André Schwarz-Bart, écrivain, Guadeloupéen, juif, anticolonialiste, blanc, mais surtout homme

simone_andre_schwarz_bartAvec son livre l’Ancêtre en Solitude (Seuil), la Guadeloupéenne Simone Schwarz-Bart, reprend le cycle littéraire élaboré avec son mari, feu André Schwarz-Bart, père de La mulâtresse Solitude. En ces temps de concurrence mémorielle, où une minorité d’Antillais « anticolonialistes » (pas tous mais…) reprochent à « papa » Hollande d’aimer plus les Juifs Français que les Noirs Français (a pa jé !), cet article de Jérôme Garcin (Nouvel Obs) nous ramène à une époque, pas si lointaine, où écrire impliquait un labeur préalable de la pensée.

A la mémoire d’André Schwartz-Bart, le Blanc qui avait osé écrire sur les Antilles

par Jérôme GARCIN

Dix ans après la mort de l’auteur du « Dernier des Justes« , sa femme, Simone, reprend le cycle antillais qu’ils avaient imaginé ensemble et dû abandonner devant les critiques. Elle s’en explique.

C’est le plus beau couple métis de la littérature française. Un demi-siècle d’amour fou. Le mariage, pour l’éternité, du yiddish et du créole. Et le poids, sur leurs épaules accolées, de deux tragédies dont ils ont été les mémorialistes : le génocide des juifs et la traite des Noirs. Chacun a écrit son chef-d’œuvre.

Pour André, ce fut «le Dernier des Justes» (prix Goncourt 1959), qui retrace mille ans d’une lignée de Justes, les Lévy, depuis York, au Moyen Age, jusqu’au camp d’Auschwitz. Et pour Simone, de dix ans sa cadette, «Pluie et vent sur Télumée Miracle» (1972), la longue généalogie de femmes guadeloupéennes, les Lougandor, depuis l’époque de l’esclavage jusqu’aux temps modernes.

Deux livres monstres, deux romans encyclopédiques de la persécution, deux épopées lyriques, deux monuments de papier élevés à la mémoire de ces deux peuples réunifiés. Schwarz-Bart, sang mêlé.

Le couple, installé en Guadeloupe, devenue la terre promise du Mosellan André, était fusionnel. Ensemble, ils écrivirent et signèrent «Un plat de porc aux bananes vertes». Ensemble, ils imaginèrent un grand cycle romanesque qui retracerait, en sept volumes, l’histoire des Antilles, dont le premier tome, «la Mulâtresse Solitude», parut en 1972 sous le seul nom d’André Schwarz-Bart. Mais le livre, qui illustrait l’idée de métissage, la symbiose des civilisations, fut mal accueilli.

« Lorsqu’on est précurseur, dit aujourd’hui Simone, on le paie cher. Les Antillais ne voulaient pas alors de leur histoire.» On fit, à son auteur, un procès en légitimité – que pouvait-il savoir, lui l’enfant de Metz d’origine polonaise, l’ancien résistant, l’homme blanc, de la geste caribéenne? – et on le soupçonna même de s’être approprié l’œuvre de sa femme.

Le choc fut violent, dévastateur. Seul Léopold Sédar Senghor prit haut et fort sa défense. «Abîmé, étrillé, ostracisé», André fit alors vœu de silence. Il continua d’écrire, mais ne publia plus. Après avoir donné un ultime roman, «Ti Jean l’horizon», en 1979, Simone accompagna son mari dans son exil intérieur.

Je me suis, nous confie-t-elle, totalement solidarisée de lui. Il n’était pas question pour moi de continuer à être écrivain après le choix qu’il avait fait de se taire et alors qu’il s’enfonçait dans une immense et terrible mélancolie. C’est grâce à lui que je suis venue à l’écriture. Sans lui, cela n’avait plus de sens.

Et puis le temps passa. Simone et André Schwarz-Bart entrèrent ensemble dans la légende en même temps qu’ils désertaient la scène littéraire. Leur demeure guadeloupéenne de Goyave, dans l’est de Basse-Terre, désormais classée «maison des illustres» par le ministère de la Culture, fut leur refuge. Un refuge ouvert aux poètes, aux musiciens, aux palabreurs, où André, que Simone tient pour «un prophète», pansait ses plaies. Il s’éteignit, en 2006, à Pointe-à-Pitre, dans son île.

« Car il était pleinement antillais, assène aujourd’hui la veuve de l’auteur du “Dernier des Justes”. Il débordait de partout, c’était une âme totale.» Inversant le mythe grec, elle prétend que si Orphée était mort et Eurydice, vivante, cette dernière aurait trouvé le moyen de ressusciter son bien-aimé. C’est ce que, à 76 ans, Simone Schwarz-Bart vient de faire, magnifiquement.

Lire l’intégralité de l’article sur le site du Nouvel Obs : http://bibliobs.nouvelobs.com/romans/20150205.OBS1821/a-la-memoire-d-andre-schwartz-bart-le-blanc-qui-avait-ose-ecrire-sur-les-antilles.html

Comments

  1. A reblogué ceci sur raimanet.