Racisme et machisme sous couvert de syndicalisme : Le ras-le-bol de Josy-Anne Arékian

josy_anne_arekian_rectorat_guadeloupeDepuis un peu plus de deux mois, le rectorat de Guadeloupe et son équipe administrative sont dans le collimateur des syndicats de l’éducation (SPEG, UNSA Education, SEP-CGTG et FSU). Ces deniers exigent à cor et à cri le départ du recteur Stephan Martens (un homme blanc) sous les prétextes les plus farfelus. Injures, rodomontades, calomnies anba fèy comme dans la presse, ont accompagné ce travail de sape. Afin de remettre les choses à l’endroit, Josy-Anne Arékian (femme noire), ancienne directrice de cabinet du recteur, fanm doubout respectée par tous les Guadeloupéens (du moins la grande majorité, celle qui ne considère pas son archipel comme un foutoir ou une pétaudière) a écrit cette lettre ouverte où elle explique pourquoi son retour aux affaires dérange. Elle y décrit avec mesure et clarté de petites manies dont la Guadeloupe n’a que trop souffert.

 

Délire machiste et refus de toute autorité

par Josy-Anne AREKIAN

Cela fait deux mois que je lis et que j’écoute la presse et les syndicats. Je suis passée de la surprise à l’étonnement, puis de la sidération à l’indignation, devant ce délire machiste et ce refus de toute autorité. Beaucoup m’ont conseillé l’effacement, la discrétion, le silence noble et méprisant. Mais je suis une femme libre et j’ai choisi contre leurs conseils avisés, de mettre les enjeux « souterrains » à ciel ouvert.

D’abord les enjeux de pouvoir, qui autorisent, en période d’élections, l’instrumentalisation trop facile des clivages du passé, opposant le méchant blanc arrogant, soi-disant violent et menaçant (sic !) que serait le recteur, qui en plus est d’origine allemande, tous les poncifs sont là, aux bons guadeloupéens, travailleurs noirs et méprisés, que seraient les représentants des organisations professionnelles et ceux qu’ils font semblant de défendre.
Cet amalgame facile n’ayant besoin bien sûr d’aucune preuve.

Ensuite, les enjeux de la domination masculine qui opposent des syndicalistes majoritairement masculins à une femme de pouvoir, celle que j’ai été, celle que l’on a longtemps craint et celle que je demeurerai, puisqu’une mission vient de m’être confiée par le recteur.

L’ancienne directrice de cabinet dérange, et c’est ce qui explique cet acharnement médiatique. Elle connaît trop bien, et depuis des années, la face visible et la face cachée, le jeu pervers des actions soi-disant violentes, affichées, les propos outranciers, et dès le lendemain, la prolifération des petites demandes et sollicitations personnelles, la prolifération des petits arrangements entre amis, qu’ils croient reconnaître et condamnent si vite chez les autres.

Oui, j’affirme que l’on me craint pour tout cela !

Et je n’occulte pas ce nouvel enjeu de société, qui intéresse, mais qu’on n’ose évoquer à visage découvert, l’interaction, très à la mode, entre espace public et espace privé . Mais cela, chacun doit être capable de le mettre à distance.

Pour conclure, oui j’ai une expertise professionnelle reconnue, mais j’ai aussi une expertise syndicale de plusieurs années qui m’autorise un commentaire dans ce domaine. J’ai fait partie des membres fondateurs du SPEG et, à l’époque, nous défendions des idées, la réussite des élèves, l’ancrage dans le territoire, mais aussi, ce qui semble totalement oublié, des valeurs : le sens de la mesure, l’honnêteté des propos, la vérité des affirmations, en évitant toute rumeur ou tout « on dit ».

Et je garde cependant confiance dans la jeunesse de ce pays, dans les femmes de mon pays, pour faire émerger des modèles positifs, courageux et méritants, qui ne forceront le respect que s’ils restent libres et engagés. C’est le combat que j’ai mené et chacun sait très bien que notre académie avance.

Oui, après 13 ans au cabinet et un travail quotidien avec 5 recteurs, je fais partie de l’histoire de cette académie, je fais partie de ceux qui peuvent affirmer et mesurer le chemin parcouru, pour dire qu’elle progresse, qu’elle est de mieux en mieux organisée et pilotée, qu’elle engrange de bons résultats, sans aucune grève d’enseignants depuis 3 ans.

Bien sûr, je peux dire aussi qu’aujourd’hui notre académie connaît et mesure ses faiblesses, agit sur ses insuffisances, sait expérimenter et chercher de nouvelles pistes de progrès. Comme l’école, notre académie est vivante, quand d’autres restent figés, pour de mauvaises raisons, non avouées, dans un racisme ordinaire, dans un discours « anti »… anti femmes, anti retraités, anti blanc et pourquoi pas demain anti jeunes ?

Oui, les organisations professionnelles devraient « jouer le jeu », comme l’a écrit Félix Éboué, devraient s’efforcer de jouer le jeu d’équipe, au lieu de saborder le travail de tous uniquement pour exister.

Josy-Anne Arékian
Directrice de cabinet honoraire
Chargée de mission auprès du recteur d’académie.