Mémorial ACTe de Guadeloupe : La Martinique dit « et moi, et moi, émoi ? »

Featured imagePas de mémoriel de l’arrivée des Africains captifs à la Martinique ? … Bientôt le 22 Mè …

par Marie-Michèle DARSIERES

La question est toute bête quand on y pense : Où débarquaient les Africains captifs après leur terrible voyage lorsqu’ils approchaient la Martinique ? que devenaient-il en débarquant ? où étaient-ils vendus ?

A quelques jours du 22 mai, où chacun voudra tirer la couverture à soi en commémorations diverses, évoquant la libération des esclaves, depuis l’esclave Romain parti du Prêcheur, jusqu’à l’œuvre mémorielle superbe de l’artiste Laurent Valère au Diamant, et la visite (à ne surtout pas rater), de l’unique musée de l’esclavage « La Savane aux Esclaves » de Gilbert Larose, magnifique initiative …privée …. mettant en avant la vie quotidienne des esclaves , de la manière la plus concrète qui soit, un symbole fait défaut cependant : aucune porte d’entrée des esclaves à l’instar de celle de Gorée, tout aussi symbolique …

La Pointe des Nègres serait l’idéal à Fort-de-France, tout comme la Place Bertin, lieu de débarquement et de vente des esclaves , sur le marché de Saint-Pierre .

Et pourtant, la pose d’une plaque , ne serait-ce que cela, serait un bon début . Car enfin, aujourd’hui, même si persiste encore une sorte d’amnésie volontaire quant aux souffrances passées, un rejet même quelquefois, ce geste symbolique de vouloir marquer un lieu, une place, s’avère incontournable , un lieu d’hommage, de méditation, de réflexion, un regard vers la mer… Tout comme l’œuvre mémoriel au Diamant, l’initiative, devrait-elle venir d’un privé ? d’une association ? d’un artiste ? Nos politiques sont-ils à cours ‘d’imagination ou est-ce trop simple… en fait ? Et pourtant, toute une économie, bien des activités culturelles et touristiques pourraient se développer autour de cette porte d’arrivée des esclaves à la Martinique .

Sans vouloir comparer, il est quand même incroyable de penser que bien des historiens, politiques et personnalités politiques martiniquaises ont déjà fait le déplacement à Gorée, y ont versé des larmes et en sont revenus bouleversés…La Pointe des Nègres porte déjà le nom évocateur , il ne reste plus qu’à passer à l’action , à franchir le pas d’une passerelle entre le passé et l’avenir, obéissant également à la nécessité d’impulser une dynamique touristique, économique et culturelle favorable au financement des programmes de sauvegarde et de développement de la mémoire… Alors il y a bien sûr des détracteurs qui se veulent puristes, manière d’excuser leur inertie , et s’empêtrent dans des querelles d’historiens ou de géographes en arguant que la Pointe des Nègres par exemple, ne serait pas le lieu exact où débarquaient les esclaves …Et alors ? faudrait-il rebaptiser le lieu ? le nom n’est-il pas force de symbole ? Chacun sait que Gorée n’est qu’une histoire de maison des esclaves inventée par Pierre André Cariou, médecin chef breton de la marine française dans les années 1950. Il n’a pas cherché à la falsifier, mais a émis des suppositions, qu’il a intégrées dans un roman historique non édité « Promenade à Gorée » . Il a ensuite proposé un circuit touristique aux rares touristes de l’île de Gorée; souvent des amis et familles qui venaient visiter les marins militaires français hospitalisés à l’hôpital de la Marine…Aujourd’hui, cette « Porte du non-retour », Gorée , est devenue un symbole classé en 1978 par UNESCO au Patrimoine Mondial de l’ humanité, même si sur les millions d’esclaves déportés, moins de 500 par an auraient transité par elle.

Et ce « Gorée Business » a marché et rapporté gros au Gouvernement sénégalais et aux chercheurs, aux universitaires notamment qui ont pu ainsi bénéficier de bourses et même de chaires dans des universités américaines … Nos ancêtres africains auraient-ils là encore, été plus malins ? certains disent même que ce « Gorée-Business »aurait un goût amer …Bref, l’essentiel demeure ce vide à combler, ce trait d’union entre le passé et l’avenir : un lieu de débarquement chez nous, ici, en Martinique , en hommage à nos ancêtres venus d’Afrique . A ce sujet, il faudrait que l’on se souvienne que, déjà, en 1930, le poète et professeur Gilbert Gratiant, demanda que fut fixée sur le grand sablier multiséculaire de la Savane, aujourd’hui disparu, une plaque avec ces mots :

« aux Esclaves Africains,
Nos ancêtres aussi
Premiers Artisans
De la prospérité de cette île »

A cette époque, Gilbert Gratiant demanda , sans résultat, que le Conseil Général attribue une bourse aux étudiants qui souhaiteraient entreprendre des études d’ordre culturel ou/et historique en Afrique ….

Il y a donc déjà eu des précurseurs, mais le travail entamé reste inachevé …

Comments

  1. A reblogué ceci sur boycottet a ajouté:
    les oubliés toujours les mêmes … cela ne change pas, cela ne changera jamais !