Ganesh Pédurand, champion de France de natation, répond à Nadine Morano

Featured imageLe 26 octobre 2015, Ganesh Pédurand, triple champion de France Elite du 200 mètres 4 nages et titulaire d’un Master à l’Ecole de Journalisme de Toulouse, a publié sur son blog une lettre ouverte à l’attention de Nadine Morano. Cette Député européen et ancienne ministre de Nicolas Sarkozy avait défrayé la chronique en affirmant sur le plateau de Laurent Ruquier (On n’est pas couché, sur France2) que « la France est un pays de race blanche aux racines judéo-chrétiennes ». Cette prise de position citoyenne au fort accent patriotique de Ganesh Pédurand a eu un certain succès sur les réseaux sociaux tant en France hexagonale que dans les outremers.

Une nation sans couleur – Lettre ouverte à Nadine Morano

« La France est un pays judéo-chrétien de race blanche ».

Une phrase prétendument empruntée au Général de Gaulle pour justifier la perpétuation d’un racisme quotidien anodin. Une phrase qui entretient cette idée qu’un français qui n’est pas blanc et judéo-chrétien n’est pas tout à fait un français.
Entendre ceci de la bouche d’une ancienne Secrétaire d’Etat de la famille et de la solidarité me consterne profondément.
Je me permets Madame la députée européenne de vous conseiller d’allumer votre télévision ou simplement de vous rendre au bord d’un bassin, dans un stade ou le long d’un tatami.
Vous vous rendrez compte Madame, que la France n’a ni couleur ni religion.
Lorsqu’un sportif aborde une compétition internationale, il vient sublimer l’art qu’il pratique au quotidien. Il vient avec l’intention de gagner, de se dépasser, de livrer corps et âme dans une âpre bataille.
Mais il vient surtout représenter son pays, sa patrie, sa nation. Il est fier. Fier de porter haut les couleurs du drapeau tricolore.
Croyez-vous Mme Morano que Teddy Riner s’est demandé s’il n’était pas trop noir pour être français lorsqu’il a conquis chacun de ses huit titres mondiaux en judo ? Croyez-vous Madame Morano que Zinedine Zidane s’est demandé s’il convenait au standard que vous définissez lorsqu’il a marqué deux buts en finale de la Coupe du Monde de football 1998 ?
Avez-vous souvenir d’un tel rassemblement populaire depuis cette victoire emblématique ?
Qu’en est-il de Brahim Asloum ? Laura Flessel ? Paul Pogba ? Karim Benzema ? Coralie Balmy ? Mehdy Metella ?

Pour ma part, le long de ma modeste carrière internationale, j’ai eu l’occasion de représenter la France lors de plusieurs compétitions à travers le monde. Et à chaque fois, l’exaltation était la même. Le plaisir démesuré. Certes, avoir une couleur de peau différente de celle de la plupart de mes adversaires m’a convaincu que j’avais peut-être plus de choses à prouver. Et cela m’a parfois permis de réaliser des performances dont je ne me pensais pas capable.
Néanmoins, lorsque j’étais sur le plot de départ, dans l’eau en train de me battre ou sur un podium, le drapeau tricolore ondulait dans mon esprit autant que dans mon âme. Chaque fois que j’ai eu l’opportunité d’entendre une Marseillaise, elle a résonné jusqu’au fond de mes entrailles, me rappelant comment, à leur époque, d’autres hommes se sont battus pour bâtir la France.

Alors non Mme Morano, je me refuse à accepter ce genre de déclaration venant de personnalités politiques comme vous. Que le buzz vous fasse exister ou non, vous ne pouvez-vous permettre ce genre d’égarement qui rend crédible le discours du Front National. La France d’aujourd’hui n’est plus un pays judéo-chrétien de race blanche mais un pays laïque d’origine multiculturelle dont le sport est la meilleure preuve que les successions d’immigrés et d’anciens colonisés ne sont pas des envahisseurs, mais un apport bénéfique à notre société.

La France n’est pas que blanche. Elle est aussi bleue et rouge. Souvenez-vous du perron de l’Elysée. Le drapeau tricolore figurait en bonne place.

Suite au buzz suscité par sa lettre ouverte (qui intervient après le soutien de l’acteur Alain Delon à Nadine Morano), le jeune homme de 23 ans était reçu hier soir au Petit Journal de Yann Barthès sur CANAL+. Il y a expliqué ses motivations et s’est montré agréablement surpris du retentissement de ses propos. Originaire de guadeloupe, Ganesh Pédurand est licencié au club d’élite des Dauphins du TOEC (Toulouse).