Mayotte en grève «LKP» exige l’égalité réelle avec la métropole

L’ile de Mayotte, 101e département français, est paralysée depuis le 30 mars 2016. Une intersyndicale a décrété la grève générale. Des barrages routiers ont été dressés en vue d’obtenir l’« égalité réelle » avec la France hexagonale dans tous les domaines. Le point d’orgue est la stricte application du Code du travail national à Mayotte et l’abandon de la proposition de loi dite « El Khomri » sur le travail.

« Nous exigeons l’application de l’article 73 de la constitution qui stipule que Mayotte doit bénéficier du droit commun, comme la Guadeloupe ou la Réunion », martèle El-Anzize Hamidou, secrétaire général de FO Mayotte.

Près de 2000 personnes, fonctionnaires, salariés et retraités, manifestent. Après 14 jours de blocage, leurs principales revendications demeurent :

  • l’alignement des allocations familiales, des retraites et autres prestations sociales « au même niveau qu’en métropole ».
  • le renforcement de la lutte contre l’insécurité
  • la construction de nouvelles infrastructures scolaires.
  • l’application de la totalité du code du travail et des conventions collectives de branche
  • la revalorisation immédiate des pensions minimum de retraite
  • la reconstitution de carrière et la prise en compte de l’ancienneté de service des agents de la fonction publique…

Selon le journal Saphirnews, Le 27 mars dernier, Najata Maala M’jid, rapporteuse spéciale de la commission des droits de l’homme de l’ONU, constatant la situation de 5 000 enfants non scolarisés a déclaré : « Nous sommes à Mayotte, en France. J’ai l’impression d’être dans un pays sous développé au fin fond de la brousse. ». Les Mahorais regrettent que « là où l’État dépense 5 600 euros pour un citoyen métropolitain, à Mayotte, il ne s’agit que de 3 500 euros »

Le syndicaliste Salim Naouda, secrétaire général de la CGT Mayotte, déclarait le 30 mars dernier : « Lorsqu’il s’agit de nous imposer des devoirs, l’Etat n’y va pas de manière progressive ». L’homme rappelle que la population s’est soulevée récemment contre la pression fiscale : « A Mayotte, le taux est plus élevé que d’autres départements de la France métropolitaine et des Outre-Mer en matière d’impôts fonciers et de taxes d’habitation ».

Sur place, on craint que l’atmosphère déjà tendue ne s’envenime si le conflit devait durer dans une île où la jeunesse est la première impactée par la situation économique. En marge de la grève, on déplore des actes de vandalisme et le racket de plusieurs automobilistes. Ce week-end à Mamoudzou, de violents affrontements entre bandes rivales ont été signalés.

« Nous ne demandons pas la lune, mais il me semble que certains veulent pourrir la situation, veulent que ça dégénère, alors que jusqu’à ce jour, nous avons été réglos. Pour l’instant, nous avons le soutien de la population, nous maitrisons la situation, mais nous risquons d’être dépassés et ça sera la responsabilité du préfet, que nous suspectons de remonter des informations incomplètes à Paris », a déclaré le syndicaliste Rivo Rakontondravola, le 11 avril, à l’AFP. Un discours qui n’est pas sans rappeler celui d’un certain Elie Domota (syndicat UGTG), qui avait conduit le LKP en 2009 en Guadeloupe.

Dans la même veine, l’intersyndicale a dénoncé le « mépris » du préfet et la rupture du dialogue social, dans un courrier au Premier ministre Manuel Valls le 1er avril, elle demande au gouvernement de « prendre ses responsabilités » et de désigner d’urgence « une délégation interministérielle en charge d’engager un dialogue social constructif » afin de trouver une issue au conflit. Leur délégation a été reçue le 4 avril en préfecture. Mercredi 6 avril, en soutien aux grévistes, les élus de Mayotte ont signé une motion exigeant « justice et égalité ». Ils doivent rencontrer le Premier ministre, Manuel Valls, le 26 avril prochain.

Situé dans l’Océan Indien, l’archipel de Mayotte est un territoire de 374 km² pour 213 000 habitants. Il est devenu département d’outremer il y a cinq ans. Selon le syndicat FO Mayotte, un premier appel à la mobilisation avait été lancé en novembre 2015. Le mouvement avait été interrompu suite aux attentats de Paris et la mise en place de l’état d’urgence.

Sur les réseaux sociaux, de nombreux internautes ont déploré que nul ne s’intéresse à cette crise sociale qui dure depuis bientôt deux semaines (voir ci-dessous).

Tertullien Mesdouze (Creoleways)