Philippe Petit : « Une dette se rembourse sinon il n’y a plus de système bancaire »

philippe_petit_udi_martinique_02L’Etat doit-il rembourser sa dette ?

par Philippe PETIT

La croissance étant absente de la zone euro (reviendra-t-elle avec la transition énergétique et les métiers induits ?), ce qui nous intéresse, c’est le poids sans cesse grandissant de la dette publique.

Notre génération et les générations futures doivent-elles payer pour l’incurie et la gabegie de nos politiques en place ? Trois scénarios se dessinent.

La politique dite « de la demande »

A en croire les économistes de la gauche dite « classique » (la gauche de la gauche, marxiste ou post-marxiste), l’Etat français pourrait vivre à crédit en permanence en augmentant le déficit budgétaire et donc la dette publique à souhait, selon la politique dite « de la demande »…

Outre qu’ils sont en contradiction avec eux-mêmes -puisque les prêts de l’Etat négociés sur les marchés financiers mondiaux sont bien dans la logique de la Bourse et de la mondialisation qu’ils exècrent…-, ils induisent aussi la notion morale naturelle de surendettement des ménages… dont on connait les ravages économiques et psychologiques !

Or, aujourd’hui, si la France était un ménage classique, elle serait versée à la commission de surendettement avec interdiction de chéquier et inscription à la Banque de France ; si elle était une entreprise privée, elle serait déjà depuis longtemps en redressement judiciaire avec la menace d’une liquidation… et d’un repreneur potentiel qui serait un concurrent.

En redressement, on lui étalerait ses échéances de remboursement ; en absence de croissance et ayant alourdi au maximum les prélèvements obligatoires (impôts directs et indirects, sécurité sociale, assedic, etc…), on l’obligerait à dégraisser sa masse salariale, en diminuant les salaires de la fonction publique et des prestations sociales, ou en licenciant à tour de bras.

L’austérité potentielle alors imposée par le durcissement des marchés financiers déclencherait ainsi la colère populaire. Ce scénario s’est vu en Espagne et au Portugal ces dernières années.

En continuant à laisser filer le déficit budgétaire malgré les recommandations européennes, Les Français ont-il conscience de ce scénario déjà vérifié à nos frontières ?

La politique dite « du repli sur ses frontières »

A en croire les économistes du Front National, il suffirait de sortir de l’euro, de reprendre le franc et de nous replier sur nos frontières en dévaluant notre nouveau franc pour favoriser nos exportations… Double langage puisque ce même Front National admet par la même un marché mondial –des biens, des services et donc des personnes… dont ils refusent l’immigration (alors que la France est un peuple de différentes couches d’immigrés)-.

Hérésie financière puisqu’il faut rembourser notre dette en dollars ou en euros avec un franc dévalué… Sans compter une récession économique, le temps de rétablir notre balance commerciale, puisque nous serons dans un premier temps tributaire d’importations avec une monnaie plus faible, entraînant l’inflation et toutes ses conséquences…

Pour les aficionados de Tabou Combo dans les années 80, qu’ils se souviennent du tube « inflacion mata la gente » (l’inflation tue les gens). Pour rester dans le langage sud-américain et dans l’actualité, le cas d’école en la matière reste l’Argentine. Incapable de respecter la moindre discipline budgétaire, sombrant dans l’anarchie monétaire, elle ne put éviter, en 2001, un défaut de paiements qui la mit au ban de la société financière et donna au monde le premier exemple d’un pays développé en voie de sous-développement… Les Argentins ont plongé dans un malheur indescriptible, et, après dix années de cauchemar, ils en subissent toujours les séquelles.

Les français veulent-ils tomber dans le panneau du Front National, casser l’euro, défaire l’Europe, et préparer les ingrédients d’une nouvelle guerre mondiale telle que certains, toujours vivants, l’ont vécue en 39-45 ?

La politique dite « de l’offre »

C’est dans ces conditions que la gauche actuelle au gouvernement vient de réaliser que nous sommes dans un monde libéral avec des règles économiques à respecter ! Une dette se rembourse sinon il n’y a plus de système bancaire et de monde moderne ! Manuel Valls n’a d’autre choix que d’assumer son libéralisme au moment ou François Hollande, déjà englué dans les sondages par ses différents mensonges, se trouve rattrapé par l’affaire Trierweiler…

Pourtant, cela fait maintenant un quart de siècle que le mur de Berlin est tombé le 9 Novembre 1989. Notre société dite « capitaliste » regardait avec effarement de l’autre côté du mur, les ruines d’une économie socialo-soviétique dont on pensait qu’elle faisait le bonheur de ses habitants.

Plus que la privation de la liberté individuelle, la privation de la liberté d’entreprendre avait tué ce qui fait la richesse des hommes : l’échange commercial et la concurrence basée sur le progrès technologique au profit de l’humanité, dès lors que les ressources de la planète sont respectées.

Liberté d’entreprendre qui ne peut s’établir que sur des bases saines et claires ; absence de monopole, mais concurrence encadrée par des lois antitrust ; expansion du crédit pour de véritables projets à valeur ajoutée, mais avec des lois sociales souples permettant de ramener des exclus dans le monde du travail ; remboursements de ses dettes en évitant des déficits budgétaires chroniques.

Le tournant de la rigueur de 1983

Nos socialistes français élus en 1981, sous l’étiquette « changer la vie » avec François MITTERRAND, avait pourtant déjà pris leur première leçon : le fameux tournant de la rigueur en 1983, montrant qu’on ne pouvait impunément augmenter les salaires et nationaliser le privé sur des déficits budgétaires de l’Etat de type keynésien.

Malheureusement, au gré des alternances et des cohabitations diverses, les mêmes énarques au pouvoir méconnaissaient les cycles économiques et ne profitaient pas des périodes d’expansion et de forte croissance pour diminuer les déficits budgétaires et donc l’endettement public.
Alors que la dette publique était de moins de 20% du PIB en 1980, la France est passée aujourd’hui à 93.6% de son PIB quand les cycles économiques (d’environ 9 ans) traduisent une diminution régulière de leur pic de croissance. A noter que nous avons signé les critères de Maastricht avec 60% d’endettement au maximum !

De la même façon, dans un pays ou le niveau de prélèvements obligatoires est quasiment le record mondial avec 46% (quand le pays gagne 10, l’Etat prélève 4.60 € d’impôts), les dépenses publiques sont de 57%…, (soit 5.70 € de dépenses publiques quand la France gagne 10 €) ! alors que nos voisins en Europe ne dépensent que 45% au maximum.

Cela nous oblige à emprunter en permanence sur les marchés… pour assurer le train de vie de la nation à crédit. Qui nous dit que les taux resteront à ce niveau bas jamais atteint ? Une simple hausse des taux de seulement 1 point, augmenterait de 2 milliards la charge à rembourser dès la première année, et de 15 milliards au bout de 10 ans ! Et bonjour les dégâts !

Conclusion

L’UDI Martinique, à l’heure d’une croissance quasi inexistante, par le fait du manque d’investissement dû à la dette publique de la France, et au cercle vicieux de la dette privée due au prélèvement d’impôts excessif, ne peut que souscrire à l’assainissement budgétaire et ses 3 corollaires.

Une refonte de l’Etat providence : le poids des retraites avec l’augmentation de la durée de vie et les prestations maladies qui en découlent, et l’entrée tardive des jeunes sur le marché, entraîne nécessairement un départ plus tardif de l’âge de la retraite. A notre société de rendre le travail attractif et solidaire par les métiers liés à l’environnement, aux énergies renouvelables et à l’informatisation.

Une diminution de la masse salariale de la fonction publique : si la part des salaires de la fonction publique était égale à la moyenne de la part des salaires publics constatée dans les pays de l’OCDE, on économiserait l’équivalent de 3 points de PIB, soit plus de la moitié de l’effort à consentir.

Une vente des actifs publics qui plombent la gestion de nos deniers publics, à cause des coûts d’entretien ou de recapitalisation permanente des entreprises boiteuses aux frais des contribuables. Il suffit de prendre le temps de ne pas les brader.

A l’heure ou nos concitoyens doutent des capacités politiques de nos dirigeants, et ce qui est plus grave encore de la politique en général, l’UDI Martinique appelle le peuple martiniquais à la raison et à la confiance afin de ne pas tomber dans les extrêmes qui conduisent à l’anarchie ou à la dictature !

Une politique nationale courageuse par une refonte moderne du système fiscal, un droit du travail plus souple, une école consciente des enjeux du 21ème siècle, une croissance induite par l’entreprise et les énergies renouvelables, doit permettre le redressement de la France avant qu’il ne soit trop tard…

C’est cette politique que l’UDI propose et proposera lors des échéances à venir, qui peuvent arriver plus vite que prévu…, et pour lesquelles elle est prête à prendre ses responsabilités !

Philippe Petit
Président de l’UDI Martinique