Guadeloupe : Stèle de Sainte-Rose et Code Noir de Niort, l’opinion d’Errol Nuissier

Featured imageLa stèle de Sainte-Rose, pourquoi je suis deux fois contre

par Errol NUISSIER

Lors de l’érection de cette stèle, j’ai eu le sentiment qu’elle avait été faite de manière précipitée. Malgré les conseils et les prises de positions de certains (j’ai eu moi-même à dire sur Canal 10, pourquoi je ne partageais pas les conditions dans lesquelles avait été érigé ce monument) pour éviter les conditions dans lesquelles cette stèle serait mise en place, les tenants du groupe qui voulaient mettre ce monument à la gloire des anciens colons, a été tout de même réalisé. Nous étions contre parce que nous pensons qu’un monument avec autant de symboles mais qui marque aussi et surtout la souffrance des nègres en général et des autres créoles en particulier, y compris d’ailleurs certains blancs créoles, nous a semblé comme une sorte de coup de force. Comme si il fallait absolument mettre ce monument pour vénérer et célébrer ses ancêtres, comme d’autres l’avaient fait.

Les conditions dans lesquelles ce monument à été construit et les personnes qui y sont associées ne sont pas neutres et par conséquent il fallait une plus grande concertation et tenir compte de la difficulté pour une large part de la population à partager un tel monument. Toutefois, lorsque le tribunal administratif a décidé, que ce monument n’était pas source de trouble à l’ordre public, qu’il n’était pas érigé de manière illégale, nous nous sommes dit qu’il fallait accepter la décision de justice, car elle s’impose à tous et je dis bien à toutes et à tous. Tout cela pour dire que même si je n’étais pas d’accord, cette décision s’imposait aux autres comme à moi-même. Par conséquent, nous avons été surpris de voir détruit ce monument qui avait été légitimé par une décision de justice.

Je rappelle au passage que le tribunal administratif peut prendre des décisions qui chagrinent, notamment concernant l’usage des pesticides, contre l’avis du préfet, contre l’avis du ministre des outre-mer et que ceux-ci n’ont pas décidé de s’opposer à cette décision en continuant à utiliser les pesticides. C’est un premier élément, le fait que la loi s’impose à tous, et nous trouvons inacceptable qu’une minorité, quelques éléments tout au plus, aient détruit cette stèle, non pas par ce qu’elle porte en son sein les signes de la souffrance d’une large majorité de notre population (nous sommes d’accord avec cette idée) mais parce qu’elle avait été légitimé par une décision de justice.

Nous pensons qu’un tel acte est condamnable parce que la justice est ce qui permet aux hommes de vivre ensemble. Je pourrais par exemple décider, parce que je ne serais pas d’accord avec une décision de justice, de venir avec un groupe et enfermer un accusé qui aurait été acquitté, sous prétexte que je ne partageais pas la décision du tribunal. Encore une fois, elle s’impose à tous et à moi-même.

Mais au-delà de cette destruction, ce qui est plus inacceptable c’est le courant de pensée unique qui accompagne l’interprétation de cette destruction. Ce courant de pensée unique, qui durant et après les événements de 2009, m’a fait subir un certain nombre d’insultes personnelles, sans attaquer mes idées, en s’attaquant à la personne elle-même et c’est ce même courant qui vient considérer que Nicolas Chaulet est coupable, alors la justice n’a pas encore tranché le litige. Mais c’est surtout parce que l’argumentaire qui accompagne de tels propos rend automatiquement responsable l’ensemble du groupe Béké, des propos à caractère insultant et raciste qui auraient été proférés (le conditionnel doit être de rigueur) par Nicolas Chaulet. Il y a un amalgame qui a été un peu vite réalisé et on pourrait aussi l’imaginer dans l’autre sens, lorsqu’un noir commet des actes condamnables, c’est à l’ensemble de la communauté noire que l’on pourrait s’en prendre, en disant qu’elle est responsable et que « ces gens-là sont tous pareils ». Nous trouvons ce raccourci un peu rapide car chaque homme doit être jugé de manière individuelle et non communautaire.

C’est encore ce même courant de pensée unique qui fait présenter Jean-François Niort, maître de conférences en droit et historien du droit, comme un révisionniste, au prétexte qu’il aurait dit que le Code Noir essayait d’organiser quelque chose de l’ordre de la barbarie, même si il restait un code inique puisqu’il ne permettait pas l’égalité entre les hommes et qu’il favorisait toujours la préférence et pour tout dire l’arbitraire d’une minorité contre une large majorité. C’est cet aspect qui nous semble le plus troublant, c’est de penser que dans ce pays de Guadeloupe, il y aurait une espèce de dictature de la pensée unique, ces « Ayatollahs de la pensée » comme les appelle Jacky Dahomay, qui voudraient que tous ceux qui ne pensent pas de la même manière qu’un petit groupe hyperactif soit jeté aux nues, mais plus encore, fassent l’objet de critiques personnelles et non d’une discussion argumentée, car l’opposition des idées est nécessaire au jeu de la démocratie.

Une discussion d’arguments à arguments est tout à fait acceptable, louable et souhaitable pour l’évolution de la pensée. Une prise à partie avec une violence très nette n’est pas acceptable dans ce pays. Il convient aussi que la loi puisse permettre l’expression de tous et la liberté de chacun, dans le respect de l’autre. Nous avons d’ailleurs constatés que la possibilité d’expression personnelle permettait à certains de dire que les syndicats étaient victimes de harcèlement, de poursuite et de violence judiciaire. Rappelons tout de même au passage que le dernier syndicaliste mis en cause dans une affaire où il y a eu un mort, le parquet a requis le non-lieu. Je n’ose imaginer ce que cela aurait été si la justice était complaisante à l’égard des syndicats.

Pour que chacun puisse continuer à s’exprimer de manière libre et pour la discussion et le débat d’idées, je souhaite que ce texte soit partagé et discuté avec ceux qui pourraient être d’accord ou ne pas être d’accord avec moi et quitte, une fois de plus, à subir des insultes et des injures, mais cela fait aussi partie des risques et ce risque je veux le prendre une fois de plus.

Errol Nuissier