Code Noir : Jean-François Niort menacé, les historiens de Guadeloupe font bloc contre la censure

Featured imageSuite aux menaces, à la discrimination raciale et aux accusations de négationnisme (assorties d’une volonté d’expulsion du sol guadeloupéen) décrétées par certains membres de la mouvance indépendantiste à l’encontre de Jean-François Niort, les historiens de Guadeloupe dénoncent, avec Jean-Pierre Sainton, les tentatives d’intimidation exercées contre leur profession. Après Jacky Dahomay, Dany Ducosson et la Ligue des Droits de l’Homme, ces chercheurs et scientifiques réaffirment la nécessité d’être libres de travailler sur les sujets de leurs choix, sans crainte du macoutisme d’intimidation, verbal ou physique, régulièrement observé dans nos parages. Parmi les éminents signataires du communiqué suivant, figurent aussi des militants dont nul ne peut sérieusement douter de l’engagement anticolonialiste.

Mise au point

Les historiens de Guadeloupe, et plus largement l’ensemble de la communauté des historiens, les personnes intéressées au développement de la connaissance du passé de la Guadeloupe et des pays caribéens, soussignés, s’élèvent contre les écrits outranciers qui ont circulé sur le net, vilipendant dans un premier temps puis allant jusqu’à « exiger » l’expulsion de la Guadeloupe de Jean-François Niort, historien du droit et des institutions, Maitre de Conférences à l’Université des Antilles, au prétexte, fallacieux, que ses travaux sur « le Code Noir » auraient nié l’abomination de l’esclavage.

Cette polémique tend à confondre volontairement l’exégèse d’un texte historique, les registres d’analyse d’un système dans toutes ses perversions complexes, et sa condamnation morale. Or comment prendre l’exacte mesure de cette perversion extrême tant qu’on ne l’étudie pas, ou dès lors qu’on déciderait, avant même toute recherche, de ce que devrait en être le résultat ?

Nous réaffirmons le droit des chercheurs en histoire en Guadeloupe, de tout chercheur, à développer librement sa recherche, dans le souci d’enrichir le savoir général dès lors que sont respectées les règles méthodologiques et déontologiques de la discipline. La recherche étant libre, l’exposition, la discussion contradictoire des résultats de recherches doivent l’être tout autant.

Nous rappelons ce disant que tout passé, et plus encore ce passé spécifique qui est le nôtre, colonial et esclavagiste négrier, dont la société guadeloupéenne dans laquelle nous vivons procède directement, est lourd de drames humains incommensurables, de souffrances et de dénis successifs, de tensions et de conflits, cristallisés jusqu’à aujourd’hui dans l’organisation sociale, dans les problématiques sociétales non réglées, comme dans la culture et les représentations. Il est donc de la responsabilité sociale, politique, éthique et pédagogique de l’historien d’en tenir compte et de faire en sorte que ses travaux, outre l’apport du savoir, servent à la désaliénation des esprits, au progrès de la conscience et à la pleine émancipation de l’Homme.

Ont signé :

Jean-Pierre Sainton, Historien, Universitaire, (Professeur à l’Université des Antilles) ; Directeur du DPLSH ; Président-fondateur du Centre Guadeloupéen d’Histoire Sociale et Politique ; Raymond Boutin, Historien, Docteur en Histoire, professeur agrégé honoraire d’histoire-géographie, Président-fondateur de l’association Patrimoine et savoirs (Musée de la vie d’antan de Petit-Canal) ; Claude Hoton, Historien, Consultant et chef d’entreprise en Ingénierie culturelle et patrimoniale ; Caroline Oudin-Bastide, Historienne et sociologue, Docteur en Histoire spécialiste de l’esclavage aux Antilles françaises ; Georges Latévi Lawson-Body, Historien, économiste et sociologue, Universitaire (Maitre de Conférences à l’Université des Antilles) ; Frédéric Régent, Historien, Universitaire, (Maitre de Conférences en histoire moderne à Paris 1, Panthéon-Sorbonne) ; René Bélénus, Historien, Docteur en Histoire, Professeur d’histoire-géographie ; Clara Palmiste, Historienne, Universitaire, (Maitre de Conférences en Histoire moderne et contemporaine à l’Université des Antilles) ; Jacques Dumont, Historien, Universitaire, (Professeur en histoire contemporaine à l’Université des Antilles) ; Gilles Delâtre, Professeur d’histoire en Classe Préparatoire aux Grandes Ecoles (CPGE du Lycée Gerville-Réache de Basse-Terre) ; Christian Schnakenbourg, historien de l’économie antillaise, Universitaire, Professeur émérite à l’Université d’Amiens, membre de l’Equipe de recherche AIHP-GEODE de l’Université des Antilles ; Danielle Bégot, Historienne, Universitaire, Professeur émérite de l’Université des Antilles ; Gérard Lafleur, Historien, docteur en histoire, professeur d’histoire-géographie honoraire, membre de la Société d’Histoire de la Guadeloupe ; Myriam Cottias, Historienne, Directrice de recherches au CNRS, Présidente du Comité National pour la Mémoire et l’Histoire de l’Esclavage ; Alain Buffon, Historien et économiste ; Eliane Sempaire-Etienne, Historienne, professeur d’histoire-géographie honoraire ; Ary Broussillon, Sociologue, historien, consultant en relations sociales.

S’associe : Me Hubert Jabot, Avocat, Président de la Ligue des Droits de l’Homme, Vice- Président du Centre Guadeloupéen d’Histoire Sociale et Politique.