Serge Romana aux indépendantistes : «On ne va pas aller refaire le match de l’esclavage…»

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Ainsi parla Serge Romana, le 24 mai 2016 au pipiri chantant sur les ondes de la radio RCI Guadeloupe. Visiblement lassé par plusieurs années d’attaques verbales de certains nationalistes à son encontre, le patron du CM98 s’est lâché.

En effet, l’annonce, au moment des commémorations de l’abolition de l’esclavage des noirs par la France, de la naissance d’une Fondation « Esclavage et Réconciliation » a été reçue comme… une bombe dans le landernau indépendantiste, plus habitué, c’est vrai, à en refiler même aux meilleurs copains qu’à en recevoir.

Quoiqu’on ne comprenne pas bien, en la matière, ce qui pourrait freiner ceux qui réclament à l’Etat français de réparer l’esclavage et la colonisation, Serge Romana a de nouveau été excommunié : cette fois pour sa participation à ce que d’aucuns voient comme un crime (de guerre ? mémoriel ? historique ? antipatriotique ?) à savoir une volonté de se mettre ensemble (blan, nèg, zendyen, milat, etc.) pour avancer.

Si certains indépendantistes, pas tous, ont décidé de re-re-re-déchoir Serge Romana de la « nationalité » guadeloupéenne, d’autres, plus coulants, ont regretté de voir un « Serge Romana vendant son âme à la vermine idéologique békée de Tous Créoles pour un plat de lentilles ». C’est leur droit de le penser et de le dire, nous sommes en France, ça aussi c’est permis.

Entre deux occupations, Serge Romana leur a fait une réponse que beaucoup, beaucoup… ont trouvée pour le moins ferme et assurée. Y’aurait-il du nouveau aux Antilles ? C’est encore trop tôt pour le dire,  mais il semble que, hormis certain conservatisme, ça veuille enfin bouger pour nous-mêmes et par nous-mêmes.

Il tarde toutefois aux hommes de bonne volonté, dont je m’efforce d’être, de savoir si cette fondation sé yenki pawol an bouch ou si la volonté d’avancer ensemble est bien réelle. En attendant des actes, du concret, du béton, du durable, voici, mot pour mot, les propos du vilain, méchant, pas gentil, pas beau, pas beau, pas gentil, méchant, Serge Romana qui empêche à lui seul -nous en sommes là- la Guadeloupe d’être indépendante (avec Daniel Marival, José Gaddarkhan, Luc Laventure, Marijosé Alie… et les békés, bien sûr !).

DD. (Dominique DOMIQUIN, pour qui aurait des doutes).

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Mots de Serge Romana au micro de RCI le 24 mai 2016 (inutile de chercher le podcast : disparèt pran’y !). Rappelons que Serge Romana s’adresse, sauf erreur de notre part, aux indépendantistes:

« Que voulez-vous faire d’autre ? On ne peut pas éternellement refaire le match… Il est fait le match, hein, il est terminé, que voulez-vous : Vous n’avez pas fait de révolution antiesclavagiste, les noms nous ont été donnés, nous sommes des enfants d’affranchis, c’est ça la réalité…  On ne va pas aller refaire le match de l’esclavage qui a 180 ans. Faut arrêter avec cette histoire !

Chaque fois qu’il y a un conflit, chaque fois qu’il y a un problème, on se remet dans la position que nos ancêtres avaient du temps de l’esclavage : « çui-là c’est un mulâtre, faut se méfier de lui ! çui-là sé on nèg nwè men davwa i ka frékanté milat, sé on nèg a blan ! Blan la, an toutjan, la seule chose qu’il peut faire c’est de mépriser le nègre… »

Mais… Hébé ! A ce moment-là, si on reste à répéter ça éternellement… mais éternellement ! Nous n’irons nulle part ! C’est catastrophique ce type d’idéologie. On ne peut pas faire un truc comme ça !

Ou bien vous prenez les armes et à ce moment-là, vous le dites clairement ! Mais n’agitez pas des révolvers en plastique ou en carton en gonflant des muscles… Des muscles ! On met une petite punaise dans les muscles et ça explose ! Il n’y a aucun muscle derrière. C’est de la posture.

C’est en fait des personnes qui souffrent. Qui souffrent parce que justement enben, elles n’ont pas fait le travail qu’on a fait : de réconciliation avec leurs propres parents. Elles n’ont pas fait ce travail-là.

Donc, c’est pour moi un faux chemin. C’est pour moi quelque chose qui ne va nulle part, qui nous fait perdre du temps. »