Toktone G – « Pa kréyol » : Une expression du malaise antillais ?

« Mwen menm pa kréyol. An pa timoun a la métropol, an pa désandan a de Gaulle… » (Moi, je ne suis pas créole. Je ne suis pas l’enfant de la métropole, je ne descends pas de de Gaulle…) Ainsi démarre le titre « Pa kréyol » deToktone G. En brandissant le Code Noir (version Louis Sala-Molins) l’artiste guadeloupéen se revendique nègre et descendant d’esclaves africains. « C’est avec des coups qu’on nous a forcés à apprendre la langue créole », dénonce Toktone (l’autochtone).

Parmi les paroles fortes du morceau, on retiendra « On tomat sé on tomat menm si ou planté-y pli lwen » (une tomate reste une tomate même si on la plante plus loin). Une manière pour Toktone G de revendiquer son essence nègre inchangée, qu’importe la déportation de ses ancêtres du continent noir vers la Caraïbe coloniale il y a plusieurs siècles. « An ka palé kréyol men an pa kréyol (je parle créole mais je n’en suis pas un). An sé on pur descendant d’africain, ou sav ? » En affichant clairement son refus du métissage et de la créolité qu’il considère, c’est son droit, comme une forme d’assimilation à la « mère patrie », l’artiste marque-t-il son désir d’indépendance envers une France dont il n’attend rien ? Pas si sûr !

En effet, paradoxalement, on doit aussi à Toktone G une apparition remarquée au Petit Journal de Yann Barthès (CANAL +) lors de l’inauguration du Mémorial ACTe, monument-musée destiné commémorer et étudier l’esclavage et ses abolitions.

[Kay Delire La 2.0] – Reportage Antilles / Memorial act Le petit journal est allé en Guadeloupe et en Martinique .. et a interviewé des jeunes au sujet du Memorial act ..

Posted by Kay Delire La 2.0 on Wednesday, May 13, 2015

Toktone G s’était alors fait le porte-parole de la jeunesse guadeloupéenne défavorisée. Avec Cali P et « Sajès », des potes du quartier sensible de Mortenol, il avait regretté que Paris s’occupe d’abord de questions mémorielles plutôt que prendre à bras le corps les problèmes sociaux du département, notamment le chômage des jeunes, source de criminalité galopante. « Le ghetto, ils ne le voient pas. Ils ne savent même pas les vrais problèmes de la Guadeloupe » lâchera un Toktone désabusé.

Aux Antilles chacun est libre, y compris de se sentir créole ou pas. Quant au sentiment d’appartenance réelle à la république française, on le voit, c’est compliqué… Sorti en 2011, le titre « Pa Kréyol » est extrait de l’album Indestruktible de Toktone G.

King « Kung-fu » Fougongon (Creoleways)