Aimé Césaire : Que pensait-il franchement du créole ?

Diffusé en septembre 1963, le magazine littéraire Préfaces de la TSR réalisait un croisement d’interview des pères de la Négritude : Avec franchise, le Martiniquais Aimé Césaire et le Sénégalais Léopold Sédar Senghor y exposaient leurs visions poétiques et politiques respectives. Interrogé à l’époque par le journaliste Maurice Huelin, Aimé Césaire, pour qui les Antilles sont « l’Afrique et la France » livrait sans fards son sentiment sur l’intérêt, à ses yeux, de la langue créole. Transcription de l’extrait :

Maurice Huelin : Dans certaines de vos œuvres, vous avez marqué un retour au folklore antillais. Pourquoi vous n’avez pas poussé l’expérience jusqu’au bout et écrit en créole ?

Aimé Césaire : Vous avez parfaitement raison. Je ne suis pas du tout créolisant ! Pour plusieurs raisons… Et c’est que peut-être, j’ai le sentiment de l’infirmité de cette langue qui s’appelle le créole, qui me parait vraiment une petite langue régionale d’une portée extrêmement limitée. Non pas du tout que je la méprise, mais enfin, pour en faire un instrument valable, il aurait fallu faire sur cette langue un effort aussi prodigieux que celui que les gens de la pléiade ou les hommes du XVIe siècle ont fait [faire] au français. […] Est-ce que vraiment, en 1962, cela en vaut la peine ? Je n’en suis pas sûr. Et je vois que même en Haïti le problème se pose. Et pourtant Haïti a une population plus considérable que la nôtre. Les intellectuels haïtiens ont été confrontés par (sic) un problème assez douloureux (Devaient-ils écrire en français ? Devaient-ils écrire en créole ?) Et je ne sache pas que la majorité ait choisi le créole. Parce que c’est une langue, encore une fois, d’une influence extrêmement limitée, choisir le créole c’est un peu se couper du reste du monde.

Voir l’intégralité de l’interview sur le site de la TSR ICI.

Comments

  1. ……..ce qui n’est pas faux !!