Esclavage et réconciliation : Serge Romana déclenche encore la fureur des indépendantistes

les cartes ID francaises vont être détruites

« On nous demande d’oublier notre passé ! »  Tel est le cri d’indignation de plusieurs groupuscules indépendantistes antillais emmenés par Garcin Malsa (MIR) et Luc Reinette (CIPN – GLA – FKNG – KOPG – ARC – MPGI – LKP – KLNG) le 23 mai dernier. Leur cible : la fondation « Esclavage et réconciliation » qu’ils accusent de vouloir provoquer « la marginalisation de la question de la réparation ».

Jacqueline Jacqueray, qui succède à Luc Reinette à la tête du Comité International des Peuples Noirs, parle même d’une « démarche violente » au micro d’Ingrid Sénat (journal de 7h de la radio RCI Guadeloupe, le 24 mai 2016) : « On se rend compte que les békés, et par la même occasion l’Etat français, ce qu’ils veulent c’est utiliser donc le CM98, utiliser les afro descendants pour passer en force et passer aux réconciliations sans passer par les réparations… Puisque lorsqu’il y a un crime contre l’humanité qui a été commis, l’Organisation des Nations Unies, l’Etat français même, disent que il faut qu’il y ait réparation. Ce n’est pas nous qui avons inventé ces textes-là, ce sont eux qui ont fait leurs lois ! Donc ils sont en train de tenter de violer leurs propres lois en disant ‘Ben non, euh, y’a eu crime mais c’est pas grave hein ! On va se réconcilier, on va vivre ensemble !’ Parce que c’est ça leur maître-mot : « Il faut vivre ensemble ». Mais pour vivre ensemble, il faut qu’il y ait justice, il faut qu’il y ait respect entre les communautés, il faut qu’il y ait réparation à tous les niveaux. Et donc nous, ce que nous disons, c’est que tant qu’il n’y aura pas réparation, tant que l’Etat français ne nous dira pas ce qu’il pense faire, et notamment la notion des excuses : il y a eu crime, donc ça veut dire qu’il y a eu des victimes, c’est vrai que l’Etat français n’est pas coupable, mais en tout cas il est responsable… En tout cas ne serait-ce que par respect pour la mémoire de nos ancêtres… Ecoutez, nous, nous avons marché de samedi à dimanche sur la trace de nos ancêtres, ne serait-ce que par respect pour eux nous ne pouvons pas accepter que les békés, l’Etat français, enben veulent faire passer par pertes et profits la notion de réparation et nous disent « hé ben, euh, c’est pas grave tout compte fait, tout compte fait c’est pas grave. On vous a dit que c’est un crime mais ce n’est pas grave… »

Sur Facebook, Wonal Selbonne, intellectuel, enseignant et co-animateur du Motphrasé se dit désespéré de voir « Serge Romana vendant son âme à la vermine idéologique békée de Tous Créoles pour un plat de lentilles ». Contrairement à Luc Reinette, Ronald Selbonne fait partie des indépendantistes favorables aux élections « coloniales » françaises et à une autonomie avant l’indépendance. Sa position exacte sur l’idée de « Réparations » ne nous est pas connue.

En référence au passé idéologique de Serge Romana, un autre indépendantiste, l’intellectuel et auteur de théâtre Frantz Succab, officiant lui aussi au journal pro Ary Chalus Le Motphrasé, affirme quant à lui que : « … Romana Serge sait de quels horizons de pensée il vient. Plus de 50 ans d’un combat opiniâtre et pluriel de l’intérieur même des colonies françaises pour recouvrer la mémoire de l’esclavage contre l’injonction assimilationniste à l’oubli prônée par l’Etat français. Qu’il veuille se faire aujourd’hui le « bras armé de la politique mémorielle du gouvernement français », c’est son droit de citoyen français à part entière. Et c’est aussi son droit d’avoir un approche plutôt généticienne qu’historique de la mémoire.Nous savons quant à nous que dès lors que la Guadeloupe sut se nommer pays-Guadeloupe pour un destin différent de la nation française, notre cap, dépassant la quête subalterne de rabibochage (réconciliation), était celui de l’Unité Nationale, transcendant les origines de classe et de race. Et c’est sur ce chemin que nous voulons avancer.
Il n’y aura plus ici des «enfants perdus d’Afrique », mais des Guadeloupéens, qu’on trouve trace ou non de leurs patronymes sur les registres des Habitations, ou qu’ils aient pris souche après l’abolition.
Mais vivent aujourd’hui, principalement en région parisienne, des enfants possiblement perdus de Guadeloupe. Que certains en prennent leur parti ou soient fiers de l’être, c’est un autre problème, le leur. »

Enfin, sur son site Caraibcreolenews (CCN), le journaliste Danik I. Zandwonis, alter ego de Luc Reinette, s’est réjoui pour sa part que « Le jour même où le clan Romana-CM98-Békés annonçait la création officielle à Paris de la « Fondation esclavagiste de la honte », à Pointe-à-Pitre, plusieurs organisations dont le CIPN, le CNGR, le CNMR, FKNG ! et le MIR tenaient une conférence de presse. Les représentants de ces organisations ont de manière unanime fustigé et avec la plus grande fermeté, l’attitude du clan Romana. Ce ‘Guadeloupéen’ qu’on peut considérer comme déchu, fut pendant sa jeunesse étudiante militant de l’AGEG. il a opéré depuis le milieu des années 90 un virage idéologique à 360°. Serge Romana est en effet devenu un néo-assimilationniste français. Proche des allées du pouvoir français de droite ou de ‘gauche’, il est à l’origine de la création du Comité Marche 98 (CM98) lequel initia à Paris la première grande manifestation unitaire des colonisés exilés en France. Depuis le CM98 s’est peu à peu transformé en véritable laboratoire français des thèses néo-assimilationnistes. » Au cours de la conférence de presse de Pointe-à-Pitre, en dénonçant la « Fondation de la honte », plus d’un intervenant a souligné qu’elle pouvait être considérée à l’instar du « Code Noir ré-édité » comme un nouvel outil négationniste colonial franco-européen pour tenter de s’opposer à la montée en puissance du mouvement international des réparations. » Fin de citation.

Une chose est sûre, la mouvance indépendantiste de Guadeloupe ne porte pas Serge Romana dans son cœur! D’où l’affrontement violent entre ces deux conceptions de la mémoire de l’esclavage et de l’idée des « réparations » – il en existe d’autres, dont celle tout à fait logique et respectable publiée ICI.

Rappelons pour finir que les mêmes protagonistes s’étaient affrontés quand le judoka français Teddy Riner (noir), respectant un pari, avait embrassé la chaussure dorée de son entraineur et ami Benoit Compargue (blanc) après sa victoire en finale aux Jeux Olympiques le 3 août 2012. Serge Romana s’était alors fait allumer pour avoir pris la défense d’un Teddy Riner violemment pris à partie par des indépendantistes guadeloupéens.

Francis Rodgers (Creoleways)

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