Eau en Guadeloupe : Entre arlésienne et retour vers le futur

A la veille de Noël 2014, cinq ans après les grèves de 2009 où les manifestants dénonçaient l’incurie de nos politiques dans le dossier de l’eau, 143 salariés de la Générale des Eaux, inquiets de leur transfert au SIAEAG, lançaient un préavis de grève illimitée. Le journaliste Eddy Nedelkovski s’était alors fendu dans 7ACTU (Guadeloupe 1ere) d’une tribune pas piquée des hannetons. Il y fustigeait notre passion pour la grève et l’incapacité de nos élus (entre gabegies, laxismes, égoïsmes, copinages et tuyaux percés) à régler le sempiternel problème de l’eau.

Deux ans plus tard, à l’heure où nous écrivons ces lignes, les politiques de Guadeloupe nous assurent, pour la énième fois, qu’ils vont enfin régler cette histoire d’eau. Cette fois, c’est promis, rien n’est insoluble: on va réunir les EPCI, les entreprises, le préfet, et la CASBT de Lucette Michaux-Chevry. On va donner la parole a un syndicat d’usagers et à l’Office de l’Eau. C’est juré, la Région-Chalus et le Département-Lincertin avanceront efficacement dans ce dossier. C’est ça ou bien demander comme l’écrivain Maryse Condé que l’Etat français règle nos problèmes d’eau au titre des réparations pour l’esclavage colonial… Nous en sommes là. En voulant croire que nos élus sont résolu à faire leur job, juste leur job, une petite piqure de rappel ne peut pas faire de mal.

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Billet d’humeur d’Eddy Nedelkovski 7 Actu du dimanche 21 décembre 2014

Vous n’allez quand même pas oser me dire que la Guadeloupe est un pays normal !

Quand les pluies se font rares, en Carême, l’eau courante manque.
Quand les pluies se font surabondantes, en Hivernage, l’eau courante manque !
C’est ça, …la Guadeloupe.
Tuyaux percés et grèves !

Pour les tuyaux percés, on sait depuis longtemps !

Les politiciens —et politiciennes !— qui prétendent découvrir le problème mentent ! Effrontément !

Combien de reportages, combien de magazines, combien de débats télévisés mon honorable confrère Eric René (retraité depuis quelques années) n’a-t-il pas consacré —sur cette antenne !— à la problématique des canalisations percées qui laissent fuir l’eau que nous payons pour qu’on la potabilise !

Combien de promesses n’avons-nous pas entendues ?…

Rappelez-vous, l’année dernière, à la même époque, quand la Générale des Eaux refusait de discuter (parce que plus crédible) avec l’ancien président du SIEAEG, Amélius Hernandez, le Saint-Jean Bouche d’or de l’eau et des Fêtes de l’eau …arrosées au champagne !

Rappelez-vous : c’est, finalement, en petite délégation qu’on avait négocié, en catastrophe !, un accord valable jusqu’à ce 31 décembre…

Un an pour tout régler !, un an pour tout oublier !… Un an !

De rebuffades en rodomontades, de mise à l’index du SIEAG à son excommunication, des élus et éluEs qui se veulent responsables, tous avaient oublié que le SIAEAG traîne toujours les dettes qu’ils ont creusées ensemble…

C’est seulement en décembre —quand donc est venu le mois de décembre…, quand les 143 salariés de la Générale transférables au SIEAG se sont manifestés— que les mêmes se sont rappelés de l’existence de l’accord expirant dans …dix jours !

Une grève (c’est sacré !, la grève)…

…Une grève donc de salariés inquiets de leur transfert prochain à une structure qu’on veut tuer pour ne pas lui payer ce qu’on lui doit —et qu’elle doit !—, et voilà la Guadeloupe de nouveau privée d’eau !

Sauf que, en décembre, ici, il y a nous ! Nous, plus des vacanciers, et …des touristes. Et ils causent dans les radios…

– On a un jerrycan, parce que on est dans une location: le Monsieur nous a donc procuré un jerrycan d’eau. Donc, avec une casserole d’eau, on peut prendre une douche, finalement.

– Nous venons en Guadeloupe depuis 1995 et nous sommes… un peu… habitués… à toutes sortes de mouvements sociaux, quels qu’ils soient, et divers, en Guadeloupe. Bin oui !… On est en vacances…, mais je crois que l’eau c’est le pire de tout. Bon… On a eu l’essence, l’électricité, les poubelles… Mais, l’eau, c’est le pire !

Bienvenue, Messieurs et Dames, en Grèveloupe !

Le pays où on ne se parle pas !, l’île où on ne dialogue pas !, l’archipel où —de coups de mentons en surenchères verbales— seuls comptent rapport de forces et épreuves de force !

En Grèveloupe, on ne règle pas les problèmes : on les laisse couver !

En Grèveloupe, on ne se parle pas et on ne s’écoute pas. On ne dialogue pas : on pratique le fan’n tchou !

En Grèveloupe, les patrons ne sont à l’écoute ni de leurs salariés ni des syndicats qui les représentent.

En Grèveloupe, les salariés et leurs syndicats ne sont à l’écoute ni de la conjoncture ni de la situation de leurs entreprises.

En Grèveloupe, les élus ne sont à l’écoute ni du peuple ni du pouls du pays.

Pour s’entendre, il faut s’écouter !

En Grèveloupe, c’est chacun pour soi, dans l’intérêt du moment. Que dis-je ?… Dans l’intérêt de l’instant !

…Alors, en cette période où il arrive qu’on croie à un « miracle de Noël », faisons un rêve : celui d’un jour où tous les guadeloupéens de bonne volonté se décideront à parler ensemble. D’eux et du pays, du quotidien comme de l’avenir.

Je sais bien que ce pays est comme moi-même, qu’il a plus de passé que d’avenir…

Du passé, faisons table rase ! Trop de passé tue l’avenir !

Faisons un rêve : apprenons, malgré nos intérêts parfois divergents, à nous …parler ! Et à nous entendre !

Si cela pouvait être… : paix donc, ce dimanche, à tous les guadeloupéens de bonne volonté ! Paix, partout dans l’univers, à tous les Hommes de bonne volonté !

Eddy NEDELKOVSKI