Coupe Davis en Guadeloupe : Encore moins de retombées que le LKP ?

Loin de la coupe aux lèvres

par Frantz SUCCAB

Pour bien comprendre d’où je parle, qu’on sache d’emblée que je ne connais rien au tennis et qu’en temps normal (quand on n’en fait pas tout un raffut) ce sport ne branche pas.

Ce n’est pas ma faute, j’ai grandi dans un pays où ceux qui le pratiquaient ne s’appelaient jamais Ti Sonson. J’étais déjà un grand garçon lorsque le tennis s’est démocratisé au point qu’on puisse y applaudir quelque champion qui n’avait ni la couleur de peau ni l’origine sociale habituelle. Donc, rien dans mon esprit n’en fait une référence au même titre que le cyclisme, le foot, le basket ou la natation. Le sport, vous savez, n’est pas indifférent aux contextes géographiques, historiques, sociologiques, commerciaux et politiques. Ni ici ni ailleurs.

Par contre, si je ne m’y connais pas assez en tennis, je m’y connais en Guadeloupéen, aussi moutonnier que rebelle, selon l’air du temps, et parfois les deux à la fois. Déroutant par son art du masko. Et je sais tout ce qui est mis en oeuvre pour le piéger. Pour qu’en toute innocence, voire joyeusement et même de manière experte, il se prenne passionnément pour ce qu’il n’est pas. Et que, dès le lendemain, avec la même passion, il vous affirme tout de go qu’il n’était pas dupe.

En voici une illustration supplémentaire: la Coupe Davis. Je comprends qu’un public inaccoutumé à la fréquentation des courts s’y soit précipité pour ne pas être en reste. Je comprends aussi qu’avec le temps et l’abondance de chaînes sportives, il y ait nombre de compatriotes éclectiques, qui, sans bouger d’ici, seraient aficionados même de ski alpin… Pourquoi pas, s’il est possible un jour d’importer suffisamment de neige insoluble sur la Soufrière? Ne rien ignorer de rien, je ne peux blâmer cette intention.

Mais voilà, après l’ivresse du spectacle, l’inévitable gueule de bois. Après les  » cocoricos » triomphants, les  » kokiyoko » dubitatifs, voire subrepticement repentants. On a fait foule, assis les uns sur les autres, on s’est côtoyés, frôlés, on a hurlé des hourras à l’unisson. Oubliant toutes les occasions ratées de liyannaj, venant de nous-mêmes, quand c’était nécessaire. Après que les raquettes sont rangées, la terre battue réexpédiée, les athlètes internationaux envolés vers d’autres compétitions, nous revenons à nous.

La Coupe Davis a vécu et nos affaires reviennent. Les madame et monsieur Tout-Le-Monde se renvoient la balle. Des milliers à avoir été éperdument France pendant quelques jours, sous maillot bleu, et puis, sans transition, bèkèkè !

Devant nous, ces casse-têtes toujours bien de chez nous : le monde ne nous a pas plus que ça  » lévé di gad » comme terre du tennis, les rares clubs resteront probablement sans un sou vaillant, avec des courts pas tellement plus fréquentés qu’avant Davis ; les Collectivités continueront à piétiner sur le chemin conduisant la Guadeloupe à vouloir se gouverner; l’eau courante manquera encore à trop de monde, de même que l’emploi; l’Etat français, pollueur sans remord au chlordécone continuera à chercher à s’en laver les mains, délibérément sourd à la protestation citoyenne; etc, etc.. Excusez- moi du peu !

Personne ne me fera croire qu’il n’y a pas dans tout cela comme un malaise qui n’ose dire son nom. Alors je veux bien que les uns s’auto-congratulent sans fin sur la magie de ce spectacle éphémère ou que d’autres attendent avec optimisme ses retombées économiques pour le pays, ou que d’autres encore, parmi la classe politique, pour le coup se cherchent une nouvelle virginité en couronnant des mêmes lauriers et Lurel et Chalus, etc .. Au fond, je m’en fous.

Oui, on a parlé de la Guadeloupe dans le monde, beaucoup moins, au demeurant, qu’à l’occasion du mouvement social de 2009. Quand pour une fois, l’opinion internationale fut curieuse d’apprendre davantage de la culture que nous brandissions, sans que nous ayons pu y répondre au niveau requis …

Lorsqu’une balle vous retombe, il vaut mieux savoir comment la reprendre au bond et où l’envoyer. Les fameuses « retombées », toujours promises et attendues, qu’on sache d’ores et déjà au moins quoi en faire ! En somme, avant tout, savoir ce que veut vraiment la Guadeloupe.