Guadeloupe : Jacky Dahomay et Didier Jeanne (ACVC) soutiennent la CGTG et L’UGTG

Featured imageDénonçons la répression syndicale en Guadeloupe

par Jacky DAHOMAY et Didier JEANNE

Depuis quelques temps l’on assiste passifs à des évènements qui il y a encore quelques années auraient parus surréalistes. En ce mois d’octobre 2015, trois de ces évènements sont venus défrayer les chroniques et de façon surprenante le public a semblé groggy face à eux. L’Association Collectif Vigilance Citoyenne qui se veut vigilante attire l’attention du public sur ce qui se passe et pointe du doigt une tendance lourde de l’appareil d’Etat – que certains qualifient de thermidorienne – qui vise à ronger les acquis sociaux et, dans le même temps, à étouffer la voix des travailleurs.

Jusqu’ici et selon une longue tradition, il était de coutume en France que les débordements syndicaux, même contraire aux lois en vigueur, ne soient pas traités de la même manière que la délinquance ordinaire. La suppression de cette distinction vise à criminaliser la contestation sociale.

Ainsi, suite aux propos dits diffamants diffusés dans un tract par des leaders syndicalistes de la CGTG, à l’encontre de certains descendants de la famille Huygues Despointes, le syndicat s’est retrouvé condamné à payer plus de 30.000 Euros de dommages et intérêts aux plaignants et l’ACVC trouve cette peine totalement disproportionnée eu égard aux faits reprochés ainsi qu’au contexte qui les a créés. Certes, notre association peut trouver maladroite de la part de la CGTG de stigmatiser un individu en fonction de son origine historico-familiale. C’est ainsi que lors de l’affaire Nicolas Chaulet nous réclamions que l’individu en question soit condamné pour ses propos racistes sans que sa famille soit interpelée à ce sujet. Tout individu qui s’appelle Chaulet ou Despointes n’a pas forcément une mentalité esclavagiste. Mais entre cette diffamation présumée et la lourdeur des peines infligées à la CGTG, il y a là une distance qui mérite réflexion. C’est parce que les Despointes accusés par la CGTG sont des patrons tout à fait inscrits dans la domination capitaliste mondiale qu’ils n’hésitent pas à plonger dans le chômage des travailleurs guadeloupéens. Telle est leur violence ! Et la CGTG a eu tout a fait le droit de la dénoncer car le développement du chômage ne relève pas d’on ne sait quelle logique de la nature mais de politiques clairement concertées.

En ce sens on pourrait se demander si le but de cette peine infligée à la CGTG n’est pas seulement de rendre justice mais probablement pensons-nous, de nuire gravement au syndicat et, au-delà, d’intimider une contestation sociale qui risque de se développer dans les temps à venir. Dans tous les cas l’ACVC élève sa voix contre ce jugement en appel inique et exprime sa solidarité avec ce syndicat. La démesure de la somme à payer risque de menacer dangereusement le fonctionnement même de la CGTG qui a entamé un procès en justice pour obtenir son étalement. Il compte également sur le soutien financier de tout un chacun. Notre collectif veut être solidaire de toutes les actions qui peuvent aider le syndicat à sortir de cette impasse

Autre fait tout à fait inadmissible : des leaders syndicalistes de l’UGTG se voient enjoints à accepter des prélèvements ADN en vue d’un fichage dans le Fichier National des Empreintes Génétiques. Même si ce dispositif existe légalement et permet aux tribunaux de demander le fichage de tout délinquant ou contrevenant, il n’en demeure pas moins que cela vise à associer les leaders syndicalistes à des délinquants sexuels et/ou autres criminels et que cela revient à stigmatiser ceux-là même qui visent à défendre les citoyens.

Révélateur est à ce sujet le traitement médiatique national et international qui a été celui fait aux syndicalistes d’Air France. En nous montrant en boucle ces cadres d’air France avec leurs vêtements déchirés on nous fait croire que ce sont eux les victimes alors que, les victimes sont au moins ces 2900 familles qui se retrouveront pour certaines sans chemise ni pantalon… Si on peut déplorer une certaine violence faite aux cadres d’Air France en revanche, la violence sociale qui est faite aux pères et mères de famille qui risquent de perdre leur emploi est lourdement plus forte tout comme cette grande violence symbolique qui est faite aux jeunes des banlieues déshéritées en fonction de leur origine ethnique.

Aussi en ces temps de crise ou l’on assiste à un délitement de l’esprit critique, une perte générale du sens des choses, un questionnement sur l’état du monde, il nous semble important de préserver les mouvements syndicaux qui d’une façon ou d’une autre replacent l’homme au centre de leurs réflexions…

Le capitalisme mondialisé produit aujourd’hui une grande violence partout dans le monde. Le sens du vivre ensemble politique s’effondre et les partis extrémistes, surtout de l’extrême droite raciste et xénophobe, montent en puissance. La désespérance sociale est grande, les individus sont atomisés, les syndicats en subissent les contrecoups. Les institutions fortes de la république sont elles aussi en crise et perdent de leur lisibilité ou de leur sens symbolique aux yeux du peuple. Le malaise n’est pas seulement social, il est sociétal. La laïcité est détournée de son sens et est utilisée comme arme contre les citoyens français de confession musulmane. Suite aux propos de Nadine Morano, des responsables d’un parti qui se dit « républicain » déclarent qu’elle devrait s’excuser car elle risque de choquer des citoyens d’Outre-Mer. Mais nous, Antillais, de ce côté-ci du monde, nous voyons surtout une grave insulte faite à la République elle-même et nous savons, en raison de notre histoire, que la république française n’a pas toujours été à la hauteur de ses principes affichés.

En ce sens, notre collectif de vigilance citoyenne a pleinement conscience que les luttes sociales ne peuvent aboutir sans un soutien actif de la société civile. Nous espérons que d’autres associations de la société civile, aux Antilles comme dans l’Hexagone, apportent leur soutien aux syndicats guadeloupéens. On parle beaucoup de crise de la démocratie aujourd’hui. C’est que la démocratie ne se réduit pas qu’aux élections, au fait d’aller poser un bulletin dans une urne, ce n’est là qu’un de ces pouvoirs qu’a le peuple (démos). La démocratie consiste surtout dans la souveraineté du peuple c’est-à-dire de la communauté des citoyens. Cela signifie que d’autres formes d’expression doivent s’épanouir, la société civile doit se faire plus active, plus participative, sinon c’est la démocratie qui risque de sombrer dans on ne sait quel gouffre funéraire.

Pour l’ACVC :

Didier Jeanne (Président)
Jacky Dahomay (Vice-Président)