Vidéos de combats de jeunes femmes : Une mauvaise image des Antilles

video_femme_guadeloupe_martinique_guyane_combatC’est moche une femme qui tourne en chien

Par Dominique DOMIQUIN

Autant la confrontation virile dans le sport a toujours quelque chose d’exaltant et de spectaculaire, autant ces images qui tournent depuis deux jours montrant de jeunes Antillaises qui se battent à coups de pieds dans l’entrejambe, à coups de tchok dans la poitrine, ne font honneur ni à elles, ni à la société dont nous sommes responsables et acteurs. Ces vidéos qui font le tour du net sont probablement déjà sur des sites fréquentés par des tordus amateurs de la déchéance d’autrui.

Peu importe que ça se passe ainsi ailleurs, que cette férocité numérique se soit banalisée. Voir ces adolescentes (peut-être nos filles, nos nièces, nos voisines), se déchiqueter comme n’importe quel malmaké, s’invectiver et se mordre sous l’œil indifférent des passant(e)s, c’est sinistre. Ça glace le sang. Rien à voir avec des poules djenm qui défendent leur progéniture sans craindre la taille de l’adversaire. Ce sont juste de petites furies qui pensent tout régler en mimant la testostérone dans ce qu’elle a de plus laid. Raché chivé, chiré kilot, point barre.

N’importe quel blogueur vous dira qu’on éprouve du plaisir à surfer sur un buzz, à anticiper un mouvement d’opinion. Si l’instinct est bon, on chevauchera la polémique exactement comme une vague prise dans un timing parfait. On fera de la belle audience. Mais là… C’est à vous dégoûter de tout ce cirque et de la nature humaine.

Il ne s’agit pas de demander à nos femmes d’être des potomitan, ce paravent usé a déjà trop couvert l’irresponsabilité de certains par le passé. « Sois une femme potomitan », c’était souvent une manière hypocrite de dire à nos compagnes « Reste à ta place, sacrifie-toi, gère les enfants et l’économie du ménage, moi je vais libre, jeter ma gourme aux quatre vents… An tin kabrit dèwo. ». Longtemps les femmes l’ont accepté en se disant qu’à la fin, l’homme vieux, ratatiné, malade et fatigué serait entièrement à elles, et, qui sait, sur son lit de mort, un tout petit peu reconnaissant.

Heureusement, les Antillaises n’entendent plus être des « potomitan » soumises et résignées. Heureusement, nos hommes comprennent que c’est à deux, même divorcés, qu’on fait le mieux «potomitan». Alors pourquoi nos enfants déconnent-ils pile à ce moment-là ?

Ces jeunes femmes qui « tournent en chien », qui se font filmer la bave aux lèvres, qui aboient, on se demande quoi leur dire qui n’ait pas déjà été dit. On ne sait même pas si elles nous entendent. Que faire qui ait une vraie chance d’aboutir ? Imaginent-elles seulement les répercussions de leurs actes ? D’ailleurs lesquelles sont les plus sauvages ? Celles qui se battent ? Celles qui applaudissent ? Celles qui filment avec leur téléphone ? Celles qui postent le tout sur le web ?
Je sais que ces images ne reflètent pas l’ensemble de la jeunesse de mon pays. Mais elles existent. Elles prolifèrent. Et nous regardons tout ça sans rien dire. Nous faisons circuler ces liens en ricanant. Qu’est-ce que ça dit de nous ?

Et que dire encore des récupérations démagogiques de la déchéance en cascade que nous éprouvons depuis des années ? Si la base du problème c’est le chômage, qu’attendons-nous pour abandonner les idéologies qui ne marchent pas ? Avec des jeunes qui ont toujours plus de droits que de devoirs, plus de loisirs, plus d’accès à la consommation, quelles parades efficaces pouvons-nous mettre en place ? Comment ramener de l’emploi pérenne chez nous ? Quels peuvent être nos repères dans le monde réel tel qu’il se présente aujourd’hui ? Quels aspects de la révolution numérique désirons-nous développer ? Sans bêler niaisement contre la mondialisation, comment limiter l’impact des dérives dont nous ne voulons pas ?

Aucune réponse simple ne tiendra la route face à de tels enjeux. Mais je réalise que cela fait déjà beaucoup de questions. Et la Guadeloupe, dit-on, n’aime pas trop qu’on lui en pose.

Dominique DOMIQUIN (Creoleways)