Guerre des Facs : Hector Elisabeth lance une missive à Alfred Marie-Jeanne

hector_elisabeth_alfred_marie-jeanne_madboug_creolewaysDe l’usage de l’instrumentalisation en politique : Le cas de la crise à l’université

Par Hector ELISABETH

La crise de l’UAG qui dure depuis près de deux ans, semble enfin devoir trouver des solutions avec la création d’une Université de Guyane d’un côté et d’une Université des Antilles de l’autre. Sur cette question de la création d’une UA, il faut reconnaître et rendre hommage au rôle primordial qu’auront joué les quatre Exécutifs territoriaux de Guadeloupe et de Martinique, Lurel et Gillot d’une part et Letchimy et Manin de l’autre. En effet ces leaders politiques, conscients que l’Université doit demeurer un espace sanctuarisé, ont pris la décision responsable, lucide et cohérente d’œuvrer en concertation, à la recherche de la solution la plus consensuelle et d’adopter une proposition commune a présenter au gouvernement français. Cette démarche d’élus responsables, visant à la création d’une UA, semble avoir désormais fait l’unanimité à la fois auprès des populations, de la communauté universitaire, et du personnel politique des deux îles.

Le député Alfred Marie-Jeanne a lui, choisi une posture complètement opposée en décidant d’instrumentaliser cette crise de l’Université à des fins strictement politiciennes et électoralistes. On se rappelle son intervention à l’Assemblée Nationale pour demander entre autres des sanctions contre les responsables d’un laboratoire universitaire de recherche de l’UAG dont la réputation d’excellence est internationale mais suspects aux yeux du député d’être trop proches du PPM. Sanction du reste demandée alors que l’affaire est confiée à la justice et que les personnes concernées restent en conséquence totalement innocentes en attendant qu’elle se prononce! Drôle de procédé d’un député qui, dans le même temps, est lui-même mis en examen dans une affaire. Le député Marie-Jeanne concevrait-il qu’un député de la Martinique écrive au Premier Ministre de la République française pour lui demander d’intervenir contre Alfred Marie-Jeanne dans l’affaire Green Parrot dans laquelle il est mis en examen ? Le député Marie-Jeanne concevrait-il qu’un député de la Martinique intervienne à l’assemblée nationale française pour demander des sanctions contre lui dans cette affaire Green Parrot ? Pathétique n’est-ce pas !

Lui l’hyper nationaliste martiniquais se drape dans la toge d’un accusateur public, devant l’assemblée nationale française contre une institution martiniquaise. Mais notre député ne s’arrête pas en si bon chemin et décide de matraquer sur sa radio fétiche Rldm. Le voici qui récemment se lance dans une série d’anathèmes, de déclarations calomnieuses et d’imprécations à l’encontre de personnes bien ciblées parmi lesquelles pêle-mêle : Christiane Taubira- on se demande ce que cette malheureuse vient faire dans cette galère – Lurel et Letchimy, bien entendu, parce qu’ils sont les élus qui sont les principaux instigateurs de la démarche constructive en cours pour résoudre cette crise dans l’intérêt en particulier de nos étudiants guadeloupéens et martiniquais qui souhaitent poursuivre leurs études sereinement, aux Antilles, dans un espace universitaire sanctuarisé.

Sont ciblés aussi, bien sûr, les responsables du Ceregmia et désormais les membres du Collectif Ensemble Pour l’Université des Antilles (CEPUA), notamment la jeune Présidente Diana Ramassamy et Hector Elisabeth. Ces hommes et ces femmes ne nourrissant à son égard que très peu d’intérêt préfèrent adopter un silence méprisant. Rappelons en effet, que ce Collectif n’est pas constitué uniquement d’universitaires, mais surtout de personnalités de la société civile et dont le positionnement pour la création d’une Université des Antilles s’avère comme étant proche de celui des Exécutifs territoriaux.

Le député Marie-Jeanne jette nommément en pâture le directeur du Ceregmia, le directeur-adjoint, la présidente de CEPUA moi y compris et considère que tout ce beau monde constitue une « mafia » qu’il faut évidemment pendre haut et court sur la place publique comme du temps des tribunaux populaires. Drôle de conception de la démocratie et de la justice. Une telle hystérie ne mériterait aucun début d’intérêt, tant tout ce qui est à ce point dérisoire est excessif. Sauf que la conclusion de toutes ses invectives est la suivante: il faut voter pour l’élire en décembre 2015 à la tête de la nouvelle Collectivité de Martinique pour qu’il puisse nettoyer « les écuries d’Augias. »

Voilà, nous y sommes ! Tout cela pour ça.

L’instrumentalisation de la crise de l’Université, comme de n’importe quel événement qui se présente est dans le seul but d’alimenter la campagne électorale dans laquelle il est déjà lancé et dont nous dit-on que des membres éminents de la gouvernance actuelle de l’université seraient des fers de lance avec promesse de figurer sur la prochaine liste du député Marie-Jeanne.

Si nous avons dit ne pas perdre de temps à répondre aux imprécations et aux injures, arrêtons-nous un instant pour une analyse dans le fond de ce positionnement :

Qu’est-ce qui motive cette posture hystérique du député Marie-Jeanne qui dénote d’un certain affolement ?

Nous retiendrons essentiellement deux raisons: la première c’est que le député Marie-Jeanne vit dans la peur d’une baisse de la popularité et de crédibilité auprès de la population et des électeurs martiniquais. La deuxième, c’est qu’il nourrit la même terreur quand au leadership et à sa crédibilité dans son propre camp, dans son propre parti et auprès de ses lieutenants et autres affidés.

Examinons d’abord la question de la baisse de popularité dans la population et auprès de l’électorat. Il est évident que depuis son cuisant échec lors de la consultation à propos de la mise en œuvre de l’article 74 de la Constitution avec 80 % de suffrages opposé, puis dans la foulée son échec aux élections régionales le député Marie-Jeanne a subi un gros traumatisme et est depuis quelque peu déboussolé. Si on ajoute à cela la triste affaire de Green Parrot, (que nous avons été un certain nombre de démocrates à dénoncer selon l’application du principe de la présomption d’innocence), qui a cependant eu un impact négatif considérable dans la population et va laisser des traces durablement. On a un instant cru qu’il bénéficiait à nouveau d’un regain de popularité, après le magistral coup de poker des législatives où il s’est fait élire dans une nouvelle circonscription tout en assurant l’élection de son dauphin putatif dans son ancienne circonscription.

Mais n’était-ce pas là que le chant du cygne ?

Les dernières élections municipales sont une synthèse de la situation difficultueuse objective dans laquelle se trouve le député Marie-Jeanne.

D’abord parce qu’il a peu d’impact et peu de visibilité dans la vie économique et politique locale. Au même moment où ses principaux concurrents sont aux rênes des principales collectivités locales et mettent en œuvre des chantiers colossaux qui vont impacter réellement la vie des Martiniquais.

Par ailleurs, une gestion un peu solitaire et autocratique a sans doute été une des causes majeures du désastre aux municipales. D’abord il a voulu imposer des candidats de son parti partout, y compris contre ses alliés comme à Rivière Salée mais parfois contre des membres mêmes de son parti comme a Trinité et surtout à Rivière Pilote. Et pendant que son dauphin n’arrivait pas à s’imposer à Sainte Luce, le député Marie-Jeanne contribuait à la défaite de Garcin Malsa à Sainte Anne, en allant soutenir un candidat dissident contre l’avis d’une forte majorité de son parti. Cette attitude d’autocrate n’est pas sans avoir jeté un certain trouble voire une certaine irritation tant dans son propre parti que parmi ses alliés démocrates. Mais c’est surtout sa défaite dans son fief de Rivière Pilote qui est la plus significative de sa situation actuelle. Rivière-Pilote son fief historique, d’où il s’est lancé à la conquête du reste de la Martinique. On imagine Césaire battu à Fort de France! Symboliquement cette défaite à Rivière Pilote pourrait sonner le glas de la carrière du député Marie-Jeanne et le début de « son automne du patriarche » pour citer Garcia Marquez ! Et c’est parce qu’il en est pleinement conscient qu’il redouble de férocité et accentue sa capacité de nuisance, pour justifier sa place revendiquée de leader. C’est la conséquence de la vacuité de son discours politique d’un autre temps, qui ne porte aucun projet, aucune œuvre à entreprendre pouvant mobiliser notre jeunesse en particulier. Désormais le roi est nu.

Cependant, une capacité de nuisance n’est pas une énergie positive et l’électeur l’a compris et lui à, comme ci-dessus rappelé, tourné le dos. Et à sa farouche volonté de vouloir conquérir la future Collectivité en décembre 2015 pour l’unique satisfaction d’un Ego démesuré, l’écho venant de la majorité des populations et des électeurs lui répond : place aux jeunes, assez des vieux chevaux de retour.

Mais il y a plus grave, c’est sa perte de crédibilité et de leadership dans son camp, tant auprès de ses alliés que dans son propre parti. En effet, de plus en plus s’amplifie dans ses rangs une désagréable petite musique qui chante à propos de l’âge du capitaine. Et surtout depuis les dernières municipales avec l’arrivée aux affaires de cinquantenaires propriétaires de leurs voix et qui n’attendent plus rien et surtout ne doivent rien au député Marie-Jeanne. Aussi, malgré ses mises au point houleuses, ses recadrages autoritaires qui ne font qu’amplifier le caractère autocratique de son leadership et en même temps son enfermement dans sa solitude, le patriarche devient un boulet pour ses troupes. A tel point que la dernière idée à la mode serait la substitution du « I » du mot indépendance du « MIM » par le « I » du mot « Initiative » qui en prendrait la place et donnerait plus de cohérence à l’appellation de ce parti qui depuis des lustres a fait une croix sur l’indépendance nationale comme n’hésitent pas à le dire en aparté ses membres les plus éminents… Ce qui serait le signe patent de l’abandon du mot d’ordre historique. Mais si cette supercherie s’opérait, ce serait une nouvelle preuve de l’absence de corpus théorique comme fondement et soubassement de l’idéologie de ce mouvement, qui ne demeure mû que par les harangues, les imprécations et les anathèmes d’un chef de combat comme on dit chez nous, coq de combat.

Quand on pense aux sarcasmes que Césaire a subi quand il proclama le moratoire.

Voici donc la situation -très préoccupante on en convient- du leader historique du « MIM » (pour combien de temps encore?). C’est l’explication majeure de sa posture consistant à instrumentaliser toutes les opportunités qu’il estime porteuses pour avoir de la visibilité. C’est de l’opportunisme le plus plat, c’est ce qu’il fait dans ses prises de position sur l’université, à contre-courant de toutes les initiatives constructives en cours. Cette praxis politique d’un leader sur le retour est tout à la fois pathétique et affligeante. Loin du respect et/ou de la détestation que suscitait ce leader historique il n’y a guère longtemps.

Il lui reste alors simplement à méditer la pensée de Frantz Fanon, pour laisser à chaque génération la possibilité d’exercer sa mission. Auquel cas le député Marie-Jeanne, prenant la hauteur nécessaire deviendrait un Sage, un vrai patriarche comme l’ont été à un moment de leur vie les Mandela, Césaire ou Aliker, et auprès duquel les nouvelles générations viendraient prendre conseil. Mais à conserver cette posture de dispensateur de vindicte et d’imprécations pour exister et survivre auprès de l’opinion, il ne fera qu’accentuer son image actuelle d’impuissance et de seule capacité de nuisance.

Dans une telle conjoncture, nous sommes obligés de convoquer à nouveau notre regretté Gabo (Garcia Marquez), et après avoir signalé que le patriarche est largement entré dans son automne, nous pourrons l’observer se débattre dans sa chronique d’une mort-politique-annoncée en décembre 2015, avant de s’abîmer dans cent ans de solitude. S’abîmer dans cent ans de solitude en méditant sur le récit de son naufrage.

Hector Elisabeth, sociologue