Apartheid : Patricia Braflan-Trobo exige des réparations pour les Noirs d’Outremer

apartheid_valls_braflan_trobo_01C’est vrai, la Guadeloupe et la Martinique sont les seules îles de la Caraïbe où les habitants, quelle que soit leur couleur, sont aussi servis par des Blancs au restaurant et dans les magasins. Nous figurons parmi les rares îles où la bourgeoisie Noire embauche des nounous Blanches. C’est vrai, malgré un taux de chômage ahurissant, la Guadeloupe est le premier pays consommateur de champagne par habitant au monde (4 bouteilles par an et par personne). Mais Patricia Braflan-Trobo n’est pas dupe : Ici c’est l’apartheid. Plutôt que de prendre en modèle la réussite des maîtres du BTP (Ary Encelade, Daniel Erlong, José Gaddarkhan ; Noirs et Indiens riches dont les guadeloupéens sont fiers), la sociologue nous encourage à nous tourner vers l’Etat Français. En cette période de carnaval, sa tribune a le mérite de nous ramener aux réalités anticolonialistes. On savourera la mention d’un confidentiel « boycott silencieux des entreprises qui n’embauchent pas de guadeloupéens du groupe des Noirs » ; et le passage affirmant que dans une « Guadeloupe indépendante les choses changeront ». Sans doute une allusion subtile à la suppression des 40% de sursalaire colonial des fonctionnaires. Allons-nous vers la fin des gros 4×4 et des voitures suédoises et allemandes ? Par respect pour nos lecteurs dyslexiques nous tenons à le préciser : Les photos et commentaires de photos sont bien évidemment l’œuvre de la rédaction de Creoleways. Le texte (avec son illustration originale) est disponible sur le blog de l’auteur  ICI

Apartheid : Manuel Valls a raison !

par Patricia BRAFLAN-TROBO

Ceux qui veulent discutailler de la justesse du mot apartheid utilisé par Manuel Valls pour illustrer la situation de la République française ne connaissent pas cette république française, n’ont jamais côtoyé de près ou de loin les départements français non hexagonaux dits « les outre-mer » et/ou sont malhonnêtes. Une rapide définition de l’apartheid permet de vérifier que la situation de ces « outre-mer » relève de cette politique digne de l’Afrique du Sud des années les plus sombres.

« L’apartheid est le nom donné à la politique de ségrégation raciale conduite en Afrique du Sud par la minorité blanche à l’encontre de la majorité noire. L’ apartheid désigne un régime où une partie de la population subit une discrimination et une exclusion fondée sur des critères de races, d’ethnies ou de religions. Les populations ne disposent pas des mêmes droits et certains lieux ou emplois sont réservés à une partie seulement d’entre elles. » (http://www.toupie.org/Dictionnaire/Apartheid.htm )

Cela fait des années qu’en Guadeloupe, colonie-départementalisée, des personnes, des groupes dénoncent la politique de ségrégation raciale menée par l’Etat. Politique de ségrégation née de l’époque coloniale (1635) et encore parfaitement en place en 2015.

En effet dans quasiment toutes les fonctions de direction et d’encadrement, c’est une minorité blanche qui dirige une majorité noire. Cette pratique est d’autant plus visible dans les postes de direction où le recrutement relève de la compétence de l’Etat. Dans ces départements où la population noire est très majoritaire, cette politique raciste et discriminatoire est une évidence et une insulte permanente à l’intelligence.

Dans ces fonctions de direction, la partie Noire de la population subit une exclusion fondée sur un critère de race évident car les chefs de service de l’Etat en Guadeloupe, en Martinique et dans les autres départements français non hexagonaux sont blancs et venus de la France métropolitiaine à 99% ou plus.

Cette situation peut être illustrée simplement par cette photo diffusée le 18 avril 2014 sur la page Facebook de Georges Pau-Langevin ministre des outre-mer. La légende de la photo : « Petit déjeuner avec les chefs de service de l’Etat en Martinique. Une réunion de travail riche avec comme priorité l’emploi des jeunes. » https://www.facebook.com/georgepaulange20/photos/a.562717230444456.1073741854.328364997213015/650025591713619/?type=1&theater

Regarder un journal télévisé en Guadeloupe permet chaque soir de mesurer ce racisme d’ État.

Même dans des entreprises privées, qui suivent le modèle de l’Etat qui donne le bon exemple en matière de racisme et de discrimination, les vendeuses, vendeurs, directeurs commerciaux ou autres chefs avec le plus petit grade soit-il, sont des Blancs venus de France.

La France déclare être contre la mise en place d’ une politique de discrimination positive ou volontariste de type affirmativ action aux EU qui permettrait une plus juste représentation de toutes les composantes de la société française (genre, « race », ethnie,…) au sein des instances de direction et de décision de ce pays.

Quoi d’autre, sinon une politique active de discrimination positive à l’égard des hommes blancs peut expliquer que la très grande majorité des postes à responsabilité ou politiques en France sont occupés par des hommes blancs (voir photo). Cette politique est tellement efficace que Manuel Valls n’a pu s’empêcher de citer dans son discours les femmes françaises qui elles aussi sont victimes au même titre que les autres composantes ethniques non blanches de cette discrimination.

Certains diront que cette situation est due aux concours qui seraient nationaux. Seule la mort n’a pas d’arrangement. Il suffit d’en avoir la volonté effective pour changer cette situation des concours.

Beaucoup de guadeloupéens mettent en place, et ce depuis longtemps, un boycott silencieux des entreprises qui n’embauchent pas de guadeloupéens du groupe des Noirs pour des emplois où la compétence est disponible. Les élus-es guadeloupéen-éenes ne voient-ils-elles pas, ne sont-ils-elles pas conscients-tes de ce racisme et de cette discrimination qui touche la population qui permet qu’elles- ils soient élues-us ?

En effet comment comprendre qu’elles-ils soient touchées-és et concernées-és par ce problème et n’en disent mot ? Comment comprendre que dans ce département qui compte tant de « ténors » socialistes plus socialistes que tous les socialistes personne n’ait pu demander que cesse cet apartheid, ce racisme, ce mépris ? La droite aussi se satisfait-elle de n’avoir comme seuls interlocuteurs à la tête de l’Etat des cadres Blancs ? Notre jeunesse guadeloupéenne afro et indodescendante doit-elle se contenter d’admettre que jamais en dépit de ses bac +5, 6,10 elle ne sera dans les hautes fonctions de l’Etat ou des grandes entreprises en Guadeloupe ? A compétences égales ou supérieures.

Qui aurait cru que c’est de la bouche de Manuel Valls qu’on aurait entendu ce triste constat ? Faire le constat est une chose. Prendre de vraies dispositions politiques pour faire changer les choses est un autre combat. D’aucun dirait qu’avec une Guadeloupe indépendante les choses changeront. Je partage cet avis. Néanmoins, en attendant, un arrêt ne peut-il être mis à cet apartheid, ce racisme d’Etat, cette politique active de discrimination avec la complicité locale des élus-es ?

La Nouvelle-Calédonie disposant d’un statut de large autonomie bénéficie du principe de préférence locale pour l’accès à l’emploi dans la fonction publique et pour l’emploi salarié.

Cette démarche demande d’avoir des politiques ambitieux pour leur pays et pour leur peuple, et pas seulement pour eux. Politiques prêts à sortir de leur petit confort de colonie-départementalisée pour penser construction d’un pays Guadeloupe avec ses enfants Noirs diplômées-és, surdiplômées-és.

Peut-être que la prochaine étape de Manuel Valls ou de la France va être de forcer nos politiques à rentrer dans cette démarche. Des textes l’annoncent déjà…

Mais Manuel Valls ne doit pas s’arrêter en si bon chemin. Dénoncer, souligner, nommer, oui mais réparer surtout. La logique voudrait que le combat contre cet apartheid et cette discrimination passe par une justice républicaine vis-à-vis de ceux qui sont délibérément écartés depuis des années des postes de direction et de responsabilité.

Si les élues-s guadeloupéennes-éens n’ont pas eu le courage ou le bon sens de dénoncer cette situation coloniale raciste, ni de se servir des propos de M. Valls pour poser enfin ce problème, espérons qu’elles-ils seront au rendez-vous pour permettre la mise en place d’une justice réparatrice. Au nom des mandats qu’ils-elles briguent, des promesses qu’ils-elles ne cessent de faire et de cette jeunesse victime de leur cupidité, de leurs peurs et de leurs si faciles renoncements.

A la demande de l’auteur du texte (en désaccord avec nos illustrations et nos commentaires) nous avons retiré sa signature du bas de SA tribune. Ni Garcin Malsa, ni Lucette Michaux-Chevry, ni Marie-Luce Penchard, ni Luc Reinette, ni Danik I Zandwonis, ni Victorin Lurel, ni feu Christophe de Margerie, ni André Lucrèce, ni Raphaël Confiant, ni Christiane Taubira, ni Daniel Boukman, ni Alfred Marie-Jeanne, ni Bernard Hayot, ni Elie Domota, ni Jean-Paul Fischer, que nous avons critiqués, ou caricaturés par nos chroniques, commentaires ou illustrations, ne nous ont jamais ordonné de censurer quoi que ce soit tant il était clair que nous présentions notre vision des choses, même par le biais de l’humour. Nous précisons donc derechef que les illustrations et commentaires sont de la rédaction de Creoleways, excepté pour la photo de George Pau-Langevin à laquelle nous avons seulement rajouté NOTRE INTERPRETATION DU TEXTE REDIGE PAR LA SOCIOLOGUE PATRICIA BRAFLAN TROBO. Nous nous tenons à la disposition de la Justice pour toutes réclamations. Fermez le ban.

Addendum suite à la lettre de menaces reçue ce jour (06/02/2015) de Mme Patricia Braflan Trobo (retranscrite avec ses fautes d’othographes pour ne pas dénaturer la parole de l’auteur) :

 Monsieur,

 Vous mettez mon nom sous des illustrations de choses que je n’ai pas dites. Enlevez mon nom de vos photos. Ou alors dites « selon ce que nous pensons que pense Patricia Braflan-Trobo… » mais pas « selon Patricia Braflan-Trobo » puisque je ne vous ai jamais dit ça ! Vous ne m’avez jamais parlé je ne vous ai jamais parlé ! C’est de la diffamation Monsieur !

Si cet article n’est pas nettoyé des choses que VOUS me faites dire je vous garantie que je vous colle un procès pour diffamation. L’article est déjà aux mains de mon avocat.

 Ne dites pas que je ne vous ai pas prévenu !

 Mme Braflan-Trobo

 Pièce jointe : un de vos montages avec mon nom

Devant cette menace de saisir la justice « coloniale française » brandie pour faire taire l’un des rares espaces de liberté indépendant et bénévole des citoyens de Guadeloupe, et parce que nous craignons les menaces et le fouet, l’ensemble de notre rédaction obéit immédiatement aux ordres de Madame Patricia Braflan-Trobo. La démonstration vient donc d’être faite que si le macoutisme d’intimidation sévit bien en Guadeloupe, l’apartheid n’y a aucunement cours. Fermez (définitivement) le ban.

Comments

  1. Bonjour, Vous avez mis mon nom au bas d’un article que vous voulez faire passer pour être le mien. Vous savez qu’il n’est pas de moi puisqu’il s’agit de votre interprétation de mon article initial paru sur mon blog. Je vous demande d’enlever mon nom au bas de cela et de mettre le nom de celui qui l’a écrit sous cette forme. Il s’agit d’une usurpation d’identité. Patricia Braflan-Trobo.

  2. Ceci n’est pas ma tribune mais un montage dans mon article. Voilà mon article. Vous constaterez la différence.
    http://patriciabraflantrobo.blogspot.com/2015/02/apartheid-manauel-valls-raison.html