Yan Monplaisir choisit le rééquilibrage et l’alternance démocratique

par Yves-Léopold MONTHIEUX

Absent de la Martinique, si peu finalement, j’imagine que s’il en est un qui a dû avoir le sourire ce dimanche soir, c’est bien celui qui s’était donné l’ambition de porter le camp des modérés à un rang plus conforme que celui occupé depuis une quinzaine d’années. Yan MONPLAISIR a gagné son pari et mis à mal les sondages d’opinion. Sans le phénomène Janbé Pak et la présence chez l’adversaire de plusieurs maires et élus de droite, la liste BA PEYI A AN CHANS pouvait espérer faire bouger, à son bénéfice, 4 ou 5 points supplémentaires.

J’ai trop longtemps déploré les comportements suicidaires d’élus de ce camp politique pour ne pas reconnaître que Yan MONPLAISIR et sa liste viennent de remporter un véritable succès. Cependant ce succès paraissait ne devoir se confirmer que dans une perspective d’action positive. La différence entre les 3 premiers candidats ne semble pas s’être faite en fonction des compétences des hommes en présence. Leurs valeurs intrinsèques sont très généralement reconnues. On doit plutôt y voir, de la part des électeurs, la volonté d’alternance démocratique et de rééquilibrage politique dans une gouvernance où le statut de l’opposition n’a pas été la principale préoccupation des instituants.

C’est la même impression que j’avais eue lors des élections législatives de 2012 en écrivant « Le rééquilibre démocratique entre le PPM and Co et le RDMIM ». En effet, effet de balancier, deux ans après sa défaite aux régionales, Alfred MARIE-JEANNE avait remporté le succès qui avait surpris tous les observateurs. Il s’en était suivi le succès total d’EPMN aux élections sénatoriales. Cette alternance m’avait paru salutaire comme j’avais trouvé satisfaisant pour la démocratie qu’après deux présidences d’Alfred MARIE-JEANNE, vînt le tour de Serge LETCHIMY de diriger la collectivité. Aujourd’hui il ne paraît pas scandaleux qu’au soir du 13 décembre 2015, les anciens départementalistes soient, à leur tour, en position sinon de remporter la présidence de la CTM, du moins de prendre part à la conduite du nouveau pouvoir local.

Deux expériences de rapprochement avec la gauche autonomiste ou indépendantiste ont été tentées : la première avec Alfred MARIE-JEANNE, la seconde avec Serge LETCHIMY. Les rapports noués en ces deux circonstances ont pu aider BA PEYI A AN CHANS à se déterminer en un choix éclairé pour le second tour. Elle avait la possibilité de maintenir sa liste et de se murer dans une morne opposition, très commode pour la majorité. Quitte, pour quelques-uns, à risquer de se faire débaucher par la majorité, comme ce fut le cas au cours de la dernière mandature régionale. BA PEYI-A AN CHANS n’a pas souhaité rejoindre cette ancienne majorité d’autant plus que le leader de cette liste en a fermé la porte. Le patron du GRAN SANBLE n’a pas manifesté les mêmes préventions.

On se souvient que sous la première présidence de MARIE-JEANNE, en 1998, la droite avait su garder son âme. Cette alliance ne fut pas une dilution ni une absorption par le MIM mais une véritable alliance de travail. Des moyens politiques avaient été accordés à Pierre PETIT, Miguel LAVENTURE et Jean-Marcel MARAN. On se rappelle que la parole de ce dernier était écoutée et entendue dans sa mission de président de la commission de l’Education, que le pouvoir de Pierre PETIT était incontestable dans celle de président de la commission économique, tandis que Miguel LAVENTURE avait la confiance du président pour s’occuper du tourisme.

Yan MONPLAISIR et ses co-listiers de BA PEYI-A AN CHANS ont vraisemblablement tenu compte de ces relations éprouvées dans leur choix de faire liste commune avec Alfred MARIE-JEANNE et le GRAN SANBLE.

Yves-Léopold MONTHIEUX, le 8 décembre 2015