Retour vers le futur : la Guadeloupe de 1976 et la quête «d’égalité réelle» [VIDEO]

Featured imageCette vidéo date de 1976, année de l’évacuation de la Basse-Terre suite aux éruptions de cendres du volcan La Soufrière. Un an auparavant, les ouvriers agricoles ont mené 3 mois de grève épuisante. A l’époque, le bagou d’Henri Bangou avait l’oreille de Cuba (qui était aussi l’œil de Moscou) ; Marie-Galante avait ses entrepreneurs dynamiques ; notre ami journaliste Eddy Nedelkovski (22 ans), aimait le Che, mimait Mao, portait cheveux longs et verbe haut.

Eléments de contexte

De 1973 (premier choc pétrolier) à 1983, plusieurs îles de la Caraïbe deviennent indépendantes. Après la quasi disparition des autochtones amérindiens et des siècles d’exploitation coloniale (longtemps basée sur l’esclavage des Noirs), elles sont littéralement larguées par leurs anciennes métropoles, la Hollande et surtout le Royaume-Uni, qui les laissent économiquement ruinées, lourdement endettées, sous développées, sous équipées en matière de santé, d’éducation et d’infrastructures (ce qui débouche aujourd’hui sur leurs demandes de réparations ou plutôt de «justice réparatrice»).

Département français depuis 30 ans, la Guadeloupe de 1976 n’a pas oublié le drame de mai 67 où de nombreux manifestants ont été tués par des gendarmes blancs suite à une grève des ouvriers du bâtiment. Ce reportage de la télévision publique tente un état des lieux. C’est l’époque où des barres d’immeubles, dignes des banlieues de la grande couronne parisienne, sont construites à Pointe-à-Pitre. Alors considérées comme un immense progrès, elles sont aujourd’hui détruites car inadaptées aux exigences socio-urbaines actuelles… comme en France hexagonale.

Entre désir d’égalité et refus de l’assistanat

En 1976, l’archipel en majorité rural, qui ne s’est jamais remis de l’effondrement de l’économie sucrière, connait déjà un fort taux de chômage. Revenus pour la plupart de leurs études dans l’Hexagone, de jeunes militants nationalistes d’extrême gauche, très peu nombreux mais virulents, réclament l’indépendance de la Guadeloupe. Beaucoup sont fonctionnaires. Certains d’entre eux formeront l’élite intellectuelle et artistique qui orientera la pensée locale pour plusieurs décennies. Au sein du peuple, 30 ans de départementalisation et 120 ans de citoyenneté n’ont comblé ni le fort désir de « rattrapage social » et d’assimilation juridique (être français à part entière), ni la revendication de « spécificités locales » et d’une identité propre (être français entièrement à part). Entre exigences sociales envers l’Etat et refus de « l’assistanat », le mot « schizophrénie » désigne déjà le paradoxe Antillais.

L’égalité réelle, un vieux rêve ?

Aujourd’hui, en 2015, bien que persistent des inégalités, nul ne peut sérieusement dire « ayen pa chanjé » (rien n’a changé), tant le niveau de vie des classes moyennes s’est élevé depuis 1976, notamment grâce aux luttes sociales menées par les Guadeloupéens mais aussi à d’abondants transferts financiers de l’Etat que sont venus compléter les fonds européens. Au moment où le chômage, surtout celui des jeunes, bat des records dans notre archipel, il n’est pas inutile de refaire le point en images. D’où ce « retour vers le futur » avec un document de l’INA.

Kevin Honjoo (Creoleways)

La vidéo est également disponible sur le site de l’INA en cliquant ICI. On y trouve les témoignages du syndicaliste Antoine JASON, ouvrier, secrétaire général de la CTG ; du Docteur Marcel ETZOL, médecin, conseiller général (républicain indépendant) ;  d’Eddy NEDELJKOVIC, journaliste ; d’Henri BANGOU, maire de Pointe-à-Pitre (Parti Communiste) ; et de Mr LIMOUZIN-LAMOTHE, commissaire à la promotion des investissements pour les DOM-TOM.