Code Noir, esclavage et réparations : Jean-François Niort tacle Louis Sala-Molins et ses « sala-molinsiens »

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Louis Sala-Molins et le Code Noir ou le véritable négationnisme

par Jean-François NIORT

Imaginez un ingénieur ou un mécanicien affirmant qu’il connaît mieux la cardiologie clinique que tous les cardiologues, et prétendant qu’il en traite avec plus de vérité que tous les traités médicaux qui y sont consacrés…. Vous aurez une petite idée de l’outrecuidance « granguinolesque » (pour reprendre un de ses termes) de notre LSM, « professeur de philosophie » qui n’est historien ni de formation ou de méthode (savez-vous qu’il n’a jamais travaillé sur les sociétés coloniales françaises, et qu’il a fabriqué de toutes pièces une version du Code Noir qui ne s’est jamais appliquée nulle part ?), ni de reconnaissance académique ou scientifique, ni même de conviction personnelle (il m’a avoué en mai 2013 à Bruxelles que l’histoire « ne l’intéresse pas »), et qui pourtant se permet orgueilleusement de donner la leçon et des zéros de conduite à tous les historiens qui ont travaillé sur le Code Noir ! Y compris celui sur les travaux duquel il s’appuie (Lucien Peytraud, dans sa thèse de 1897), suprême insulte à son travail d’historien !

LSM qui ose évoquer, suprême étalage de son ignorance totale de l’historiographie (et de son profond mépris pour celle-ci), l’ « enfouissement séculaire du Code Noir dans l’oubli par les historiens », alors que dès 1887 P. Trayer y a consacré une thèse, suivi par A. Pfister en 1946 et F. Chauleau en 1964, et qu’au moment où fut publié la première édition de son «Calvaire de Canaan» (1987), P.-J. Hesse (1988) et P. Jaubert faisaient paraître des études (1989) sur le Code Noir, suivi par Ph. Haudrère (1996), J.-L. Harouel (1998), etc…

Mais, surtout, nombre d’historiens ayant travaillé sur l’esclavage avaient déjà livré du Code Noir la lecture historique, c’est à dire tirée des FAITS et respectueuse du texte et de son esprit, que LSM, sans aucune formation historique préalable et sans aucune connaissance de l’histoire des Antilles françaises, tente d’invalider à coup d’imprécations fanatiques et d’anathèmes méprisants, révélateurs de sa propre outrecuidante ignorance : Outre L. Peytraud déjà cité, dont LSM, répétons-le, exploite les travaux mais en les détournant au profit de sa propre lecture idéologique démentielle, on peut citer A. Lebeau (1903), A. Gisler (1965), Y. Debbasch (1967), le célèbre G. Debien (Les esclaves aux Antilles françaises, (XVIIe-XVIIIe siècles), SHM et SHG, 1974), Ch. Duval-Mézin (1975), etc… Après la parution du « Calvaire », ce fut le tour de J. Fallope (1992), J. Gaudemet, A. Pérotin-Dumon (2000), R. Boutin, R. Bélénus, puis G. Lafleur, D. Mignot, F. Régent, etc… (le problème n’est donc pas le travail des historiens, mais de la diffusion de leurs travaux dans l’espace public, et là c’est vrai qu’il y avait un déficit de diffusion, ce qui a créé l’engouement pour le livre de LSM au moment de sa parution)

Qui d’autre qu’un imposteur, un tartuffe ou un dément pourrait tenir pareil langage, et avoir une telle prétention intellectuelle de détenir la vérité sur un objet historique comme le CN contrairement à l’analyse convergente de tant d’historiens ayant étudié ce texte ? Et pourtant il se trouve, depuis trente ans, quelques fanatiques comme lui, pour considérer que sa lecture démentielle du Code Noir est la seule valable, et même la considérer comme « indépassable » !!!
Voilà où se cache le véritable négationnisme, derrière le doigt de celui qui le pointe vers les historiens qu’il accuse du péché qu’il est lui-même en train de commettre : la négation des FAITS historiques, et la négation que l’histoire puisse être une profession soumise à des règles strictes de méthodologie scientifique respectueuses des FAITS – des textes en l’occurrence – historiques.

Pourquoi en est-on arrivé là ? Pourquoi un tel négationnisme historique ? Voilà qu’on arrive au coeur du problème : la concurrence mémorielle avec la mémoire juive de la Shoah, qui, effectivement, a bénéficié plus rapidement et plus clairement, dans l’espace public français et international, d’une reconnaissance mémorielle (d’ailleurs légitime).

En 1987, il fallait donc à tout prix imiter le calvaire juif en le concurrençant sur son propre terrain (génocidaire-nihiliste, d’où la tentative absurde de comparaison entre le Code Noir et Mein Kampf qu’on a vu récemment sortir des rangs des sala-molinsiens et que Fred Deshayes et Alain Lesueur ont pertinemment analysée), alors que la traite négrière et l’esclavage colonial ainsi que sa légalisation juridique sont des crimes propres, uniques, incomparables avec tout autre crime contre l’humanité, spécifiques dans leur durée temporelle et leur ampleur démographique, dans leur perversité et cruauté propres (il ne s’agit pas de massacrer, mais de dominer, de déresponsabiliser (l’esclave appartient à son maître et ne peut même pas décider seul de son propre mariage), et d’exploiter économiquement et socialement une multitude d’êtres humains sur des générations en totale dérogation juridique avec le droit français), et surtout des crimes incontournables dans leurs séquelles toujours actuelles :

dévalorisation, voire diabolisation de l’image du Noir (le fameux « préjugé de couleur »), et intériorisation durable, jusqu’à nos jours, de cette image négative d’infériorité (et d’infantilisation) par les victimes elles-mêmes et leurs descendants (cf. le diagnostic de F. Fanon dans Peaux noires masques blancs, dès 1952) ; racisme anti-Noir profondément répandu dans la société française métropolitaine, qui débouche sur les humiliations et discriminations quotidiennes, y compris à l’encontre des citoyens français d’origine antillaise ; sous-développement économique et culturel des territoires concernés, dérogations juridiques qui se poursuivent de nos jours dans de nombreux domaines, dont le « monstre chimique » du Chlordécone avec des effets dévastateurs sur la santé publique de centaines de milliers de personnes pourtant citoyens français, etc…

Cf. « La condition des libres de couleur aux Antilles françaises (XVIIIe-XIXe siècles) : ressources et limites d’un système ségrégationniste », Cahiers aixois d’histoire des droits de l’outre mer français (PUAM), n° 2, 2004. Version pdf téléchargeable à partir de : http://calamar.univ-ag.fr/ca…/NiortConditionlibrecouleur.pdf

Et : http://jfniort.e-monsite.com/blog/du-code-noir-au-chlordecone-ii.html

C’est sur ce terrain-là qu’il faut placer la lutte pour la reconnaissance mémorielle et les Réparations, car c’est le terrain qui, tant historiquement que juridiquement, donne le fondement le plus solide, le plus crédible, car le plus REEL !
(cf. en ce sens mon appel : http://jfniort.e-monsite.com/pages/code-noir-comme-crime-contre-l-humanite-appel-public.html )

En conclusion, on peut dire que LSM et ses épigones (MIR-France, C. Liminana, Ph. Verdol et autres) développent donc, à travers leurs attaques calomnieuses derrière lesquelles il le masquent, un véritable et double négationnisme à l’égard du Code Noir :
– négationnisme de la réalité historique, juridique, et sociale qu’il a constitué
– négationnisme de la nature et spécificité du crime contre l’humanité qu’il a perpétré.

Voilà où se cache la véritable « perversion négationniste » qu’invoquait machiavéliquement contre nous la vice-présidente du MIR-France : bien cachée derrière les doigts accusateurs qui les pointent contre moi et les historiens !

Jean-François Niort