Tropiques FM : Clash entre Claudy Siar et la tribu Mouangué

claudy_siar_01Entre Claudy Siar et Stéphane Mouangué c’est la guerre pour le leadership au sein de la radio Tropiques FM, anciennement Médiatropical, première radio commerciale d’outre-mer. L’homme, qui s’est battu bec et ongles en 2007 auprès du CSA pour maintenir ce média alors en pleine débâcle, l’a mauvaise: Son « partenaire » Stéphane Mouangué, businessman, propriétaire de discothèques, qui contrôle aujourd’hui la fréquence, aurait profité de son absence pour placer sa famille aux postes stratégiques selon le vieil adage «Qui va à la chasse perd sa place». En l’occurrence, il s’agit du fauteuil de gérant de l’entreprise Tropiques FM.

Bref rappel des faits

En 2011, répondant à l’appel de Nicolas Sarkozy, Claudy Siar quitte la radio pour prendre ses fonctions de Délégué interministériel pour l’égalité des chances des Français d’outre-mer. A son retour en 2012, Stéphane Mouangué, le « financier » de Tropiques FM, lui signifie son refus de le reconduire à la gérance (poste occupé par sa compagne Valérie Rousseau depuis le départ de Claudy Siar). Verrou supplémentaire, Victoria, fille de Stéphane Mouangué, a été bombardée attachée de Direction de la radio. Depuis, c’est l’affrontement tous azimuts entre les ex « meilleurs amis ». Bien que l’homme d’affaires se dise prêt à renoncer à ses parts, la somme qu’il exige en retour est jugée prohibitive par Claudy Siar et ses alliés.

Bondié pé pa lésé yo fè !

L’ex chanteur de zouk, qui n’entend pas se laisser faire, à lancé sur le net la pétition « Claudy Siar entre en résistance pour Tropiques FM« , où il explique la situation. En plus de celui d’artistes renommés, il a obtenu un soutien net de Patrick Karam, de Victorin Lurel et les encouragements de la Ministre des Outre-Mer, George Pau-Langevin. Il se murmure par ailleurs qu’il aurait porté plainte au tribunal de Paris contre Stéphane Mouangué.

Un clash sur fond de rivalité entre Africains et Antillais ?

Dans la vidéo (ci-dessus) diffusée par Claudy Siar, deux discours se chevauchent : l’un très évident, l’autre plus ambigu, avec des éléments de langage qui restent la marque d’un bon communiquant.
Selon l’explication première, le clivage vient du fait que Stéphane Mouangué serait obsédé par la quantité : l’audimat et la rentabilité commerciale; tandis que Claudy Siar, lui, défendrait la qualité : la visibilité et l’expression des cultures, des artistes, et des entrepreneurs ultramarins.

Afin de mobiliser les troupes face à cette « trahison », un deuxième angle d’attaque, moins manifeste, semble être de jouer sur la vieille rivalité entre Antillais et Africains sur un sujet que leurs élites intellectuelles et politiques s’emploient à apaiser mais qui fâche encore l’homme de la rue, donc l’auditeur de Tropiques FM : Le lourd contentieux de l’esclavage.
Comment comprendre, vu le contexte, que Claudy Siar dise avec émotion être un descendant d’esclaves ayant survécu à l’horreur de ce système, sans penser qu’au contraire, Stéphane Mouangué, lui, ne l’est pas? Ou encore, pourquoi insister sur le fait que Patrick Lemure, seul partenaire de l’aventure qui lui reste fidèle, soit européen sinon pour attirer l’attention sur le fait que même le Blanc soutient l’Antillais alors que l’Africain, non ?

La « Communauté » à l’épreuve des faits

« Il ne faut jamais oublier le poids des événements de l’histoire pour nos communautés […] Le poids de l’histoire est toujours là, présent en nous. Il y a des résidus nocifs, des histoires douloureuses que nous connaissons et dont nous n’allons pas parler aujourd’hui ici. » martèle Claudy Siar, en rajoutant «j’ai tenu aussi longtemps que j’ai pu pour ne pas nuire à la communauté». Oui… mais laquelle ?

Il faut dire qu’avant d’être le défenseur de la « communauté ultramarine » (Saint-Pierre et Miquelon, Tahiti, Nouvelle Calédonie, La Réunion, Guadeloupe, Martinique, Guyane et plus récemment Mayotte), Claudy Siar s’est surtout fait connaitre par ses combats pour la « Communauté Noire ». Ainsi, en 2005, il créait l’Union de la Communauté Noire de France, association de lutte contre les discriminations touchant les Noirs dans l’hexagone. (Antillais, Sénégalais, Camerounais, Ivoiriens, Malgaches, Burkinabés…). D’où le trouble qu’on ressent au mot « communauté ». Il est vrai que le nom même de la radio, « Tropiques FM », permet de rester suffisamment vague en la matière, ce sur quoi jouent d’ailleurs tous les protagonistes de cette affaire.

Connaitrons-nous un jour le montant demandé par Stéphane Mouangué? Les trois associés (Siar, Mouangué & Lemure) parviendront-ils à sauver la radio « communautaire et identitaire » ? Tropiques FM, ex Médiatropical, survivra-t-elle à cette énième tourmente ? Une chose est sûre, « à la fin, il ne peut en rester qu’un ». Toi-même tu sais ?

King Kung-fu Fougongon (Creoleways)