Coupe Davis en Guadeloupe : Patrick Kanner, le Ministre des Sports, monte au filet

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Hier, vendredi 25 décembre 2015, la Fédération française de tennis (FFT), l’Etat français, les sponsors, la presse mondiale, l’équipe de France et celle du Canada apprenaient qu’Ary Chalus, le tout nouveau président de la Région Guadeloupe, envisageait d’annuler cette manifestation d’envergure internationale. Une mauvaise surprise au matin de Noël, pour l’ensemble des acteurs et partenaires de la Coupe Davis 2016.

Un coût jugé trop élevé.

Selon Ary Chalus, organiser la Coupe Davis s’élèverait à 4,5 millions d’euros et non pas à 1,5 million, comme annoncé par la FFT. Un budget qui dépasse de loin le million sur lequel son prédécesseur, Victorin Lurel, avait engagé la Région Guadeloupe.

L’annonce fracassante sur Guadeloupe 1ere (service public) de ce qui peut passer pour un ultimatum d’Ary Chalus, n’a pas manqué de faire réagir le ministre des Sports, Patrick Kanner. Samedi 26 décembre sur RTL, ce dernier s’est montré conciliant mais ferme « Pour moi la compétition doit avoir lieu en Guadeloupe. Trouvons un bon accord (…) et les voies de la raison en cette période de vœux (…) La Guadeloupe doit organiser le premier tour de la Coupe Davis du 4 au 6 mars contre le Canada ».

À 48 heures d’une décision officielle d’Ary Chalus, Patrick Kanner s’est dit surpris des chiffres avancés par le nouveau patron de la Région Guadeloupe : « Je ne sais pas sur quoi il se base !… On est déjà très très avancé dans le projet. On ne change pas comme ça de lieu à quelques mois de la compétition, c’est une compétition internationale » s’est agacé le ministre.

Arrière-pensées politiciennes en fond de court ?

Vainqueur des régionales face à Victorin Lurel (PS), Ary Chalus (DVG) dirige depuis quelques jours la Région Guadeloupe. Faut-il voir dans sa décision brutale un désir de montrer sa rupture avec tout ce qu’a réalisé ou commencé Victorin Lurel ? « M. Chalus veut certainement se démarquer de son prédécesseur, en période d’alternance cela peut se comprendre », a estimé Patrick Kanner.

A demi-mots, le ministre des sports semble suggérer que la nouvelle équipe en place pourrait vouloir profiter de l’occasion pour faire rénover, aux frais du contribuable, le stade Amédée-Detraux qui doit accueillir la coupe Davis en 2016 : « S’il y a des travaux récurrents et permanents à faire sur le stade vélodrome de Baie-Mahault, rappelle Patrick Kanner, ce n’est pas à la FFT de l’imaginer. Isolons bien l’événement du mois de mars des travaux nécessaires qui pourraient être durables pour le stade. Dans ce cas-là, c’est un autre dossier qu’il faudra monter avec les instances du sport français et en particulier le ministère. » a conclu Patrick Kanner.

La Martinique en embuscade

Par la voix de Germain Soumbo, le président de la ligue de tennis de Martinique, l’île « sœur », candidate malheureuse comme la Seine-Maritime (Rouen) et la Savoie (Albertville), se dit toujours prête à accueillir le premier tour de la Coupe Davis France-Canada en mars en cas de forfait de la Guadeloupe. Selon Germain Soumbo, la Martinique ne pourra « revenir dans le jeu que si la Guadeloupe dit non. ». Le président de la ligue de tennis de Martinique ajoute que le stade Pierre-Aliker de Fort-de-France est « mieux calibré pour l’organisation d’événements internationaux », et ne nécessite, lui, aucun effort budgétaire supplémentaire.

On se souvient que le 4 décembre dernier, Germain Soumbo avait exprimé une « grande déception » et un « sentiment d’injustice » quand Yannick Noah, ses joueurs et la FFT avaient privilégié la Guadeloupe pour accueillir la Coupe Davis. Selon Germain Soumbo, un événement tel que la Coupe Davis est un investissement : « une chance qui ne se présente pas tous les jours, en terme de rayonnement pour la Martinique, pour son tourisme et le nombre de nuitées vendues »… à bon entendeur, salut !

« Changer d’avenir » sans trop changer ?

En Guadeloupe, la population semble déçue ou résignée d’apprendre que cet évènement historique, d’une portée mondiale, pourrait se dérouler ailleurs pour cause de refus de l’actuel président de Région d’assurer les engagements pris au nom de la Guadeloupe par son prédécesseur. Preuve que la classe politique locale peine à changer ses vielles habitudes, même lorsque l’image du pays est en jeu à l’international.

Paddy Hampâté-Dioussa (Creoleways)