Manifs pour la paix à Gaza : L’appel à la tolérance de Steevy Gustave

steevy_gustaveSteevy Gustave est adjoint au Maire de Brétigny sur Orge en charge de la citoyenneté, de légalité des chances et de la démocratie locale. Le 14 juillet 2011 il a produit, pour SOS Racisme, France 2 et Direct Star, le plus gros concert jamais réalisé en france  » 1 200 000 personnes sur le Champs de Mars ». Suites aux violences, dérapages et provocations lors des manifestations en soutien aux victimes de Gaza, il a écrit cette lettre à son fils, message de paix, de respect et de tolérance.

Manifestations pro-Gaza : contre l’antisémitisme et l’islamophobie, nous devons nous unir

par Steevy GUSTAVE

Mon cher fils,

cette nuit, comme beaucoup depuis ta naissance, quand l’orage gronde, je rentre dans ta chambre. Après être resté à t’écouter respirer et constater que tu allais bien, je sors regarder le ciel et écoute la pluie…

Les nuages sont magnifiques et rien ne peut troubler ce moment. Je suis en paix et toi, tu dors paisiblement dans ta chambre. Posté devant la maison, comme ton garde du cœur, car il y a 23 ans, j’ai juré d’être le gardien de ta vie.

C’est vrai, tout va bien, tu as l’air heureux et pourtant, je vais te demander pardon.

Oui, pardon de t’avoir fait naître dans un monde où la mort d’enfants ne choque presque plus personne, pardon de t’avoir fait croire qu’en France, notre beau pays, toi le métisse, tu n’aurais plus à endurer les quolibets et les insultes que ton grand-père, tes oncles et même moi, ton père, avions subi.

Je pensais que jamais plus on n’entendrait « Mort aux juifs » dans les rues de Paris. Je croyais sincèrement que, quand tu serais grand, les expressions telles que « Sale nègre » ou « Musulmans assassins » ne seraient plus d’actualité…

Tu n’es ni juif, ni musulman, ni Palestinien, ni Israélien mais néanmoins, depuis ton enfance, tu me demandes pourquoi il y a la guerre là-bas, pourquoi des civils innocents sont assassinés. Pardon de ne pouvoir te donner de réponse, car moi-même je m’interroge !

J’ai voulu garder le silence sur les cruautés de notre monde, pour te protéger, mais se taire, n’est-ce pas consentir ?

J’ai cru, à tort, qu’un mot de travers pourrait allumer une poudrière. Mais je ne veux pas que tes enfants héritent de nos complaisances, de nos lâchetés, de nos indignations sélectives.

Ce conflit se refuse à formuler un mot. Un mot devenu un fardeau, presque une honte.

Personnellement, je l’assume. Et, depuis ta naissance, aux côtés du mot « Amour », je n’ai cessé de te le répéter. Ce mot, c’est la « Paix ». Un mot pourtant simple, mais si puissant, si enveloppant.

Paix, j’ai décidé de le prononcer dans ton cœur, dans ton âme, sur le bout de tes lèvres. Paix, sans parti pris, car le sang des enfants des deux peuples ne mérite ni le silence ni la violence.

Quand tu étais tout petit, je te parlais d’une colombe qui vole malgré les missiles, malgré le nœud de vipères des politiciens belliqueux. Cette guerre sans nom a brisé les ailes de cette colombe innocente sur une plage en « Terre Sainte ».

En 1993, j’avais ton âge et toi, deux ans.

Je me souviens encore de la joie que ta grand-mère avait éprouvé en admirant, à la télé, cette poignée de main entre Yitzhak Rabin, Bill Clinton et Yasser Arafat. Les accords d’Oslo, c’était le 13 septembre.

Je m’en rappelle clairement parce que ça allait faire dix ans que ton grand-père, mon père, était mort en service commandé. C’est peut-être pour cette raison que moi, le fils de militaire, je milite autant pour la paix, le respect de la vie et l’amour de l’autre.

Maintenant, il pleut beaucoup dehors et les orages sont de plus en plus nombreux. Il fait pourtant chaud, d’une chaleur humide qui oppresse. Les grosses gouttes d’eau, des larmes d’impuissance, tombent et coulent, devant le spectacle lugubre des vies fragmentées, traumatisées et brisées littéralement et figurativement.

J’ai décidé de rentrer dans notre maison où tu dors encore, à l’abri de la foudre. Devant la télé, je regarde en boucle les infos et ce désastre, qui se déroule sous nos yeux. La politique des hommes sanguinaires me fait peur et, à l’heure où je t’écris, nous sommes à plus de 600 morts, 600 morts pour rien, car la paix ne fait pas partie de leur vocabulaire, hélas !

Nos médias et nos politiciens oublient une version des faits : celle qui raconte comment des hommes et des femmes courageux, des êtres humains des deux camps, toujours anonymes, se dressent contre les bombes comme des Gandhi, des Rosa Park, des Nelson Mandela, des Martin Luther King.

Ces artisans de la paix ne cherchent ni la gloire ni l’argent mais œuvrent pour l’humanité.

Je suis triste lorsque je vois ce déferlement de haine dans nos rues, ici, en France, pays des droits de l’Homme, lorsque je vois l’ignorance parasiter une manifestation en solidarité du peuple palestinien dans le but de tout casser et de hurler des slogans antisémites…

Cela ne sert qu’une seule cause, celle des médias à l’affût du moindre débordement, tout en censurant la bienveillance de ces milliers d’anonymes, de toutes confessions, marchant pacifiquement dans toute la France.

Et je suis en colère quand je vois les vidéos de ces groupuscules gesticuler avec des armes à la main dans nos rues, hurlant « Sales nègres » ou « À mort les bougnoules » sans que la police ne fasse rien. Cela crée un sentiment d’impunité, laissant propager le « deux poids, deux mesures. »

Mais, tu sais quoi mon fils ? Ce qui me fait le plus mal aujourd’hui, à moi l’élu de la République, c’est de voir que mon président réunisse des religieux pour parler de ce conflit et de la montée de l’antisémitisme en France.

Mais enfin ! Ce n’est pas un problème religieux, c’est un problème politique !

Les croix gammées, les mosquées ou les synagogues qui sont profanées, ce n’est pas un problème d’imams ou de rabbins, c’est un problème de civisme et de délinquance, d’éducation… L’État et le service public en général doit prendre ses responsabilités : éduquer les esprits et se battre avec force contre les préjugés, la haine et les inégalités qui préparent le lits des extrêmes.

Nous devons construire la paix, en nous demandant, à chacun de nos actes, de nos paroles, de nos messages relayés : y ai-je vraiment contribué ?

Dans les médias, la violence fait vendre et, en politique, cette même violence permet de construire des carrières.

Ces dealeurs de haines qui saccagent n’ont rien de religieux. Ce sont des ignorants qui deviennent paradoxalement les porte-paroles de l’information ! Tu vois, je m’emporte, alors que je t’ai appris que la colère n’est jamais bonne conseillère.

Mais a-t-on réuni les prêtes et les évêques quand les bonnets rouges ont saccagé la Bretagne ?

Je sais, mon fils, je m’égare, il est tard… Mais avant de dormir, je voudrais te rassurer. Jamais je ne laisserai ni l’antisémitisme ni l’islamophobie ni le racisme ni la haine de l’autre entrer dans notre maison.

Mais, je compte sur toi et ta génération pour m’aider à tenir les digues et continuer à construire, non pas des murs, mais des ponts entre les hommes.

Notre République est « une et indivisible ». Et c’est par la voix de la France qui nous nous battrons ensemble en exportant la paix. « Pour que ces deux peuples, ces deux états puissent enfin vivre ensemble « .

Et que la colombe retrouve enfin sa terre.

Bonne nuit mon fils, je t’aime