Renforcement du contrôle des chômeurs : La bombe mediatique de François Rebsamen

francois_rebsamen_pole_emploi_01« On se bat mais cela n’a pas régressé, c’est un échec ». Tels sont les mots sans appel du ministre du travail concernant la courbe du chômage. Après neuf mois de hausse d’affilée, la France hexagonale atteint le chiffre record de 3,424 millions de demandeurs d’emploi sans activité, soit 500 000 chômeurs supplémentaires depuis l’élection de François Hollande en 2012.

Mardi 2 septembre 2014 sur i-Télé,  interrogé sur les offres d’emploi non-pourvues, François Rebsamen a déclaré que « dans un pays qui est en difficulté, qui veut se redresser, qui porte le travail…», Pôle Emploi devra « renforcer les contrôles » pour vérifier que les chômeurs « cherchent bien un emploi », sous peine de « sanctions » en cas de fraude. Ces déclarations inattendues venant d’un homme de gauche ne sont pas passés inaperçues dans le monde politique et sur les réseaux sociaux.

Sur Twitter, le ministre enfonce le clou

Estimant qu’un tri radical s’impose aujourd’hui entre vrais et faux chômeurs, le Ministre a rappelé qu’être « chômeur, au sens du Bureau international du travail », signifie rechercher effectivement un emploi. Selon lui, « Cette mission de contrôle renforcé doit incomber au Pôle emploi » et donner lieu à «des convocations, des vérifications. Sinon, on est radié. On peut d’ailleurs se réinscrire après». Il ajoute que « Les demandeurs d’emploi ont droit à un accompagnement de qualité, à un niveau de protection sociale, d’indemnisation…

Précisant toutefois qu’à son sens, les fraudeurs ne sont « pas la majorité », François Rebsamen explique que les « formations prioritaires » proposées par le gouvernement veulent répondre aux « problèmes de salaires » et « d’adéquation » auxquels sont confrontés certains demandeurs d’emplois.

Un franc parler qui embarrasse à gauche

Pour Jean-Christophe Cambadélis, premier secrétaire du Parti Socialiste, regrette « Les annonces faites […] sur le contrôle des chômeurs brouillent le message présidentiel […]. Ces annonces ne sont pas non plus pertinentes: si les abus peuvent être recensés, on ne peut réduire notre politique à ce but». Côté syndicats on est « abasourdi »: La CFDT et FO condamnent une stigmatisation des demandeurs d’emploi et pointent un nouveau renoncement du gouvernement Valls aux valeurs de la gauche. La CGT « atterrée » regrette que la « seule solution »  du gouvernement à ce dossier soit de « sanctionner les chômeurs ». Les écologistes et les associations parlent de « scandale ». Suite à cette levée de boucliers, l’entourage du ministre a assuré qu’« il ne s’agissait en aucun cas de stigmatiser les chômeurs, mais de rappeler la loi », que « ces contrôles existent déjà » et qu’« aucun nouveau dispositif n’est prévu ».

L’opposition pointe de grosses contradictions

A droite, on relève que cette méthode proposée par Nicolas Sarkozy causait naguère la fureur du Parti socialiste. Ainsi, fin 2005, Solférino, par la plume de l’actuel secrétaire d’État Alain Vidalies signait un communiqué cinglant : «En adoptant un nouveau décret visant à renforcer le contrôle des demandeurs d’emploi, le gouvernement confirme que pour lui, la lutte contre le chômage est d’abord une lutte contre les chômeurs».

En 2008, quand Christine Lagarde et Laurent Wauquiez (gouvernement Fillon) entendaient diminuer les indemnités jusqu’à radiation pure et simple des chômeurs ayant refusé deux « offres d’emploi raisonnables », le bureau national du Parti Socialiste (alors dirigé par François Hollande) dénonçait « La politique qui consiste à faire des demandeurs d’emploi les responsables de leur sort ayant déjà fait maintes fois la preuve de sa nocivité et de son inefficacité », et vilipendait une droite « prête à tout pour parvenir à afficher une baisse statistique des chiffres du chômage ».

De même, lors de la campagne présidentielle de 2012, à la proposition du candidat Sarkozy d’organiser un référendum sur la question des indemnités versées aux chômeurs qui refusent un emploi, le candidat Hollande rétorquait « Il n’est jamais utile pour un président sortant qui est en échec de s’en prendre aux plus fragiles. (…) Ce n’est pas ceux qui sont les victimes qui doivent aujourd’hui être les responsables. »

Ce n’est pas la girouette qui tourne, disait Edgar Faure, c’est le vent.

Tertullien Mesdouze (Creoleways)