La marque « Pardon! » s’excuse envers les métis et retire ses T-shirts grâce à Bondamanjak

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C’est le blog nationaliste martiniquais Bondamanjak qui a dénoncé sur internet ces T-shirts de la marque « Pardon ! » qui dénigrent le métissage. On peut y lire des jeux de mots d’un goût très douteux qui, selon la célèbre enseigne de prêt-à-porter, ont été imaginés par une jeune créole réunionnaise.

Zarab+Malbar = Zamal ; Zoreil+Mauricien = Zomau (homosexuel); Kaf+Malbar = Kafar (cafard) ; Malgache+Chinoi = Gachi ; Malbar+Zoreil = Barzo (barjo) : telles sont les combinaisons dont les résultats insultants ont fait bondir twitter et facebook.

Installé à La Réunion depuis plus de 25 ans, l’Allemand Peter Mertes est le fondateur de «Pardon!» Son concept fun et iconoclaste ciblant plutôt les jeunes; ses t-shirts aux graphismes décalés et provocateurs, feront le succès de la marque. Très vite les commandes affluent, la boutique exporte et, chose rare pour une entreprise ultramarine, « Pardon ! » crée même sa propre franchise.

Très tôt, la valorisation du métissage et de l’identité réunionnaise sont les axes majeurs de la communication de « Pardon ! ». Ajoutez à cela une touche de « sea, sex and sun » et voilà la recette du design qui fait mouche ! Qu’ils soient touristes ou locaux, les clients adorent.

Bref, une belle success story commerciale jusqu’au gros couac, que n’avaient pas vu les Réunionnais, mais qui n’a pas échappé à la surveillance de Gilles Dégras (Bondamanjak), Martiniquais installé depuis peu à La Réunion. Le blogueur, lui-même métis, a dénoncé aux plus hautes autorités de Justice française et aux élus de l’Outremer le mépris envers les ultramarins, et l’insulte faite à la créolité et au métissage. Dans son sillage, et devant l’alerte donnée par Bondamanjak sur les réseaux sociaux, le CRAN, Conseil « Représentatif » des Associations Noires de France, s’est emparé de l’affaire dont le fort potentiel médiatique se confirme, maintenant que la presse hexagonale a repris la polémique.

La réponse, un premier communiqué où on sent l’ironie caractéristique de « Pardon ! » :

Nous vous demandons Pardon!

Etonnant ! Avril 2013, PARDON! souhaite donner la parole aux jeunes Réunionnais en co-organisant avec l’école des beaux-arts du Port, un partenariat sur un thème cher à la Réunion et à la marque : le métissage.

L’objectif est double :

– Donner la parole aux jeunes créatifs Réunionnais en commercialisant deux motifs gagnants.
– Jouer son rôle d’entreprise réunionnaise dans la formation des talents de demain, en intégrant les deux lauréats pendant 15 jours dans l’équipe des graphistes.

Fidèle à ses valeurs et à la liberté d’expression, PARDON! imprime ce design gagnant, qui crée aujourd’hui polémique. La société reverse par la même occasion 3000€ à l’école.
Jamais nous n’aurions pu penser, qu’un partenariat local visant à promouvoir les compétences, la créativité et le savoir-faire des Réunionnais pourrait être traduit comme un acte de racisme.
D’autant plus, que le design ne relève aucune hiérarchie d’une origine sur une autre. Ainsi, tous les métissages sont traités de la même manière.
Enfin, ironie du sort, la dessinatrice est créole !

PS : Vu d’où viennent les accusations, nous ne sommes pas certains d’avoir à faire à des supporteurs de la démocratie, du métissage et de la tolérance ! Les auteurs de cette polémique ont plutôt tendance à rejeter systématiquement tout ce qui vient de l’extérieur. Nous vous invitons d’ailleurs à chercher et à lire leurs écrits sur internet pour mieux vous en rendre compte.

PS 2 : les valeurs et les engagements de PARDON! depuis 30 ans ne s’arrêtent pas aux couleurs, aux origines et même aux frontières de notre île. Nous avons le plaisir de vous rappeler que cela fait plus de 10 ans que la société soutient un collège à Madagascar et ce sans jamais l’avoir annoncé publiquement. Par ailleurs, rappelez-vous, il y a 2 mois nous reversions 2 000€ à l’Union des Femmes Réunionnaises (de toutes couleurs confondues!) afin de soutenir les 223 Nigérianes enlevées par le groupe armé Boko Haram. Sur ce dernier point, vous étiez moins nombreux pour relayer l’information…

PARDON! prend l’entière responsabilité de ce tee-shirt mais souhaite donner la parole à Léa, créatrice du design et lauréate du concours.

« Je suis la première concernée par ce tee-shirt et pas seulement parce que j’en suis l’auteure. Ainsi, je suis métisse réunionnaise et je me suis aussi appuyée sur mon expérience personnelle… Alors vous voulez du croustillant ? En effet, j’étais à l’époque en couple avec une Mauricienne !! d’où le ZOMAU !!

La ligne directrice de mon workshop était de marquer les esprits, de parler à l’ensemble des réunionnais, sans les dévaloriser ni les cataloguer. Je souhaitais le faire d’une manière rigolote en inventant des jeux mots !

Enfin, j’aurais pu continuer davantage avec YAB + ZOREIL = ABEILLE… ! »
Léa.

Malgré l’insistance de Bondamanjak, Peter Mertes a tardé à faire amende honorable. Mais comme tout chef d’entreprise au 21e siècle, il sait que le moindre soupçon de racisme envers les minorités est la pire chose qui puisse arriver à une image de marque en France, et plus généralement en Occident. La loi du genre est qu’il faut rapidement s’excuser, que l’on ait tort ou pas. Le Client est roi ! Aussi le patron de « Pardon ! » a-t-il finalement plié le genou de façon plus claire.

Choquer, être rebelle, défier le système, se moquer de l’establishment, des bienpensants, des censeurs, des gardiens de l’ordre et de la morale, revendiquer sa liberté d’expression et de création, le faire avec talent et réussite, peut-être. Mais jusqu’à quel point ? La marque au diablotin n’en est pas à son premier scandale : Parmi ses visuels les plus célèbres figurent une voiture de police qui brûle avec le sous-titre « carry (colombo) de poulets ». Par le passé, une feuille de zamal (cannabis) sur des billets de « banque du cirque de Mafate » lui ont valu une condamnation en justice. D’autres provocs satiriques ont suivi : Un T-shirt « Au nom du père » à la nomination de Jean Sarkozy à l’EPAD, puis un cabas avec un cliché de Carla Bruni nue -sorti quand elle était première dame de France- avaient fait du bruit ! Tout comme l’image de la Sainte-Vierge catholique imprimée sur un string… Rien ne semblait pouvoir arrêter ces provocateurs professionnels avant l’intervention vigilante et décisive de Bondamanjak.

Aux dernières nouvelles, « Pardon ! » n’en a pas fini avec les chasseurs de racistes : Un logo de la marque représentant les silhouettes de deux femmes nues (Africaines ? Noires ?) aux lèvres épaisses avec un os dans les cheveux transportant un diable cornu dans un palanquin est déjà dans le collimateur du tandem de choc « CRAN – Bondamanjak ». La suite au prochain numéro.

Lola Plibel-Anbalabay (Creoleways)