Martinique : Et si la CTM venait à être annulée?

Featured imagepar Joseph VIRASSAMY

Ne serait-ce que pour la santé mentale, l’examen d’une telle question, qui ne cesse de perturber les inconscients et les inconsciences, vaut la peine qu’on s’y penche. Et les Etats-Majors qui s’agitent dans tous les sens, du nord au sud, d’est en ouest de la Martinique ne pourraient pas dire qu’ils ont été pris de court par une hypothèse hautement invraisemblable. Supposons, absurdes, que le 1% de chance que l’annulation se réalise, survienne.

Nous pouvons supposer tout d’abord que ceux qui auraient été à l’origine de cette opération annulation, voudront prendre les moyens afin qu’une telle situation ne se reproduise plus jamais, en quelque sorte finir le travail. Par exemple, éliminer pour longtemps les autonomistes et les indépendantistes de la scène politique. Ainsi il pourrait advenir que les martiniquais, ayant senti, pour de vrai, passer le vent du boulet du grand largage, arrêtent de jouer schizophrène du matin schizophrène du soir, peur de l’indépendance le matin qui élit un indépendantiste ou un autonomiste le soir.

La soupe commencerait à refroidir, les manches des louches à rétrécir.

Il y aurait évidemment organisation d’élections Régionale et Cantonale, fin 2015 et/ou début 2016.

Il conviendrait de stopper les chamboulements d’organisation et les mutations de procédures budgétaires en cours. On verrait se figer la course aux promotions qui sévit au Conseil général et au Conseil Régional.

Les municipalités, exsangues, pourraient commencer à déconstruire les plans de licenciement qu’ils avaient commencé à mettre sur pied pour alléger leurs dépenses de salaires.

Les dotations globales de fonctionnement de l’Etat devraient repartir à la hausse afin de reprendre leur état bidimensionnel d’avant le grand viol: une dotation pour le Département réinstallé, une dotation pour la Région ressuscitée.

La hausse vertigineuse des impôts locaux serait brusquement freinée

Les entreprises, au lieu de partir à toute jambe vers la Guadeloupe, recommenceraient à investir de nouveau et à embaucher, puisque le « droit commun » serait le même que celui de l’île sœur, et que l’horizon de l’investissement serait stabilisé.

On aurait droit, pour de vrai, à un cyclotron à part entière.

Le niveau de vie, au lieu de diminuer, pour aller rejoindre celui des îles voisines, serait stabilisé, comme dans le Département Français de Guadeloupe.

La hausse massive du chômage promise par la CTM, les licenciements dans les mairies et dans les services publics, les fermetures d’entreprises, au lieu de s’accélérer pourraient, à minima se ralentir.

L’inquiétude, perceptible, des gens, laisserait place à un état psychique plus paisible.

Ceux qui craignaient un démantèlement de la France, en une myriade de petites régions, proies faciles pour les multinationales de la gouvernance mondiale, pourraient se rassurer: les structures d’un Etat fort, capable de se défendre juridiquement et militairement seraient réaffirmées.

Nous pourrions rentrer nos vaillants coutelas pour nous défendre si d’aucuns s’avisaient de nous attaquer, à la manière « Baie des cochons ».

Bien entendu, le rêve d’avoir un petit dictateur à notre gouvernance, déjà tout désigné et plein de suffisance, s’évanouirait pour le plus grand désespoir d’ une petite courtisanerie, déjà toute prête à baisser ses 11 culottes, sans vergogne et sans honneur. Nous n’aurions pas la gloriole d’avoir un « président de la Martinique » visitant les autres ETATS de la Caraïbe entre deux bordées de CRS. La belle affaire!!

Mais au final nous nous réveillerions d’un grand endormissement, en nous posant la mère de toutes les questions:

A quoi nous aurait servi réellement la CTM?

Belle et bien bonne cette question! Car les discours que les propagandistes de la CTM jouent au bon peuple tient de la parole mystico-religieuse, quelque chose comme ce qu’on promet du Paradis. Rien n’est jamais prouvé, tout est imaginé, espéré, dans un langage proche de celui qu’utilise les techniciens de l’hypnose. Oui, tous les discours tenus par les politiques et les universitaires martiniquais sur la CTM relèvent du champ de l’hypnose.

Pas l’ombre d’un modèle économétrique pour relier les variables macroéconomiques essentielles, évaluer les déséquilibres, supputer les spirales dépressives et les mesures correctives, rien. Tous les malheurs potentiels sont camouflés. On veut quitter la France , mais on guette le moindre centime qu’elle promet.

Et il n’est guère étonnant d’entendre, ce mardi matin, à la radio, un « coup de gueule » poussé par une dame qui disait son ras-le-bol de ne toujours pas comprendre ce qu’on entend par CTM. Probablement ne savait-elle pas plus comment c’était fait, le Paradis.

Peut-être aussi avait-elle voté OUI le 24 janvier 2010, sans savoir si le politique qu’elle avait écouté lui dire de voter OUI savait lui-même où il allait et où il l’embarquait, cette pauvre dame.

Joseph Virassamy