Conflit israélo-palestinien : Jacky Dahomay condamne les massacres à Gaza

isrDéfaite de la pensée en Israël

par Jacky DAHOMAY

Alors que les faits sont là, dans leur aveuglante nudité (plus de mille personnes tuées à Gaza, notamment des femmes et des enfants, contre une cinquantaine de morts chez les Israéliens, essentiellement des militaires), les dirigeants de l’Etat d’Israël continuent de maintenir leur même argumentation : la faute en incombe au Hamas qui se sert des civils comme boucliers. Cet argument est repris par Roger Cukierman, président du CRIF, dans un article publié dans Le Monde du 22 juillet. S’il n’y a pas, selon lui, plus de morts du côté israélien, c’est qu’Israël protège sa population quand le Hamas utilise les civils palestiniens comme bouclier. Finkielkraut, dans une interview accordée au Figaro, déclare : « Si la civilisation de l’image n’était pas en train de détruire l’intelligence de la guerre, personne ne soutiendrait que les bombardements israéliens visent les civils (…) les souterrains de Gaza auraient dû être faits pour eux (les civils de Gaza). »

Ces arguments peuvent avoir une certaine portée surtout lorsque le Hamas et plus largement les politiques palestiniens comme les dirigeants des pays arabes d’ailleurs, souvent travaillés par des extrémismes de toutes sortes, ne provoquent pas en nous de l’enthousiasme politique. Mais qui peut nier que le peuple palestinien ne continue pas de souffrir de graves injustices ? Et qui fondamentalement en est responsable ? Comment comprendre que malgré tous ces morts et tous ces blessés, la population de Gaza conserve son soutien au Hamas ? Prise comme dans une souricière, la population palestinienne a-t-elle d’autre choix que de subir le martyre ?

Les dirigeants israéliens, comme aussi Roger Cukierman et Alain Finkielkraut, s’en prennent à cette émotion, à cette compassion pour le peuple palestinien qui envahit le monde y compris aux Etats-Unis, ce que déplore Netanyahu. Finkielkraut se dit « saisi d’effroi devant la haine intercontinentale qui se déchaîne sur un tout petit pays » –il oublie de dire que c’est la plus grande puissance militaire de la région soutenue par les grandes puissances occidentales et faisant constamment fi du droit international– et Cukierman regrette que « les images substituent l’émotion à la réflexion ». Pour l’auteur de La défaite de la pensée aussi, « là où il y a guerre, on parle de massacre, voire de génocide. Toutes les distinctions sont abolies par l’émotion ».

Le vrai problème donc est celui du rapport de l’émotion et de la raison dans la juste appréhension du conflit israélo-palestinien actuel. Il y a de bonnes et de mauvaises émotions comme il existe aussi de bonnes et de mauvaises raisons. Cela dépend donc de notre réflexion. Ainsi, pour la philosophe américaine Martha Nusbaum, il existe de bonnes « émotions démocratiques » (c’est le titre d’un de ses livres) et le sentiment de la justice serait à ranger dans cette catégorie. Si avec le développement des médias actuels, des événements tombent plus vite dans l’espace public international, faut-il accuser les médias comme le fait Finkielkraut ? Ces centaines d’enfants palestiniens tués, qui n’ont pas demandé à naître et qui ne sont pas responsables du monde dans lequel les plongent les adultes, devraient-ils nous laisser indifférents ? Peut-il y avoir un sens de la justice sans le sentiment de la justice qui nous révolte contre les injustices ? Rien ne peut justifier la mort de ces enfants. Ce doit être pour nous un impératif catégorique. Or, ce n’est pas le cas des dirigeants de l’Etat d’Israël ni de nos deux intellectuels juifs français. Ils avancent tous des raisons dont la principale renvoie à la responsabilité du Hamas. Ainsi pensent-ils déculpabiliser Israël, à bon compte sans doute.

Finkielkraut avance tout de même une autre raison : la guerre c’est la guerre et ce sont ces émotions qui nous empêchent de saisir « l’intelligence de la guerre ». En se voulant philosophe pédagogue, il nous explique que la doxa de l’émotion empêche la connaissance réelle de la guerre. Mais toujours à ce premier niveau de notre réflexion, nous pouvons lui opposer tout un ordre de raisons à cette guerre de la part de la droite israélienne au pouvoir à Tel Aviv. Nombreux sont des analystes du Moyen Orient qui nous expliquent pourquoi cette droite israélienne a voulu la guerre comme si, au fond, le Hamas faisait inconsciemment sans doute le jeu de la politique actuelle d’Israël.

De surcroit, Finkielkraut confond guerre et guerre. Quand deux Etats se font la guerre, deux armées s’opposent, il y a des morts certes mais dans le cas actuel, ce ne sont pas deux Etats qui se font la guerre. C’est un Etat qui fait la guerre au peuple palestinien sans Etat pour des raisons historiques connues. La violence qui règne donc s’apparente à une violence coloniale. Le déséquilibre des forces est nettement en faveur d’Israël, ce qui rend incompréhensible le nombre de civils tués du côté palestinien, comme si en réalité les dirigeants israéliens ne voulaient pas simplement faire une guerre de protection de leur population mais terroriser au sens le plus fort du terme la population de Gaza. Véritable politique de la canonnière visant à détruire des vies et des infrastructures sanitaires et économiques de Gaza qui rappelle les grands mouvements d’appropriation violents des conquêtes coloniales de l’Occident.

En vérité, les raisons avancées par notre académicien et par les dirigeants israéliens apparaissent plutôt comme une forme de ratiocination sophistique, reprise par les gouvernements occidentaux, celui de la France le premier, qui soutiennent Israël mais se contentent pudiquement d’inviter Israël à être « plus mesuré » dans ses réactions. Quelle hypocrisie ! Comment ne pas voir que c’est cette absence de mesure qui est l’expression d’un mal radical qu’on tente de banaliser ? Ceci nous oblige à aborder les choses à un second niveau de réflexion.

En réalité, la guerre ne relève pas essentiellement de la connaissance mais surtout de la pensée, selon la distinction kantienne bien connue des philosophes, reprise par la célèbre philosophe juive Hannah Arendt. Selon cette dernière –s’opposant ainsi à une tradition platonicienne– le domaine des affaires humaines, fait de multiplicité et d’imprévisibilité, ne relève pas de la connaissance au sens strict mais de la pensée, c’est-à-dire d’un niveau de réflexion où le sens n’est pas encore donné. Ainsi en est-il de notre responsabilité. On pourrait dire, pour donner un exemple, que la première guerre narrée dans la littérature occidentale, la guerre de Troie, ne relève d’aucune connaissance, ce qui ressort du récit homérique. Ce pourquoi elle sollicite la pensée et celle-ci s’essaie sur le mode poétique dans les vers d’Homère. Avec la colère d’Achille, le fleuve, dans la plaine de Troie, devient rouge de sang et les dieux eux-mêmes tremblent de stupeur. Mais les pleurs d’Achille joints à ceux de Priam restituent le héros grec dans l’humanité. Les larmes d’Achille mêlées à celles du père d’Hector sont le témoignage d’une bonne émotion de fraternité humaine. La pensée, qui n’a pas la rectitude objectivante de la connaissance, cherche alors le sens.

En l’occurrence, le soldat israélien à qui on donne l’ordre de tirer sur une école de l’ONU où logent femmes et enfants peut hésiter. Mais son chef lui dira qu’il doit obéir aux ordres et cela dans l’intérêt du peuple israélien. S’il obéit, il pourra dire, comme Eichmann à Jérusalem lors de son célèbre procès, qu’il a obéit aux ordres et qu’il n’était pas responsable. C’est ce que Hannah Arendt appelle l’«absence de pensée». Soulignons au passage que certains jeunes Israéliens ont préféré fuir Israël plutôt que d’être complices de cette sale guerre et que d’autres ont accepté d’aller en prison pour ne pas être enrôlés dans l’armée sioniste. Beaucoup d’ailleurs se plaignent de la militarisation de la société israélienne. Cette « absence de pensée » serait selon Arendt la source principale de ce qu’elle nomme la « banalité du mal ». Cela signifie que le mal n’aurait pas seulement pour origine des « êtres diaboliques », mais qu’il est le propre de l’homme, que tout homme dans des conditions déterminées peut perdre la capacité de juger et se faire le complice du mal et ceci quelle que soit sa race ou sa culture. Ce qui arrive aux dirigeants israéliens et à Alain Finkielkraut en ce moment dans une sorte de désastreuse banalité.

Accusation grave qui m’oblige à préciser cette notion d’«absence de pensée». Sans doute Hannah Arendt s’est-elle trompée sur le personnage d’Eichmann (il n’était pas un simple fonctionnaire mais un dirigeant nazi redoutable). Il est vrai aussi qu’elle semble s’écarter de la théorie kantienne du « mal radical » (car inscrit dans la liberté même de l’homme). Dans une lettre à Gershon Sholan, Arendt écrit : « mon avis est que le mal n’est jamais ‘radical’ qu’il est seulement extrême, et qu’il ne possède ni profondeur ni dimension démoniaque. Il peut tout envahir et ravager le monde précisément parce qu’il se propage comme un champignon (…) Seul le bien a une profondeur et peut être radical. » En suivant les traces de la philosophe juive, on pourrait dire que le monde actuel connaît une montée aux extrêmes, une banalisation du mal qui se répand comme un champignon et qui se donne à voir dans l’actualité en Syrie, en Libye, en Irak, en Afrique sub-saharienne, en Ukraine, dans bien d’autres régions du monde, mais surtout aussi au Proche Orient avec le millier de victimes civiles palestiniennes perpétré par l’armée israélienne soutenue ouvertement par Alain Finkielkraut. Cela signifie qu’il existe de mauvaises émotions comme celles ayant pour origine les fanatismes religieux ou ethniques, comme celle qui ne cesse de mouvoir l’auteur de L’identité malheureuse, lequel, dans on ne sait quel malheur ou quelle identité souffreteuse, a du mal à cacher sa haine des musulmans et à accepter la pluralité ethnique de la France qu’il trouve trop « black-beur » à son goût. Tout cela bien sûr sous couvert de lutte contre l’antisémitisme, ce qui le rapproche qu’il le veuille ou non du Front national de Marine Le Pen.

L’«absence de pensée» ne signifie pas stupidité ou manque d’intelligence. Elle peut s’accompagner d’une raison calculatrice efficace. Prenons un exemple : si un leader du Hamas jugé très dangereux par les dirigeants israéliens se réfugie dans un lieu en prenant des enfants en otage, que diraient ces dirigeants ? Ceci : si on n’a pas le choix d’autres moyens on tuerait aussi les enfants car ce n’est pas nous qui les avons pris en otage et libérer ce chef du Hamas c’est mettre en péril la vie des Israéliens. N’importe quelle mère et n’importe quel être humain épris d’humanité diraient qu’il faut préserver la vie des enfants. Le raisonnement des chefs israéliens s’oppose ainsi à la raison morale. L’absence de pensée, c’est un défaut du jugement, lorsque la raison théorique ou la raison instrumentale sont prises pour un raisonnement moral. C’est la confusion des ordres de raison. Souvent la nécessité est invoquée pour dissimuler cette absence de jugement. C’est comme si le domaine politique qui est le champ de la pluralité humaine était réduite à une seule dimension. C’est donc un mensonge que l’on se fait à soi-même et c’est dans un tel mensonge, pour Kant, que réside le mal qui devient un ennemi invisible. Quand je dois agir, dit Kant, je dois aussi être certain que mon action ne soit pas injuste. Je ne dois pas me contenter de la conformité avec la loi, dans mon for intérieur, il doit y avoir un espace de justice.

Les dirigeants sionistes et leur philosophe patenté pourraient rétorquer que la situation concrète ne leur permet pas d’avoir une « belle âme » et qu’ils sont obligés de choisir le moindre mal. Là encore c’est oublier ce que disait Hannah Arendt dans Responsabilité et jugement : « Ceux qui choisissent le moindre mal oublient très vite qu’ils ont aussi choisi le mal » ! Concernant la situation concrète, on pourrait dire qu’en période de crise, de guerre ou de guerre civile, les gens ont le sentiment que leur monde s’écroule, que leur communauté est menacée. Il leur faut donc établir une rigoureuse distinction entre eux et nous. Un groupe est alors exclu de l’humanité commune et tout devient possible. Ainsi intervient ce que Arendt appelait « la désolation » qui est comme une non appartenance au monde. L’absence de pensée engendre alors le mal. C’est une absence de réflexivité, un manque de lucidité et de sincérité à l’égard de soi. Tel est ce qui arrive en ce moment aux dirigeants israéliens.

Quant à notre cher académicien, on pourrait humblement lui recommander de suivre le conseil que lui donne un intellectuel juif, Daniel Salvatore Schiffer, dans une lettre adressée aussi à BHL, André Glucksmann, Elie Wiesel et publiée dans Mediapart : « Faites donc preuve d’honnêteté intellectuelle, de courage moral, de noblesse d’âme et de lucidité : élevez-vous au-dessus des partis, prenez de la hauteur et condamnez le crime, même lorsqu’il provient de votre famille ; vous en sortirez grandis et le monde vous en saura gré. » En d’autres temps et en d’autres termes, c’est ce que Socrate recommandait : avoir le courage de la vérité, c’est se connaître soi-même, ce qui n’a rien d’une introspection de nature psychologique mais relève d’une dimension métaphysique : c’est penser en se mettant à la place de l’autre, introduire de l’altérité en soi-même, c’est relativiser son appartenance communautaire, bref, se laisser interpeller par le visage d’autrui et la souffrance de l’enfant, s’ouvrir à la réflexion et à une vraie dimension de la pensée qui ne peut être réduite à un savoir. En vérité, se préserver de la défaite de la pensée, c’est ne point suivre l’exemple du Finkielkraut actuel.

Etrange destin que celui de cet insolite académicien ! Il est surprenant que beaucoup de ses adversaires –dont moi-même– ne lui vouent aucune haine. Sans doute parce que sa sophistique, autrefois, avait un effet bénéfique dans le débat public et me faisait penser à ce que le poète Saint-Jonh Perse nommait « la sauterelle verte du sophisme ». Nous sommes donc peinés de constater aujourd’hui que les propos de Finkielkraut ont perdu de leur verdeur et que la haine de l’autre leur donne une couleur jaunie, comme ces feuilles mortes que l’histoire bien souvent ramasse à la pelle. Qu’il se fasse donc complice des crimes sionistes nous peine énormément. Néanmoins, dans une sorte d’élan lévinassien, nous sommes attentifs à son visage, à cette souffrance qui n’est que la manifestation phénoménale en sa personne des contradictions et du délitement de l’identité républicaine française, travaillée par le nationalisme et l’histoire coloniale. Nous souhaitons vivement qu’au lieu de pleurnicher constamment contre les Français musulmans et bien qu’il ait le droit d’aimer Israël comme il le dit, qu’il ait quelques larmes sincères envers ces enfants massacrés de Palestine et même qu’il puisse crier « Gaza mon amour ». Quoique nous ne soyons pas des héros, nous mêlerons nos larmes aux siennes.

Il arrive que des événements se répètent. Mais un jour, l’un d’entre eux en répétant les précédents dévoile brusquement la vérité du phénomène, comme un élément qui, bien qu’étant élément, révèle le sens de toute une structure. Les psychanalystes connaissent bien, surtout depuis Lacan, ces processus de l’inconscient. C’est ce qui arrive avec le conflit israélo-palestinien actuel sans que j’aille jusqu’à dire que le conflit actuel est comme l’objet a des sionistes. Israël peut gagner cette guerre militairement. Mais elle l’a déjà intégralement perdue moralement. Il en est ainsi souvent des guerres coloniales, ce qu’un De Gaulle avait compris, à la différence du socialiste Guy Mollet. Les tentatives de légitimation de certains intellectuels juifs n’y feront rien. Et ce qui aussi se dévoile, en une sorte de « ruse de la raison » à la sauce hégélienne, c’est la nature et le destin sionistes de l’Etat d’Israël au service des intérêts des puissances occidentales dans la région, lesquelles sont promptes à dénoncer les atteintes aux droits de l’homme dans certaines parties du monde mais n’ont pas le courage d’imposer à Israël des mesures de répression qu’elles exigent pour la Russie, dont il faut avouer que le président est inquiétant. Or, dans ce conflit, l’Etat d’Israël a effectivement commis des crimes de guerre.

Et nous comprenons mieux ce que disait Edward Saïd dans La question de Palestine. Selon lui, le sionisme est « l’épilogue d’une longue histoire de l’impérialisme et du colonialisme occidentaux ». Hannah Arendt elle aussi déclarait dans un texte, Pour sauver le foyer national juif, que le sionisme a dérivé à l’heure de son accomplissement vers ce qu’elle dénonce comme « un chauvinisme raciste qui ne diffère pas d’autres théories de la race des maîtres ». Elle craignait que le sionisme ne fût l’expression d’un même mécanisme historique, celui de l’Etat-nation apparu en Occident et ayant donné naissance au nazisme. Comme si nazisme et sionisme pouvaient être les deux faces d’une même feuille. Les événements actuels ravivent cette interrogation.

Dans tous les cas, on peut avancer que l’Etat d’Israël, dans la constitution même de sa formation, repose sur trois principes :

1) Un fondement théologique issu d’un récit mythologique
2) un fondement ethnique et
3) un fondement colonial.

Cela en fait beaucoup pour douter de sa nature républicaine et démocratique. Si les dirigeants sionistes actuels ont du mal à considérer les Palestiniens d’en face comme d’authentiques êtres humains, c’est que dès l’origine le sionisme se fonde sur une occultation fondamentale. Le mot d’ordre originaire –« une terre sans peuple pour un peuple sans terre »– est un radical mensonge. Est totalement raturée ainsi l’existence d’un peuple qui occupait depuis des siècles ces terres, le peuple palestinien. Je le dis sans aucun sentiment antisémite car nul ne peut m’accuser d’antisémitisme quand, à plusieurs reprises, j’ai condamné fermement aussi bien les dérives antisémites d’un Dieudonné que celle d’un célèbre écrivain martiniquais, ce qui d’ailleurs m’a valu de la haine des gens de ma propre communauté antillaise. Refuser d’être antisémite ce n’est pas être pro-juif, c’est-à-dire défendre le judaïsme et encore moins le sionisme. Condamner le racisme anti-nègre ce n’est pas forcément défendre on ne sait quel « négrité » (la négritude césairienne n’a rien à voir avec un quelconque essentialisme). Refuser d’être antisémite c’est défendre l’homme qui est persécuté à cause de sa race ou de sa religion. Il en est ainsi pour tout antiracisme. Si je soutiens résolument les hommes chrétiens persécutés de Libye, je n’ai aucune sympathie particulière pour leur religion. C’est une certaine droite conservatrice française qui les défend mais comme les représentants d’une religion occidentale qu’on doit protéger à tout prix contre les barbares musulmans. Bref, il est donc intolérable que le sionisme veuille faire croire que si on l’attaque, c’est que l’on est antisémite.

Il y a bien des horreurs dans le monde actuel et les sionistes d’Israël n’en ont pas le monopole. C’est la raison purement calculatrice et instrumentale qui pose un système de domination économique néolibéral comme seule nécessité pour les humains (pensons au sort qui est fait en ce moment au peuple argentin avec les fonds vautours), raison qui efface les autres dimensions de l’existence humaine comme celle de la pensée. C’est comme si le monde se « démondéanisait », perdait de son sens. Cette « insignifiance du monde » –si on m’accorde cette expression– produit une « désolation », des replis identitaires ou religieux mortifères et la banalisation et l’expansion du mal. Dans un tel contexte, il est impérieux qu’au Moyen Orient, Juifs et Arabes de bonne volonté se rencontrent pour contrecarrer les logiques étatiques inhumaines. Au final, avec l’affaiblissement des transcendances, aucune certitude absolue n’est possible. Nous sommes condamnés au pari et à la pensée, nos savoirs technoscientifiques ne pouvant tenir lieu de métaphysique. Faut-il faire appel de nouveau à Homère ou aux Tragiques grecs ? Peut-être, mais ce qui est sûr, c’est que nous devons encore nous souvenir de Socrate, lui qui toujours prétendait qu’il ne savait rien. Mais il ajoutait que la seule chose qu’il savait, c’est qu’il vaut mieux subir l’injustice que de la commettre. C’est d’ailleurs la grande leçon que nous tirons des événements du Proche Orient.

Jacky Dahomay