Cyclotron & TEPScan : la Guadeloupe refuse d’avoir mal au cul, André Atallah apaise l’échauffement

Featured imageLe 9 mai 2015, à l’occasion du sommet sur le climat, François Hollande, Président de la République, qui n’oublie pas les prochaines élections présidentielles, fait une déclaration fracassante devant un parterre d’élus et de personnalités martiniquaises.

« L’Etat financera le cyclotron de Martinique…» (applaudissement des Martiniquais, jusque là, rien d’anormal…) Et Hollande poursuit : « Les Guadeloupéens se débrouilleront pour se payer le leur » (TONNERRE d’applaudissements, DELUGE de joie, EXTASE des Martiniquais puisque papa Noël Hollande ne donnera rien aux Gwada ! Matiniken ka jwi. Yo kontan toubolman).

Le soir même, Hollande s’envole pour la Guadeloupe. Il sait qu’ici, on n’a pas pris la blague même-même-même… et pour cause : Bien avant les politiques, la société civile guadeloupéenne est mobilisée depuis plus d’un an derrière le journaliste Eddy Nédelkovski et surtout Julie Aristide, fanm doubout, qui se démène malgré la maladie pour qu’un TEPScan et un Cyclotron soient installés dans notre archipel. Hollande, qui débarque la veille de l’inauguration du Mémorial ACTe (84 millions €), ne vient pourtant pas les mains vides :

– Projet de loi relatif à « l’égalité réelle » pour réduire les écarts de niveau de vie, d’emploi, de logement ou de santé
– Dossier de l’Eau : promesse d’un soutien de l’Etat quand « une gouvernance responsable sera mise en place »
– Université des Antilles : rallonge 150 000 euros (en plus des 600 000 déjà prévus)
– Création d’une troisième « Ecole de la deuxième chance » au Moule (700 000 € de l’Etat)
– Elargissement de la « Garantie Jeunes » (allocation aux 18-25 ans suivant un parcours intensif d’accès à l’emploi et à la formation)
– Santé : 600 millions d’euros de l’Etat pour la reconstruction du nouveau CHU
– Organisation des prochains Jeux de la Francophonie…

Oui mais devant leur télé, les guadeloupéens ont tout de même une drôle de sensation de mal au cul. « I pa mové. Mé nou vlé cyclotron an nou ! Hollande, o siklotwon a moun’a ??? » se demandent-ils.

Rusé comme un racoon, Victorin Lurel prend la parole. Il sait qu’Hollande est en campagne (et lui-même Toto pense aux prochaines échéances régionales !). Lurel ne peut pas être l’unique Guadeloupéen à « cailler » devant l’Etat dans ce dossier brûlant de cyclotron… Alors en direct à la télévision, il tord le bras de Hollande : « Fanswa, o Fanswa ! Je ne demande ni l’autonomie, ni l’indépendance… Je veux qu’un maximum de pouvoir soit domicilié en Guadeloupe ! Je demande l’égalité avec nos amis de Martinique, ni plus ni moins ! » Devant leurs postes, les Gwada se redressent. Ils se disent dans leurs têtes : « Egal pyèt, égal modan, c’est ça la République. De quel droit accorderait-on aux Martiniquais un équipement vital pour lequel NOUS nous sommes battus ? Qui plus est à notre détriment ? Si ou pli endépandantis, pli otonomis ki pon moun, démèwdé-w pou siklotwon a-w ! Nou Fransé ! Siklotwon sé tan nou ! Siklotwon sé pa ta yo ! Fè moun ch… »

Hollande s’était appuyé sur les recommandations de l’IGAS mais…Toto bay on klé. Et il faut dire que Lurel avait mouillé le maillot en 2012 : les voix de l’Outre-mer avaient pesé dans l’élection présidentielle… Et puis qui a fait basculer le Sénat à gauche sinon les Outre-mer, durant le ministère Lurel ? Alors le Président de la République a rectifié le tir en déclarant que l’Etat autorisera et versera « une partie du financement » de NOTRE cyclotron. Et là, ce fut un seul cri de JUSTICE de 420 000 personnes dans la nuit guadeloupéenne: « Nou pran yo ! » (Bon, généralement, on dit ça contre la mentalité colonialiste, mais cette fois c’était pour ces koukou mannyok de Matnitjé !).

Depuis ça, les Martiniquais pleurnichent parce qu’ils ont compris qu’on allait prendre dans « leur » argent pour faire, nous aussi, NOTRE cyclotron… Pffff….. Sacré Matinitjé ! Franchement, zot konprann nou té kay lésé zot kok… nou konsa ??? Ay ch… ba zot, hein !

Maintenant, pour calmer les esprits, place à la tribune du Docteur Atallah. I byen janti,  i ka pasé bè. Men nou péké oubliyé sa zot éséyé fè nou la. Bann kokannyè ki zot yé !

Clodomir AUBAULLAN (Creoleways)

andre_atallah_guadeloupe_chu_02Chaque île aura son cyclotron et c’est bien

par André ATTALAH

Il est grand temps de stopper la polémique entre Martiniquais et Guadeloupéens, concernant le projet d’implantation du cyclotron aux Antilles.

Cessons de parler de « guerre du cyclotron », comme j’ai pu le lire dans la presse locale voire nationale.

J’ai toujours prôné la collaboration entre nos deux îles, notamment dans le domaine de la cardiologie, en m’impliquant dans la rédaction du SIOS, Schéma Inter Régional d’Organisation Sanitaire.

Nous travaillons en harmonie avec nos collègues de la Martinique dans le domaine des maladies coronaires, de la cardio pédiatrie, de la stimulation cardiaque

Certaines spécialités sont reparties entre les deux îles, et ça marche. La chirurgie cardiaque en Martinique, et la transplantation rénale en Guadeloupe.

Le cyclotron est un « accélérateur de particules », permettant de produire des isotopes afin de réaliser grâce au PET Scan (TEP en français : Tomographie à Emission de Positrons) des images diagnostiques dans le domaine bien sûr de la cancérologie, mais aussi dans le domaine de la neurologie (diagnostic précoce de la maladie d’Alzheimer), de la cardiologie (étude de la viabilité du muscle cardiaque après un infarctus du myocarde), de la rhumatologie, sans oublier le domaine de la recherche.

Le président de région de Guadeloupe, Victorin Lurel a été avec son équipe, lui aussi, quelque part, un « accélérateur » du redéploiement de cette technique aux Antilles. C’est le plus important, et ce pour le bien de nos patients qu’ils soient Martiniquais ou Guadeloupéens.

Ce dossier du cyclotron, cela fait des années qu’on en parle. Un budget avait même été affecté au CHU de Martinique, il y quelques années pour ce projet. Les priorités financières de l’époque ont fait que ce projet n’a pu aboutir.

Chaque île aura son cyclotron et c’est bien.

Lorsque un des appareils sera en révision, voire en panne, les patients n’auront pas à voyager dans l’hexagone pour bénéficier de cet examen, ils pourront dans la journée faire l’aller retour d’une ile vers l’autre et faire réaliser cette exploration.

Il faut aussi savoir que le produit isotope fourni par un cyclotron, le plus souvent le fluor 18 n’a qu’une durée de vie de 2 heures. Ce qui pourrait poser des difficultés d’utilisation en routine si nous ne disposions que d’un seul appareil pour les 2 îles.

Le rôle d’un politique est aussi de prioriser certains projets, de faire en sorte de ne pas prendre trop de retard sur des dossiers importants pour nos populations, pour leur santé. C’est ce que nous avons fait sous la houlette du président de région de Guadeloupe.

Oui, probablement, que le premier cyclotron des Antilles sera implanté en Guadeloupe, car nous avons bien travaillé ce dossier. Et c’est tant mieux. C’est tant mieux, non pas dans une logique de concurrence avec nos amis Martiniquais, c’est tant mieux pour nos patients qu’ils soient Martiniquais ou Guadeloupéens, car dans moins de 18 mois, nous l’espérons, ils n’auront pas à voyager vers l’hexagone pour bénéficier de cette technique.

Positivons !!!

André Atallah, Conseiller régional, cardiologue et ancien président de la conférence régionale des présidents de Commission Médicale d’Etablissements de Guadeloupe.