Haïti : Pour Frankétienne, « Il faut que le créole accède à l’expression de l’abstrait »

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Sur la Radio Magik 9, le mercredi 27 août, « Les carnets d’Emmelie » se sont ouverts sur l’incontournable Frankétienne. Peintre, poète, romancier, artiste créateur, il s’est fait complice d’Emmelie Prophète-Milcé – directrice de la Bibliothèque nationale d’Haïti –
Extrait d’un article de Claude Bernard Sérant (Le Nouvelliste)

La question est directement posée : « Comment vois-tu la littérature d’aujourd’hui, d’après ce que tu lis, entends et vois? » […]

« 70 ans de cela, on avait une dizaine d’écrivains qui constituaient un clan fermé. Il s’agissait entre autres de René Belance, de Jean Brierre, ce poète jérémien… Maintenant qu’on a une inflation d’écrivains, pour ne pas dire une pléthore – jeunes et adultes de 22 à 50 ans –, je pense que c’est une chance. Un miracle. »

L’auteur convient toutefois qu’il y a beaucoup plus d’enjeux sociaux. Faisant une démarcation entre constat et jugement, Frankétienne trouve fabuleux qu’un « petit pays comme Haïti », dans ces conditions difficiles, puisse donner au même moment – tous les âges mélangés –, une fournée de plus d’une centaine de travailleurs de la plume – sans compter les provinces – qui produisent en français comme en créole. Mais, s’il juge d’un bon augure cette préoccupation esthétique très prononcée qu’il découvre chez quelques écrivains comme James Noël, Marc Exavier et Mackenzy Orcel, le poète ne demeure pas sans inquiétudes quant à cette tendance à la facilité qui commence à se manifester dans certaines productions.

Par ailleurs, abondant dans le sens d’Emmelie Prophète-Milcé, qui souligne l’appauvrissement de cette littérature créole – en puissance depuis 1986 –, Frankétienne exhorte à l’effort ceux qui choisissent d’écrire dans cette langue mère. « Je crois qu’il y a un danger indéniable, ajoute-t-il. Quand on considère l’écriture créole, la dimension militantiste tend à dominer et à écarter les préoccupations esthétiques. C’est comme si l’écrivain qui produit en créole a l’autorité et le droit de dire n’importe quoi. C’est dangereux que la majorité ait tendance à insister sur la dimension idéologique, politique et militante… »

Toujours dans le sens du partage et de l’enseignement de cette littérature en créole, le peintre pense cependant qu’il ne doit pas y avoir un rejet du français dans les productions littéraires. Rejet qu’il dit constater de la part de certains écrivains exclusivement créolophones. « J’ai entendu parler des gens – jeunes ou adultes – qui pensent qu’on ne devrait écrire qu’en créole. C’est comme si produire en français est une trahison. Ceux-là sont minoritaires mais, malgré tout, le travail qui doit se faire demeure entier. Il faut que le créole accède à l’expression de l’abstrait, des concepts philosophiques. »

Partageant l’avis qu’il faut produire, donner à lire dans la langue maternelle, Frankétienne s’oppose par contre à l’appellation créole. « Pourquoi ne pas écrire en haïtien? se demande-t-il sur les ondes de Magik 9. Cela aurait donné un éclatement… Ces jours-ci, on parle d’une académie créole, pourquoi pas une académie haïtienne? Pourquoi ne pas s’assumer comme Haïtien ?

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