Guadeloupe : Injures racistes et dégradations dans un restaurant à Basse-Terre

racisme_guadeloupe_antilles_martinique_guyane_reunion_france_Mercredi 18 mars 2015, devant une quinzaine de personnes, une violente altercation a eu lieu entre deux Guadeloupéens, clients du restaurant La Case Créole à Rivière-Sens (Gourbeyre). Selon trois témoins directs à qui nous avons parlé, (et dont nous n’avons aucune raison de penser qu’ils se connaissent entre eux), un homme d’une trentaine d’années, visiblement éméché (alcool ou… ?) se présentant comme Nicolas Chaulet, s’affirmant fils d’une famille importante ayant ses relais en politique, aurait, après avoir importuné la clientèle, insulté un habitué du resto, le jeune Frédéric Augustin.

Selon ces témoins, l’injure « kounya manman’w » proférée par Nicolas Chaulet a déclenché une violente dispute entre les deux hommes au cours de laquelle NC aurait lancé à son adversaire « fils de pute », « fils d’esclave », « fils de vieille négresse ». En entendant ces injures, des clients, dont les avocats Lucien Louise et Harry Nirelep, que l’auteur de ces lignes ne connait ni des lèvres ni des dents, ont séparé les antagonistes qui allaient en venir aux mains. Les avocats ont ensuite encouragé F. Augustin à porter plainte.

Toujours d’après ces témoins, les clients, restés à l’intérieur, ont entendu éclater ce qui s’est avéré être le pare-brise du camion de Frédéric Augustin garé à l’extérieur « sans pouvoir dire ce qu’était ce bruit » mais affirment avoir vu, peu après, M. Chaulet « courir en remontant la pente sur le bas-côté de la route le long du resto ». Après vérification, Frédéric Augustin, artisan de son état, affirme qu’une caisse contenant ses outils laissée dans la benne du camion aurait disparu. Aucun des témoins à qui nous avons parlé n’a vu d’objet (caisse, sac, ou autre) dans les mains de Nicolas Chaulet. « Les gendarmes sont arrivés pile au moment où on allait les appeler » déclare un témoin « …apparemment Chaulet leur a dit qu’il avait été agressé … On s’est porté témoins et on leur a donné nos coordonnées ». Les acteurs et spectateurs du babyé, dont un « métropolitain » qui accompagnait N. Chaulet auraient été entendus par les gendarmes. La procédure suit son cours.

Quoi qu’il en soit, ce fait divers au cours duquel auraient été proférées des injures racistes contre les Noirs n’est pas sans rappeler l’affaire Sylvie Hayot, qui, en 2012, en Guadeloupe (déjà !) sous l’emprise de psychotropes, avait lancé « Pa mannyé mwen, sal nèg ! » aux pompiers et gendarmes venus l’aider suite à la perte de contrôle de son véhicule. Injures accompagnées de gifles et de crachats qu’elle a affirmé avoir oubliées… A l’époque, le tribunal correctionnel de Pointe-à-Pitre avait condamné cette dame à 8 mois de prison avec sursis, mise à l’épreuve pendant 3 ans avec obligation de soins; à 10 mois de suspension de permis de conduire et à des amendes de 3000 et de 500 euros. Un vice de procédure avait conduit à une non condamnation pour propos racistes.

Nul n’ignore que dans notre pays, où, comme ailleurs, vivent des racistes de toutes couleurs, les tensions héritées de l’esclavage sont aussi un fonds de commerce pour ceux qui soufflent sur les braises et rêvent d’un affrontement entre Noirs et Blancs. Je ne serai jamais de ceux-là. Mais ni l’activisme noiriste d’une part, ni la renommée familiale d’autre part, ne doivent entraver ou orienter la Justice. La liberté d’expression s’exprime dans les limites fixées par la loi commune. Si et seulement si Monsieur Chaulet est reconnu coupable, souhaitons que cette affaire soit tranchée en toute indépendance et que la loi s’applique dans toute sa rigueur.

On relèvera tout de même que, dans les deux cas -qu’il ne faut évidemment pas généraliser- au-delà du besoin maladif d’affirmer la « grandeur » d’un nom de notable comme un passe-droit (une licence en kouyoniz quoi!), une très vieille mentalité s’exprime au grand jour quand les «substances» (illicites ?) désinhibent la parole de certains de nos compatriotes « Blancs » créoles. Et cela, nul ne peut le nier. Ki nou sé Blan Gwadloup, ki nou sé Nèg Gwadloup , tini sa ki rasis, fo pa nou kouyon non plis. La présomption d’innocence doit être respectée, la justice doit être libre de travailler, mais le racisme, (comme l’homophobie ou l’antisémitisme), d’où qu’il vienne, s’il est avéré, doit être dénoncé et condamné sans faiblesse.

Dominique DOMIQUIN (Creoleways)

Lire le droit de réponse de Nicolas Chaulet ICI.