Martinique : Guy Flandrina répond à Jeannie Darsières

La soldatesque en branle

par Guy FLANDRINA

Dans France Antilles (19/01/16), Jeannie Darsières s’en prend à moi avec une virulence qui traduit bien toute son amertume et son incompréhension tant du texte, remarquable de sagesse et de pertinence, de son camarade du PPM : Edouard de Lépine (FA 08/01/16) que de ma tribune (FA 14/01/16).

Il arrive parfois que des personnes ayant exercé la profession d’enseignant veulent inculquer aux autres ce qu’elles ont elles-mêmes mal assimilé…

Dès lors, je ne peux que plaindre la pauvre Madame Darsières plutôt que de m’offusquer de ses propos outranciers et autres insultes, infondés, à mon endroit.

Puisque cette militante aussi passionnée que peu raisonnée voudrait m’enseigner ce qu’est le métier de journaliste, qu’elle apprenne d’abord à distinguer une tribune d’un article de presse[1].

Le texte qu’elle évoque n’est pas un article dans lequel je m’astreindrais à respecter une éthique et une déontologie de la presse à laquelle, en tant que journaliste, je n’ai jamais failli.

Il s’agit d’une tribune, c’est-à-dire d’un espace de libre expression offert par un journal à tout citoyen désireux de prendre part au débat public. Je découvre combien j’ai eu tort de vouloir m’éloigner de la pensée unique que voudrait instaurer la passionaria du PPM. Devrais-je demander l’autorisation à une quelconque directrice de conscience pour avoir le droit de m’exprimer, démocratiquement en tant que citoyen, en terre martiniquaise ?

Ayatollah en jupon

Faisant suite au texte d’Edouard de Lépine que j’ai trouvé fort sage et réconciliateur, je me suis cru libre d’émettre une opinion, hors du métier qui est le mien, dans une tribune.

J’ignorais alors que je soulèverai l’ire d’un irascible ayatollah en jupon !

Si Jeannie Darsières s’était donné la peine de lire pour essayer de comprendre ce que dit Edouard de Lépine, elle aurait peut-être retenu de son propos que le « plus grand de tous les rêves césairiens (est) le rassemblement du peuple martiniquais tout entier dont l’émancipation ne peut pas être l’œuvre d’un seul parti mais le fruit de la coopération de toutes les forces vives du pays (…) ».

Je n’ai pas vu, dans ses écrits accusateurs, qu’elle reproche à Edouard de Lépine d’être « un inconditionnel laudateur d’un parti au pouvoir » quand il affirme : « le PPM soutiendra loyalement le président Marie-Jeanne chaque fois qu’il prendra une décision qui lui paraîtra mériter de l’être ».

Je ne crois pas non plus avoir lu dans l’assemblage, haineux et méprisant, de Jeannie Darsières les paroles responsables, dignes et fédératrices de son autre camarade, Jean-Claude Duverger. Lequel s’affirme comme « chef de file de la minorité face à la majorité » et « s’engage à travailler au profit des intérêts de tous les Martiniquais en évitant toute opposition systématique ». La déclaration de ce progressiste de la première heure lui aurait-elle échappée ou bien la gauchiste-bourgeoise foyalaise refuse-t-elle d’en faire -dans sa bouche- un pestiféré, du fait de sa popularité bien au-delà de son Trénelle natal ?

Petit soldat

Si cette ancienne enseignante s’était seulement donné la peine de lire, pour essayer de comprendre, l’ouvrage de feu son époux sur Joseph Lagrosillière[2] au sujet de l’alliance de ce dernier avec l’usinier Clerc, sans doute sa réflexion eut-elle été plus ouverte et conciliante.

Mais il est certes plus aisé d’user d’insultes que de puiser dans des livres pour tenter d’analyser une société, rechercher les points d’ancrage aptes à nous faire avancer, ensemble, par la connaissance et au-delà de nos différences, voire de nos divergences, lorsque l’urgence l’exige de chacun.

Jeannie Darsières qui a passé des années à enseigner les lettres avant de s’ingénier à vouloir faire de la politique pour y instaurer son caporalisme, retiendra-t-elle seulement cette leçon de Lénine à Trotsky : « Jamais les poules ne voleront aussi haut que les aigles »…

Elle a pourtant d’éminents modèles au Parti Progressiste pour lesquels le titre même de ma tribune : « La grandeur du vaincu » était un hommage en soi ; hélas, il est des subtilités qui échappent à la soldatesque !

Guy FLANDRINA

1] J’en profite pour porter à la connaissance de Mme Darsières la parution de l’Annuaire du Club Presse Martinique (2016) qui lui fournira de quoi combler ses lacunes sur le métier de journaliste et la presse en général.

2] Camille Darsières, Joseph Lagrosillière, socialiste colonial, biographie en 3 tomes, Éditions Désormeaux, mai 1996.