Mémorial ACTe : La dernière bombe de Luc Reinette ?

memorial_acte_luc_reinette_victorin_lurel_guadeloupe_04Le pharaon Toutankhénettes Ier et son architecte Victorin «Imhotep» Lurel

Le Memorial ACTE doit-il être dédié à la propagande afrocentriste et à l’occultation de l’histoire? Malgré les prises de position publiques de personnalités Africaines, Antillaises et Américaines (Djibril Tamsir Niane, A. Félix Iroko, Mathieu Kerekou, Oruno D. Lara, Christiane Taubira, Ibrahima Thioub, Yambo Ouologuem, Tidiane N’Diaye, Henry Louis Gates Jr.), affirmant la responsabilité des Africains, aux côtés des Européens, dans la capture, l’asservissement, la déshumanisation, les sévices, la vente et la déportation de ceux qui sont devenus nos ancêtres Antillais, l’explosif Luc Reinette, Président du Comité International des Peuples Noirs (CIPN) (qui lança dès 1998 l’idée d’un « Mémorial » dédié aux Africains « mis en esclavage en Guadeloupe ») refuse de cautionner la vision du Mémorial ACTe qu’il prête à Victorin Lurel. Dans cette lettre ouverte, le président de Région Guadeloupe est sommé de dire si oui ou non « Nèg vann Nèg » en masse, à grande échelle, avec un maximum de profits. Répondra-t-il à cet ultimatum? Chiche ?

Lettre Ouverte à propos du Mémorial ACTe

Par Luc REINETTE

Les faits et les circonstances me conduisent aujourd’hui à vous adresser la présente lettre ouverte, afin que toutes les ambigüités -réelles ou supposées -qui subsistent autour du Projet Mémorial ACTe et du rôle du CIPN soient levées. Je n’y parviendrai pas seul, mais je crois que je pourrai y contribuer en apportant sur le sujet ma part de vérité.

Aujourd’hui certains m’invitent, me pressent, voire me somment de m’expliquer sur ce qui apparait à leur yeux comme une dérive philosophique de Mémorial par rapport à sa philosophie initiale présentée par le CIPN entre 1998 (date du lancement de l’idée) et 2008, date de la pose de la première pierre à Darboussier, en partenariat avec la Région Guadeloupe.

J’en veux pour preuve l’interpellation écrite du Collectif Vérité Historique, la Lettre ouverte de Guy TIROLIEN, la lettre ouverte de Michel ROVELAS et plus récemment une lettre de Georges LAWSON BODY qui évoque une campagne révisionniste organisée autour du Mémorial ACTe.

D’autres intervenants se manifesteront, à n’en pas douter-au fil des jours-avant l’inauguration du Mémorial qui visiblement ne laisse pas indifférent, ce qui en soi est une bonne chose.

Sur le chantier, Luc Reinette surveille l’avancée de son Mémorial

Je tiens cependant à préciser, que tout en appréciant parfois les analyses et les critiques qui peuvent s’avérer constructives des uns et des autres (car c’est bien le rôle éminemment respectable de nos intellectuels), fort de mes convictions et comme à mon habitude, je ne me laisserai instrumentaliser par personne, de quel bord que ce soit.

Faisons donc rapidement l’historique de ce dossier qui remonte à 1997, lorsque le Comité International des Peuples Noirs dont j’étais le Président décide, en même temps que la Reconstitution de l’arrivée d’un bateau Négrier à la Darse de Pointe-à-Pitre le 27 mai 1998(dix mille guadeloupéens massé ce jour là sur la Place de la Victoire), de procéder le même jour, après le dévoilement de la Statue d’IGNACE, à la pose de la Première Pierre d’un ‘’MEMORIAL CARIBEEN DE LA TRAITE ET DE L’ESCLAVAGE’’ sur un terrain situé à proximité de Pôle Caraïbe, propriété de la Région.

Depuis l’origine à ce jour, la philosophie qui au niveau du CIPN préside à l’édification du Mémorial a été clairement définie et explicitée : il était fondamental que notre génération, pour le compte de celles qui ont disparu et de celles à venir, rende un profond hommage à nos ancêtres africains, disparus par millions, dans la condition inhumaine et humiliante de déportés ou d’êtres réduits en esclavage.

Cet hommage aux 2 ou 3 millions d’enfants, de femmes et d’hommes jetés à la mer et dont les cadavres jonchent les fonds de l’Océan, aux quelques 12 à 20 millions de déportés et aux dizaines de millions d’hommes réduits en esclavage durant des siècles dans la Caraïbe, l’Amérique du Nord, l’Amérique Centrale et l’Amérique du Sud devait se matérialiser par une sorte de Monument à fort contenu symbolique, témoignant par ses apports matériels-issus de tous les territoires esclavagisés- de ce que fut sans doute la plus grande tragédie humaine.

C’est ce discours que j’ai tenu ce 27 mai 1998 à 18h30, lors de la pose de la première pierre du Mémorial Caribéen de la Traite et de l’Esclavage sur le délaissé de terrain situé à l’entrée de Pôle Caraïbe, en présence d’une foule imposante, de Madame lucette Michaux -Chevry, alors Présidente du Conseil Régional et de Monsieur Daniel Marsin alors Maire de la ville des Abymes, tous deux partisans résolus du projet.

Novembre 1983, Lucette Michaux-Chevry condamne le terrorisme 
de Noirs guadeloupéens contre d’autres Noirs guadeloupéens

Par un courrier daté du 12 juin 1998, référencé CR98 024620, Madame Michaux-Chevry nous signifie son accord pour l’Erection d’un MEMORIAL DE LA TRAITE ET DE L’ESCLAVAGE sur l’Echangeur ‘’Pôle Caraïbe’’, et met à disposition ses services techniques pour des réunions de travail avec notre Architecte référent (à l’époque Monsieur Eddy Pilade).

En juin 1999, le CIPN organise une Conférence-Débat à Rémy Nainsouta sur le projet MEMORIAL, avec l’exposition d’un Avant-Projet, mais va ensuite organiser chaque année Marches et Manifestations sur le site retenu pour sensibiliser l’opinion guadeloupéenne.
Lorsque vous arrivez à la présidence de la Région en 2004, j’obtiens un rendez-vous de votre part, au cours duquel vous confirmez la position de la Région alors administrée par Madame Michaux-Chevry.
Dans les mois qui vont suivre, vous irez même plus loin en manifestant votre volonté de réaliser ce projet qui de toutes façon n’était pas, par son ampleur et son coût, à la portée d’une Association.

Bien en amont du 27 mai 2008, date de la pose de la première pierre du Mémorial Acte (la même de 1998, portée par moi de Pôle Caraïbe jusqu’à Darboussier), vous avez mis en place en 2005 un Comité de Pilotage et un Comité Scientifique présidé par le Professeur Jacques ADELAIDE MERLANDE. Je représentais- et représente toujours- le CIPN au sein de ces instances avec voix délibérative.

Souvenez vous du Discours que j’ai prononcé ce 27 mai 2008 sur le site du futur MEMORIAL devenu entre-temps MEMORIAL ACTe, dans lequel je rappelais notre philosophie à propos de ce Projet dont l’édification constituait une victoire pour nos ancêtres néantisés, le moment de gloire pour tous ces enfants, ces femmes, ces hommes victimes de la déportation et qui n’ont pas atteint les côtes de la Guadeloupe, pour tous ceux-là aussi, réduits en esclavage, qui se sont révoltés ou qui n’ont pu le faire, mais qui ont rêvé qu’un jour justice leur soit rendue.

Une pirogue emmène nos ancêtres "en promenade". D’où leur mine réjouie.

Souvenez vous aussi que j’ai rappelé fortement nos divergences de vues quant à l’avenir de notre Pays, mais que j’ai tout autant insisté sur le fait que nous étions tous deux guadeloupéens et qu’il y avait des sujets qui dépassaient nos personnes et sur lesquels nous pouvions être d’accord…

Et l’hommage à nos ancêtres martyrs faisait partie de ceux-là…

Alors vous comprendrez que nous ne pouvions et nous ne pouvons être d’accord avec une pensée qui était sensée symboliser la philosophie du MEMORIAL ACTe, pensée empruntée au prix Nobel de littérature 1992 Dereck Walcott qui déclarait :

« ..J’accepte cet Archipel des Amériques. Je dis à l’ancêtre qui m’a vendu et à l’ancêtre qui m’a acheté : je n’ai pas de père.. A vous grands-pères à qui intérieurement j’ai pardonné, je vous adresse, comme les plus honnêtes de ma race, un étrange merci. »

Que Dereck WALCOTT renie ses ancêtres africains et se déclare en conséquence sans père, c’est son affaire, mais il n’est pas une référence en matière identitaire, et ne peut nous être imposé comme tel. BONIFACE, ce guadeloupéen aliéné qui en juillet 1802 sombre dans la folie parce que RICHEPANCE ne le reconnait pas comme français et le remet en esclavage, devrait-il être cité en exemple ?

Nous l’avons toujours affirmé et le faisons encore ici solennellement : Nous sommes issus et nous revendiquons de ces africains qui ont été victimes de la cupidité et du racisme des européens qui du 15ème au 19ème siècle ont transformé en meubles des hommes avec la bénédiction de l’Eglise et en particulier du Pape Nicolas V qui dans sa Bulle Papale du 8 février 1454 autorisait la réduction en esclavage de africains, leur asservissement perpétuel, l’accaparement de leurs terres et de leurs biens.

Nous affirmons également que « Les Nègres n’ont pas vendu leurs frères », comme pourrait le faire croire un panneau figurant dans la Maison du Projet qui laisse entendre que tous les Rois vendaient leurs sujets aux européens.

 Un cri de douleur désespéré face à l’incontournable vérité Historique

Cependant l’objectivité nous oblige à reconnaitre que certains Rois se livraient à cette pratique, et commerçaient avec les européens en leur vendant des prisonniers de guerre (guerres royales entre empires)ou de rafles commises sur d’autres ethnies que la leur, en échange de verroterie, de tissus, d’armes à feu..En France, comme en Angleterre et dans d’autres Pays européens de véritables manufactures se sont constituées pour fabriquer des ‘’marchandises de Traite’’.

Un noir africain richement paré de soieries 
gardant le palais de marbre de son émir. 
On se demande d’où peut venir pareille fortune ?

Le Musée d’Histoire Africain-Américain de Détroit que j’ai visité en 2005 en compagnie de Jean-Pierre Sainton consacre un espace à ce négoce où l’on voit un Roi africain remettre des prisonniers en échange d’armes à feu, de tissus et d’alcools.

Le Directeur de la Recherche et des Expositions de ce Musée, Monsieur Bamilele Agbasegbe Demerson partisan déterminé des REPARATIONS au titre de la Traite et de l’Esclavage affirme que la complicité de certains Rois africains est acquise par les Responsables des différents Musées dédiés à l’Esclavage aux USA, mais que cette réalité n’altérait en rien la RESPONSABILITE fondamentale des marchands et des Etats européens qui ont bâti leur stratégie économique, leur richesse, leur accumulation de capital sur la traite et l’esclavage dont la philosophie raciste a été déclinée en différents CODES NOIRS.

L’ouvrage Capitalisme et Esclavage d’Eric WILLIAMS en est la plus brillante illustration…

Et s’il est vrai qu’à l’instar du Roi du Congo en 1526, d’autres Rois ont dénoncé les razzias des portugais et autres européens sur les cotes africaines pour capturer, embarquer de force des africains et les vendre en Europe et aux Amériques, la vérité nous rend plus forts en reconnaissant l’existence de Rois cupides qui ont collaboré avec les infâmes marchands d’êtres humains.

Adanggaman, film de Roger Gnoan M'Bala (Côte d’Ivoire), à voir absolument.

Dans son livre intitulé ‘’Traite et Esclavage des Noirs, quelle Responsabilité Africaine’’, l’auteur Lawoetey-Pierre AJavon, lui aussi partisan des Réparations et adversaire déterminé des thèses révisionnistes et négationnistes, reconnait l’existence d’une forme de servage-que l’on ne peut assimiler à l’esclavage- dans les Royaumes africains avant l’arrivée même des européens.

Il cite le cas du Royaume Asante dont’’ les captifs provenaient comme partout de prises de guerres, certains étaient vendus aux européens et on connait le triste sort qui leur était réservé, alors que d’autres demeuraient au service de la communauté Asante. Le Royaume Mossi du Yatenga revendait lui la totalité de ses prises.’’

Mais dans son livre il met aussi en lumière les diverses formes de résistance opposées à l’entreprise négrière par les Africains, tout au long de l’oppression, tant sur le Continent même que sur leurs lieux de déportation.

Il cite ainsi le Roi du Dan-Xome (actuel Bénin)dont les propos à l’endroit d’un gouverneur anglais furent relatés en 1795 par Jean-Baptiste Léonard Durand :
‘’Je jure au nom de mes ancêtres et au mien, que jamais un Dahoman ne s’est engagé dans des expéditions guerrières pour se procurer de quoi acheter vos marchandises. Moi-même qui occupe le trône depuis peu de temps, j’ai tué des milliers d’hommes sans avoir jamais conçu l’idée de les exposer à la vente. Ce qui me fâche surtout, c’est que dans les livres qui ne meurent jamais, certains d’entre vous ont écrit que nous vendons nos femmes et nos enfants pour nous procurer de l’eau de vie’’.

De ce qui vient d’être dit, il ressort que nous ne pouvons ni incriminer tous les Rois Africains dans le commerce de leurs captifs avec les européens, ni nous revendiquer comme le font certains de Rois Africains tous bons, vertueux et démocrates.

N’oublions pas que l’Europe a eu des millions de serfs, individus sans droits attachés à un seigneur de droit absolu, et ce durant plusieurs siècles.
C’est d’ailleurs cette vérité qui fait que nous sommes semblables à tous les autres hommes du Monde, avec des dirigeants dont certains sont justes et bons et d’autres tyranniques et mauvais.

Monsieur le Président, mon exposé peut sembler long, mais il me parait indispensable à la compréhension de la position du CIPN qui se veut objective, intransigeante mais jamais intolérante.

Afin que le MEMORIAL ACTe soit la propriété collective de tous le guadeloupéens et caribéens, et non un objet de controverses entretenu par des ambiguïtés, il vous appartient désormais de préciser sous votre plume la philosophie qui sous-tend réellement la construction du MEMORIALACTe, philosophie qui devra naturellement figurer dans tous les supports édités à l’avenir pour valoriser cette œuvre à nos yeux fondamentale pour notre génération.

Il vous appartiendra aussi de remettre à leur juste place les différents acteurs et victimes d’un drame dont les séquelles perdurent encore de nos jours en Guadeloupe et ailleurs.

Enfin, le Comité Scientifique n’ayant pas été associé à l’écriture des différents textes de présentation qui ont fait l’objet d’une certaine médiatisation, nous souhaitons que cette anomalie soit réparée.

Si par ailleurs on peut admettre que le MEMORIAL ACTe se présente comme une ouverture sur le Monde, sur l’Universel, il doit constituer avant tout de notre point de vue le LIEU d’affirmation de la pleine humanité de millions d’enfants, de femmes et d’hommes que l’on a voulu chosifier !

Bien entendu, le CIPN qui n’est pas avec la Région dans une démarche de co-production, mais qui s’est toujours flatté que ce projet puisse voir le jour-grâce il faut le reconnaitre une certaine opiniâtreté de votre part-réserve son adhésion à la suite des opérations au discours qui sera tenu et aux écrits qui le soutiendront.

Dans cette attente,
Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de mes sentiments distingués.