Cyclotron : Qui se moque de la santé des Guadeloupéens et pourquoi ?

Se moque-t-on de la santé des Guadeloupéens et si oui, à qui profite le deal ? Du 24 au 26 février dernier, la Ministre de la Santé, Marisol Touraine effectuait un passage en trombe en Guadeloupe, en Martinique et à la Guyane.

La communication a largement concerné la lutte anti vectorielle contre le virus Zika, et la volonté de l’Etat de conforter l’avenir du CHU de Pointe-à-Pitre dont un récent rapport de l’IGAS pointe la décrépitude alarmante (et un déficit chronique de 90 Millions d’euros…). Si l’on se réjouit des 180 millions d’euros injectés depuis 2012 et des 20 millions supplémentaires confirmés par la ministre, son mutisme sur l’épineuse question du cyclotron ne laisse pas d’étonner. Un silence d’autant plus lourd qu’à côté, notre « sœur » Martinique ne cesse d’avancer ses pions dans ce dossier pourtant initié et porté à bout de bras par la société civile guadeloupéenne.

On se souvient qu’il a fallu près d’une année de mobilisation de la Guadeloupe pour arracher au très fluctuant François Hollande la promesse d’un engagement ferme sur ce dossier « TEPScan – Cyclotron ». Et qu’en reste-t-il aujourd’hui ? Que va faire notre population vieillissante, largement empoisonnée au chlordécone sans cet indispensable outil qu’est le cyclotron ? Pourquoi le dossier guadeloupéen, sans conteste le mieux ficelé, se voit-il toujours reporté à coups d’argumentations bancales et/ou partisanes ? Autant de questions auxquelles une nouvelle mobilisation des guadeloupéens et de leurs élus va probablement devoir répondre.

Ci-après, le communiqué du très vigilant collectif « Action cyclotron » qui, à notre connaissance, n’a guère eu d’écho dans les médias de flux.

Dominique DOMIQUIN (Creoleways)

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Communiqué d’Action Cyclotron

L’affaire Cyclotron :
Une collusion entre l’administration de la santé et le lobby industriel

Différentes informations sont diffusées sur le projet de cyclotron centralisé en Martinique, dont la prochaine installation de l’industriel Cyclopharma avec la collaboration du Professeur Bourguet, ce professeur, si intègre, qui avait écrit l’année dernière dans son rapport (jamais diffusé !), que le modèle guadeloupéen était le meilleur mais que pour des raisons industrielles, il fallait choisir le projet martiniquais.

Certes… il fallait surtout qu’il prépare sa retraite… au soleil !

Quant au projet martiniquais, n’en déplaise à certains, il n’est ni chiffré, ni étudié et son fonctionnement estimé génèrera 2,4 millions d’euros de déficit par année. Il ne sera en équilibre qu’en 2027 !

Ce que ne disent pas les promoteurs de ce projet, c’est que le transport est à la charge de l’utilisateur : en effet, l’analyse des coûts montre que le transport nécessite trois à quatre avions avec des mesures de protections particulières. D’ailleurs, jamais aucune réponse n’a été apportée aux nombreuses questions que soulève le problème du transport des radiotraceurs entre les îles !

Dans ce cas : qui assurera la charge de ces frais ? Le CHU de Guadeloupe, un établissement déjà sérieusement endetté ?

Si ce transport était si évident que l’on prétend, comment expliquer alors, que la Corse ne bénéficie toujours pas de l’installation d’une caméra TEP ?! Située à moins de 200 km de la France métropolitaine, avec une population d’environ 320.000 habitants, cette collectivité territoriale envisage elle aussi, l’installation d’un mini-cyclotron pour assurer la prise en charge de ses patients, à défaut de toute autre solution envisageable ! La comparaison est aisée avec notre situation d’insularité et la distance entre la Guadeloupe et la Martinique !

Aucune étude n’a été menée sur le projet martiniquais et nous sommes dans l’irrationalité économique la plus complète, au profit d’un certain centre d’intérêts privés et de lobbys industriels.

Le projet guadeloupéen dérange parce qu’il ne répond pas aux critères et modes de fonctionnement habituels, et que son architecture et sa construction intéressent d’autres régions comme la Nouvelle Calédonie et la Corse.

Aussi, pour information objective, nous rappelons que la SEM Patrimoniale Région Guadeloupe en charge de la mise en œuvre de ce projet nous apporte l’état des lieux suivant :

– Le foncier d’implantation du cyclotron est acquis et se situe à Dothémare aux Abymes.

– Le marché de travaux a été contracté avec GTM et que depuis deux mois, nous travaillons en concertation avec les utilisateurs et l’ASN à la définition des plans d’exécution.

– Le permis de construire est en phase finale d’instruction.

– Les travaux de terrassement vont commencer la semaine du 25 février.

– Les équipements cyclotron, enceintes blindées et modules de synthèse ont été traités avec les sociétés PMB, TEMASINERGIE et TRASIS.

– Les équipements du contrôle qualité sont en cours de validation.

– Le plan de recrutement et de formation des personnels a été élaboré.

– L’équipe technique du cyclotron est en relation directe avec l’ASN pour les mises au point techniques.

– Le GIP CIMGUA a déposé une demande d’autorisation pour la caméra TEPscan, sujet donnant lieu à discussion avec l’ARS, très proche de la thèse martiniquaise, alors même que la TEP inscrite au SROS sera installée en Guadeloupe quoiqu’il en soit.

– Le plan de financement du centre d’imagerie moléculaire est arrêté avec la participation de la Région Guadeloupe et du Conseil Départemental.

– Le budget d’exploitation du cyclotron guadeloupéen a été établi et atteint l’équilibre la deuxième année, contrairement au projet martiniquais qui devra attendre 2027.

– Les projets de conventions avec le CHU sont en cours de rédaction et définiront le rôle et le fonctionnement de la PUI et de la collaboration avec le CHU.

– Une convention de recherche et développement sera établie avec PMB pour un investissement de 250.000 euros sur le développement, à terme, d’autres molécules.

– L’assemblée générale du CIMGUA se réunira très prochainement pour approuver ces différents points.

Le cyclotron de la Réunion n’est pas rentable parce qu’il est conçu sur le même modèle que le projet martiniquais avec, quelque part, les mêmes acteurs et intervenants.

Enfin, pour clore le débat, nous sommes tous en attente du fameux rapport de l’IGAS, qui comme celui de Bourguet, n’a pas fait l’objet de publication… A croire que les élus, les responsables, les professionnels et la population de la Guadeloupe ne savent pas lire !

Mercredi prochain 24 février 2016, Madame Marisol Touraine viendra en Guadeloupe pour le Zika… nous pouvons tous aller à l’aéroport pour l’accueillir avec un tee-shirt ou une pancarte cyclotron !

L’égalité de tous et notamment des Guadeloupéens devant la santé n’est pas une priorité pour le Ministère de la Santé mais un sujet de caste !

Action Cyclotron

Le 22 février 2016