Université des Antilles : Lettre ouverte de Victorin Lurel

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Notre action et notre ambition pour l’université des Antilles

Mes chers compatriotes,

Comme vous le savez, depuis quelques mois, la situation préoccupante de l’université a généré de nombreux débats, mais aussi des prises de positions singulières, surprenantes et quelquefois décevantes. Mais l’avenir est porteur d’espérances, et fidèle à mes engagements, je tiens à vous rassurer sur nos intentions de poursuivre le travail commencé depuis quelques années par la Région Guadeloupe.

Les longs mois d’incertitudes que nous venons de traverser, ont permis à tout un chacun de mesurer les vrais enjeux de cette institution dédiée à la transmission du savoir et à la recherche, mais qui malheureusement a été le terrain de luttes de pouvoir sans précédent, sur fond de joutes politiques malheureuses.

Avec constance et lucidité, la Région s’est mobilisée : En réunion plénière, elle a rencontré les universitaires, les étudiants et les partenaires que sont l’Etat et le département en Guadeloupe ; mais aussi, à mon initiative, les présidents des conseils régionaux et généraux de la Martinique. A la faveur de ces nombreuses et fructueuses consultations, nous avons su donner un contenu à la notion d’autonomie de pôle quand d’autres se contentaient d’approuver jusqu’alors les projets de textes qui leur étaient soumis.

J’ai donc défendu avec force, tout comme mes collègues de la Martinique, le principe d’une université des Antilles de plein exercice, dans le cadre d’une large autonomie administrative, financière, pédagogique et de recherche des deux pôles universitaires.

C’est ce que nous avons finalement obtenu, suite à notre active mobilisation et à nos propositions d’amendements, puisque l’ordonnance qui a été publiée au Journal Officiel ce 17 juillet, et qui a considérablement évolué depuis la version initiale, acte désormais dans le marbre les principes d’une large autonomie des deux pôles (renforcement des compétences des conseils de pôle et des pouvoirs des vice-présidents, qui seront élus directement par les conseils de pôle, et budget intégré propre à chaque pôle et réparti entre les deux pôles selon des critères objectifs).

Le Gouvernement présentera d’ici la rentrée parlementaire extraordinaire de septembre, un projet de loi de ratification de cette ordonnance, qui sécurisera les bases juridiques de l’université des Antilles (le mot « Guyane » sera supprimé, et la composition du conseil d’administration devrait être fixée à 28 membres). Seule la Guyane fera prochainement l’objet d’un décret portant création de l’université de Guyane, sur la base de l’article L. 711-4 du code de l’Education ; toutes dispositions qui prendront effet à compter du 1er janvier 2015.

La Région Guadeloupe a par conséquent pris ses responsabilités, et pesé de tout son poids auprès du Gouvernement dans ce dossier, avec comme seuls objectifs : Travailler pour l’avenir de nos enfants et permettre à notre jeunesse de tirer pleinement profit de tout ce que nous avons déjà mis en œuvre sur le territoire guadeloupéen en matière d’enseignement supérieur.

C’est un choix politique que nous assumons et qui est en parfaite cohérence avec les moyens constamment mis en œuvre par la collectivité régionale sous ma présidence.

Depuis 2004 en effet, l’éducation est la priorité de l’action régionale, parce que c’est le moyen le plus pertinent d’anticiper avec efficacité les mutations de notre société et de construire l’avenir avec fierté et ambition pour nos jeunes talentueux. Nombre d’entre eux sont d’ailleurs ingénieurs, médecins, cadres de haut niveau ou encore apprentis de talent. Il est donc indispensable de préserver et d’enrichir ces acquis qui permettent au pôle de Guadeloupe de revendiquer aujourd’hui une densité d’offres de cursus universitaires reconnue par tous.

La collectivité régionale mobilise depuis plusieurs années au bénéfice de la communauté universitaire, des moyens et des financements considérables, très souvent bien au-delà de ses compétences stricto sensu : Réhabilitation du campus de Saint-Claude pour plus de 51 millions d’euros, contrat quadriennal avec l’université pour plus de 2,5 millions d’euros, investissements dans la faculté de médecine et l’école d’ingénieur, bourses régionales aux étudiants, prêts à taux zéro, aides à une complémentaire santé pour les étudiants et cité de la connaissance avec la 2ème université des métiers de France.

Nous travaillons en outre, en concertation étroite avec le Département pluridisciplinaire de lettres et sciences humaines (DPLSH) de Saint-Claude et certains universitaires en sciences humaines et sociales, à la délivrance d’un diplôme de sciences politiques, qui viendra compléter les formations diplômantes actuelles dispensées sur le campus de Fouillole. Ce nouveau diplôme sera mis en œuvre dans le cadre d’un conventionnement entre l’université des Antilles et l’institut d’études politiques de Paris. Ce cursus diplômant aura notamment vocation à former des cadres et des manageurs de haut niveau, dont la Guadeloupe et les Antilles ont grand besoin, et sera résolument tourner vers les îles de la Caraïbe et les Amériques. Il pourra ainsi accueillir des étudiants caribéens et américains, voire même au-delà, concomitamment à la mise en place du projet de Centre international de Guadeloupe pour une approche régionale des langues (CIGAREL) que porte la collectivité régionale dans la cadre de l’enseignement des langues.

Par ailleurs, un cadre législatif rénové a renforcé encore les compétences des régions : La loi Enseignement supérieur et Recherche du 22 juillet 2013 (dite loi ESR), confie en effet aux collectivités régionales le soin de définir, en cohérence avec la stratégie nationale, « un schéma régional de l’enseignement supérieur, de la recherche et de l’innovation, qui déterminera les principes et les priorités de ses interventions ».

De même, la loi de modernisation de l’action publique territoriale et d’affirmation des métropoles du 27 janvier 2014 (volet 1 de l’Acte III de la décentralisation), renforce les compétences des régions, « relatives au soutien à l’enseignement supérieur et à la recherche ».

 Nous avons donc toute légitimité à intervenir sur ce sujet important, relatif au devenir de l’université aux Antilles, et c’est dans ce cadre que nous nous engagerons sans relâche dès lors que les intérêts du pôle de Guadeloupe seront en jeu, tout en affirmant plus que jamais qu’il n’est pas nécessaire de réussir pour entreprendre ni de gagner pour persévérer.

Il y a lieu maintenant de préparer la mise en place de cette future université des Antilles, en application de l’ordonnance qui en fixe le cadre. Nous y veillerons, toujours avec le même engagement, pour que l’ensemble des acteurs concernés œuvrent à la mise en place d’une université des Antilles performante, et prennent en responsabilité les décisions qui s’imposent, dans l’intérêt de nos étudiants, de nos universitaires, et de nos territoires insulaires.

Victorin Lurel,
Président du Conseil régional, Député de la Guadeloupe.