Guadeloupe : Disparition de l’entrepreneur Jean-François Rozan

jean_françois_rozan_memoiresJean-François Rozan s’est éteint dimanche 1er mars 2015 des suites d’une longue maladie. L’homme d’affaires « métro », avait adopté la Guadeloupe où il était arrivé en 1969. Il était âgé de 89 ans.

Ancien propriétaire du fameux hôtel « Hamak », l’une des perles du tourisme guadeloupéen des années 1970-80; acteur économique et observateur incisif de la vie politique locale, Jean-François Rozan fut aussi chroniqueur à la radio RCI et contributeur régulier de l’hebdomadaire 7 Magazine. Selon ses propres dires, cet homme de réseaux, qui avait ses entrées à l’Elysée, aurait facilité des négociations secrètes dans les années 80, quand la Guadeloupe subissait les bombes sur fond d’affrontements entre groupuscules indépendantistes rivaux.

Dans son autobiographie « Mémoires d’avant la nuit », Jean-François Rozan raconte 60 ans d’une vie rocambolesque, entre ombre et lumière, digne d’un roman d’espionnage. Le businessman y met en scène son goût pour les femmes, la séduction, le jeu, les affaires et la politique : A 17 ans, en sautant d’un fourgon, il échappe aux chambres à gaz. Puis viennent la Résistance, les palaces, la prison et les casinos (ce passionné de courses de chevaux fut meilleur joueur de roulette de France). Dans une interview accordée en juillet 2009 à Stéphanie Sérac (France-Antilles), il déclarait « Le casino ? Une erreur ! Il n’y a pas un seul touriste. D’ailleurs, les touristes ne jouent pas aux machines à sous. C’est une entreprise totalement immorale. Ça ruine des foyers. Je connais des tas de femmes de ménage qui y ont laissé tout ce qu’elles avaient. »

Dans les années 1970, Jean-François Rozan fut le gros promoteur du tourisme à Saint François. Un pionnier dans ce domaine aux côtés du maire de l’époque, Lucien Bernier, et de l’industriel béké, Amédée Huyghues-Despointes. Leur détermination transformera cette ancienne commune de pêcheurs en destination balnéaire avec golf, marina et plusieurs grands hôtels dont le Méridien et, bien sûr, son bébé, l’hôtel de luxe « Le Hamak », qui ne s’est jamais remis des ravages du cyclone Hugo. Ce fleuron de l’industrie balnéaire de l’époque accueillit, en 1979, le sommet international historique où se rencontrèrent le premier ministre britannique James Callaghan, le chancelier d’Allemagne de l’Ouest Helmut Schmidt, le président Français Valéry Giscard d’Estaing et l’Américain Jimmy Carter. C’est, selon Jean-François Rozan, dans son établissement qu’ils décidèrent de soutenir l’ayatollah Khomeiny plutôt que le Shah d’Iran.

Avec son bagou inimitable, Jean-François Rozan se targuait d’être un self made man idéaliste qui ne possédait aucun diplôme : il affirmait avoir été à l’âge de 20 ans, traducteur à l’ONU et six ans après, professeur à l’université. Depuis plusieurs années, Jean-François Rozan, l’un de ces visionnaires qui ont fait l’histoire de la Caraïbe, vivait retiré dans sa villa du Golf de Saint-François, loin du tumulte et de la vie d’aventurier.

Francis Rogers (Creoleways)

Réactions officielles suite au décès de Jean-François Rozan

Le président de région Victorin LUREL a appris avec une profonde tristesse le décès de Jean-François ROZAN « Victorin LUREL se souvient aussi de l’engagement de cet homme totalement dévoué à la Guadeloupe et qui avait mis son expérience du monde diplomatique sur la scène internationale au service du pays à l’époque où la vie politique de l’île était des plus tendues. Les négociations dont il avait su être l’un des principaux artisans, permirent la proclamation d’une trêve avec les mouvements nationalistes et le retour à l’apaisement de manière durable. » « Au nom de la collectivité régionale et en son nom personnel, Victorin Lurel adresse à sa famille et à ses proches, ses condoléances les plus attristées. »

Le Président du Conseil Général, Jacques Gillot, annonce « avoir a appris avec une vive émotion le décès de Monsieur Jean-François ROZAN » et « rend hommage au promoteur visionnaire et pionner avec Lucien BERNIER du développement touristique & hôtelier de la cité balnéaire de Saint-François. »

Éric JALTON, Député-Maire de la Ville des Abymes, Président de Cap Excellence, se dit « ému de la disparition de Jean-François ROSAN, acteur acharné du développement local, et qui portait la Guadeloupe dans son cœur. Il salue la mémoire d’un bâtisseur curieux et idéaliste aux convictions fortes. »