Martinique : To be or not to be Charlie Hebdo

lib_expÊtre ou ne pas être Charlie en Martinique

par Yves-Léopold MONTHIEUX

Aux réactions provoquées par l’énorme choc national, lesquelles ont, par ailleurs, permis de reconnaître que la France représente tout de même quelque chose dans le monde, il a beaucoup manqué de la distance et de l’autocritique de la part de la presse et des intellectuels français. Il a été commis un attentat à la liberté de la presse, un point c’est tout, que résume, en réponse, la formule « je suis Charlie ». C’est un nouvel écho de la phrase historique prononcée lors de sa visite en Allemagne, par John Kennedy : « Je suis un Berlinois ».

Nulle place pour dire où doit s’arrêter la liberté de la presse ou si le respect des sentiments religieux prévus par la constitution doit s’arrêter devant le droit du « pouvoir rire de tout ». Tandis qu’on enseigne aux écoliers de ne pas se moquer de leurs petits camarades et qu’on refuse même de les noter pour ne pas stigmatiser les plus faibles d’entre eux, il serait normal de se moquer du sacré. Nulle part pour dire que si l’arbitre doit demeurer la justice, ses grands témoins sont trop souvent recrutés au sein d’un microcosme où un certain athéisme et ses assimilés frisent parfois l’intégrisme antireligieux et sont d’une totale intolérance. C’était le cas dans l’affaire des « caricatures du Prophète Mahomet » où de puissants témoins étaient venus au secours de Charlie. Deux intolérances ne s’annulent pas, ils s’ajoutent. Nulle plume pour s’étonner des surprenantes amitiés et des curieux apparentements militants dévoilés au cours des nombreux témoignages télévisés. Nulle place, enfin, pour la réflexion sur de jeunes gens rendus disponibles par le racisme et l’exclusion et qui assistent, de surcroît, au mépris de leurs icônes.

Ceux qui sont descendus dans la rue pour dire non à la barbarie ont tous repris le slogan « je suis Charlie ». Certes le Charlie de la liberté d’expression, le Charlie assassiné. Mais certainement pas le Charlie des libertés sans limites que le canard a toujours voulu ainsi. Et qui blessent, sous les rires de leurs auteurs.

Il a fallu que ceux qui se sont trouvés pour la première fois dans la rue, infiniment plus nombreux – la « majorité silencieuse » – que ceux à qui la rue « appartient » d’ordinaire, viennent dire leurs vrais sentiments envers la police.

On comprend le bégaiement des martiniquais pour qui Charlie ne veut rien dire ainsi que la froide analyse de ceux qui, toujours diserts lorsque le théâtre des opérations et les acteurs se trouvent à 8000 kms, alimentent le doute et la circonspection et dénoncent le spectacle hétéroclite des chefs d’Etat rassemblés, ce dimanche à Paris. En effet, on sait avec quel empressement les condamnations fusent de nos rangs lorsque les coupables sont d’ailleurs. Elles n’ont d’égale que notre indifférence au plan local, à l’égard de nos puissants, où l’irrévérence est ignorée et l’idée même d’un Charlie Hebdo martiniquais dépasse l’entendement des plus audacieux. Ce qui explique peut-être le raccrochage permanent à l’icône des médias, André Aliker.

Dans cette affaire, la classe politique martiniquaise est partagée. En cette année électorale qui devrait, pour certains, porter la marque d’une manière de césure institutionnelle, mieux vaut « oublier » la victime policière martiniquaise que prendre le risque de paraître trop s’impliquer dans ce malheur de la France. Il vaut mieux, pour ces élus, ne pas prendre part à l’hommage national, quitte à se montrer plus tard, au retour au pays du corps de la policière assassinée. Ce sera alors Clarissa, rien que Clarissa !

Fort-de-France, le 13 janvier 2015.

Comments

  1. A reblogué ceci sur raimanetet a ajouté:
    pendant ce temps …