël Confiant –très proche du MIM d’Alfred Marie-Jeanne dit « Chaben »– on riposte aussi sans ménagements : « sur la blogosphère, une nuée de « réparationnistes », de noiristes et autres Kamites (autoproclamés) se sont déchaînés contre sa personne, tenant même, pour certains, des propos à la limite du racisme. Or, la position d’Alfred MARIE-JEANNE est très en deçà de celle tenue il y a déjà une quinzaine d’années par le Père de la Négritude, Aimé CESAIRE en persone. Position que voici : « Ne nous présentons pas comme une bande de mendiants qui viennent demander réparation pour un crime commis il y a deux ou trois siècles ! ». Or, à l’époque aucun grand Participationniste n’avait hurlé à l’infamie. Tout moun-lan té fèmen djol-yo ! Mieux : Aimé CESAIRE et Camille DARSIERES étaient allés planter « le courbaril de la réconciliation » sur l’Habitation Clément à l’initiative de Bernard HAYOT, le plus riche Béké de la Martinique. Encore mieux : il y a deux ans, Serge LETCHIMY et Maurice ANTISTE, maire du François (commune où est située l’Habitation Clément), étaient venu arroser l’arbre, qui entre temps avait poussé, en présence toujours de Bernard HAYOT. Personne n’avait rien dit non plus ! Motus et bouche cousue. Kidonk fouté CHABEN lapé !… » Fin de citation.

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La spécificité Antillo-Guyanaise dans la Caraïbe

Sous l’angle de la real politik, si dans la Caraïbe (décolonisée par l’indépendance et larguée sans un sou), la question de l’indemnisation au titre de l’esclavage et de la colonisation fait consensus ; au sein des territoires français créoles d’Amérique (décolonisés par intégration à une République Française dont la baisse des dotations s’accentue dangereusement), la gêne des citoyens dans cette affaire demeure plus que palpable. Rappelons qu’avec la loi Taubira, la France est la seule ex-puissance colonisatrice à avoir reconnu, dès 2001 l’esclavage comme crime contre l’humanité. Une position qui renforce celle du décret d’abolition de 1848 qui précise que « l’esclavage est un attentat contre la dignité humaine ; qu’en détruisant le libre arbitre de l’homme, il supprime le principe naturel du droit et du devoir ; qu’il est une violation flagrante du dogme républicain : Liberté, Égalité, Fraternité… » et qu’en conséquence « …en réparation du crime qui les enleva à leurs parents, à leur pays natal, les esclaves affranchis auront pour héritage tous les droits des citoyens français ». Rappelons, en outre, que si les Antilles Françaises souffrent d’un niveau de chômage alarmant et d’un retard de développement flagrant par rapport à la France hexagonale, leur niveau de vie et de protection sanitaire et sociale devance de très loin celui des pays de la grande et de la petite Caraïbe.

Ci-après, la fameuse déclaration d’Alfred Marie-Jeanne qui n’a sûrement pas fini de faire couler de l’encre ou d’enflammer les discours, vindicatifs ou défenseurs, sur les réseaux sociaux.

Kévin Honjoo (Creoleways)

 

L’extrait du discours d’Alfred Marie-Jeanne à l’AEC qui a déclenché la polémique:

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Je suis heureux de vous retrouver.

Œuvrer pour notre Continent Caraïbe, c’est notre devoir commun.

Personne d’autre ne saurait le faire à notre place.

Notre déclaration finale doit être l’aboutissement d’un consensus, j’en conviens.

Néanmoins il nous appartient aussi d’exprimer nos approches différentes sur certains sujets sensibles.

Permettez-moi donc ces quelques remarques :

Concernant l’alinéa relatif à l’esclavage et à la traite négrière

Pour moi, Un crime reste un crime,

Quelle que soit la peine infligée,

Quelles que soient les réparations demandées,

Quel que soit le dédommagement accordé.

Un crime reste un crime.

En quoi un dédommagement peut-il réparer un crime ?

C’est ce qui heurte ma conscience.

La France a fini par reconnaitre l’esclavage comme crime contre l’humanité, sur l’insistance de territoires tels que la Guadeloupe, la Guyane, la Martinique et la Réunion…

L’idée de réparation ou d’indemnisation me choque !

C’est pour cela que je prône le devoir de mémoire, le devoir de la vérité historique.

Je propose un amendement dans l’écriture de l’alinéa 15.

–      Le remplacement des termes « réparation, compensation, indemnisation » par « aide au développement »

Maintenant à vous de décider !

 

En ce qui concerne l’alinéa relatif au transport de matières dangereuses dans la mer des Caraïbes :

Ma position est claire depuis 1999, lors de notre 2ème Sommet ; position réaffirmée au Sommet de Panama en 2005.

Ne me demandez pas aujourd’hui, de revenir sur mes positions et mes engagements.

L’actualité nous rappelle de façon récurrente les précautions à prendre, au moment même où nous parlons de développement durable.

C’est quand même 2 754 000 km² de superficie de  mer nous unit !

En tant que Membre associé à part entière, j’ai jugé utile de vous faire part de mes observations, afin que nul n’en ignore.

Plein succès à nos travaux

Plein succès à Cuba qui le mérite bien !

Alfred MARIE-JEANNE
Président de la Collectivité territoriale de Martinique