Conférence d’Alain Mabanckou : Une mise au point de Livie Pierre-Charles

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Les masques tombent !

Par Livie PIERRE-CHARLES

La seconde partie de l’Assemblée Générale de l’Association « Tous Créoles ! », plus particulièrement réservée à l’intervention de l’écrivain Alain MABANCKOU, le 14 Juin dernier à l’Hôtel La Batelière, a reçu les honneurs du magazine ANTILLA (N° 1617 du 19 Juin 2014).

L’assistance, dans sa grande majorité, a apprécié l’immense culture du conférencier originaire du Congo Brazzaville, dont les œuvres littéraires ont été reconnues et primées mondialement, et qui est actuellement professeur de littérature francophone à l’Université de Californie Los Angeles aux ETATS-UNIS (UCLA). Quel singulier parcours d’un point à l’autre de la planète, parcours qui ne peut manquer d’alimenter la réflexion sur l’homme et son rapport à son histoire spécifique ; à l’histoire en général et au monde d’aujourd’hui.

Ainsi veut apparaître Alain MABANCKOU, un homme en perpétuelle interrogation parce que refusant l’embrigadement des préjugés, présupposés et autres idées toutes faites. Bref, il entend sauvegarder sa liberté d’appréciation et de jugement. Aussi, ne trouve-t-il pas incongru de poser aux Africains d’aujourd’hui la question de savoir les raisons qui les incitent à accuser l’homme blanc de la déchéance qui affecte leur espace.

Tout en s’interdisant d’intervenir dans la problématique Martiniquaise, il affirme que la « peau noire » ne saurait être un critère de fraternité ou de parenté, et encore moins un lien dans la victimisation. L’on comprend que ces propos dérangeants, dans une île où certains entretiennent l’affrontement entre différentes ethnies, aient pu provoquer l’ire de quelques membres de l’assistance.

C’est ainsi que l’on assiste, une fois la conférence terminée, à l’irruption intempestive d’une universitaire qui se dit politologue, chargée de recherche au C.N.R.S. Elle se livre à la lecture passionnée d’un texte préparé à l’avance, et dont on peut penser qu’il n’a aucun rapport avec l’intervention d’Alain MABANCKOU.

On aurait aimé entendre l’argumentaire qu’elle développe pour contrer sereinement les idées de MABANCKOU. Au lieu de cela, on a assisté à une violente diatribe à l’encontre de l’Association « Tous Créoles ! » à qui elle prête des intentions perfides. Mais ses motivations profondes se révèlent à travers l’entretien que lui a accordé le journaliste d’ANTILLA ; ainsi, dit-elle : « Le fait fondateur de notre société Martiniquaise est un fait de conflit, d’exploitation, de violence… » « La dimension de violence habite nos rapports sociaux, nos rapports de classe, nos rapports de distribution socio-économique »… Selon elle, « Tous Créoles ! » fait un travail symbolique… avec la complicité de Martiniquais, lesquels se posent en agents du refoulement, c’est-à-dire de l’évacuation de la conflictualité.

Maintenant, les masques tombent !

L’universitaire pose comme postulat la nécessité de conserver la conflictualité fondatrice de notre société, par souci de sauvegarder peut-être l’authenticité de notre Histoire ! S’est-elle posé la question de savoir si cette conflictualité latente ne forme pas le lit de la violence que l’on déplore aujourd’hui, et quelles conséquences elle peut avoir sur le psychisme des hommes et des femmes de cette île ? S’est-elle inquiétée de connaître les répercussions fâcheuses de la conflictualité sur notre avenir économique ?

Elle va jusqu’à cultiver l’audace d’assigner à « Tous Créoles ! » d’autres missions : aller à la rencontre d’un monde créole plus vaste (Louisiane, Seychelles, etc…) ; faire l’historique des conquêtes sociales à la Martinique, ce qui revient à s’appesantir sur les conflits du travail.

Le problème fondamental qui se pose ici est celui de la prééminence de la vérité historique, sur la marche du temps et l’évolution des sociétés.

Ainsi a-t-on la preuve qu’une certaine famille d’intellectuels, s’arc-boutant sur le passé, privilégie la thèse de l’apartheid sur un si petit territoire !

Les masques tombent !

Elle n’a sans doute pas apprécié l’œuvre magistrale de Nelson MANDELA en Afrique du Sud, et encore moins celle de Jean MONNET à propos de la réconciliation Franco-Allemande.

Quel dommage !

Livie PIERRE-CHARLES,
Inspecteur d’Académie à la retraite,
Vice-présidente de l’association « Tous Créoles ! »