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Par Yves-Léopold MONTHIEUX

Le débat est utile, même avec les outrances. Mais celles-ci traduisent une certaine culture et même un état d’esprit martiniquais qui ont un lien avec ceux que visent nos voisins guadeloupéens. Ils ont de bonnes raisons de nous reprocher notre arrogance et notre suffisance. Généralement, ils ne se cachent pas pour le dire. Nos autres voisins de la région sont plus discrets – de la discrétion qu’on observe à l’égard des riches – pour ne pas effaroucher les touristes que nous sommes et dont ils ont besoin. Mais ils n’en pensent pas moins.

La Guadeloupe n’a pas ce souci. Mais au-delà des justes critiques, cela fait un moment qu’elle nous accuse de tout et de rien. Les dirigeants politiques ainsi que certaines personnalités sont souvent de la partie. Aussi, ai-je entendu une ancienne star internationale du sport, très remontée, s’étonner à la télévision qu’une grande réunion sportive fut organisée en Martinique et pas en Guadeloupe. C’est pourtant la Martinique qui avait l’initiative. Incontestablement, nous accusons le coup et avons un comportement de coupable permanent qui nous rend frileux et incapables de réagir. Lorsqu’on dénonce le comportement d’un responsable guadeloupéen, c’est panique à bord parce que nous craignons la réaction de nos voisins. Il faut pourtant être en mesure de leur parler franchement. Simplement, il faut pour cela éviter de jouer au grand seigneur ou au sachant condescendant.

Reste qu’à l’abri de ces critiques, et face à la frilosité de la Martinique, la Guadeloupe nous dame tranquillement le pion dans tous les domaines. D’autant plus qu’ils ne s’embarrassent pas de préventions de nature idéologique. Si cela peut servir d’être ministre, ils acceptent d’être ministres et jouent le jeu de la Guadeloupe en proclamant crânement leur partialité. Ils vont chercher le cadre compétent là où il se trouve, ne s’estimant pas toujours d’avoir chez eux les meilleurs spécialistes de leurs affaires. Nous sommes incapables de réagir à leurs exagérations. Par exemple jamais notre président de région n’adresserait à Médiapart une lettre qui mette en cause la responsabilité de son collègue de la Guadeloupe.

Aujourd’hui la Guadeloupe n’a aucune raison objective de nous envier en quoi que ce soit. S’agissant le l’Université, cela fait un moment qu’elle domine, en fait, les autres départements. Mathématiquement, la présidence de l’UAG pouvait toujours lui revenir et la concédait aux martiniquais parfois pour purger ses bisbilles intestines. Mais même en matière intellectuelle où nous nous juchons avec orgueil sur les épaules de Césaire, Fanon ou Glissant, nous allons parfois chercher en Guadeloupe nos spécialistes en littérature.

Ainsi donc, nos présidents de collectivités se sont rencontrés et se rencontreront ce lundi, c’est bien. Il reste à donner du contenu à la notion de large autonomie à accorder aux deux pôles de Martinique et de Guadeloupe. Plus l’autonomie de ces pôles sera forte, moins grands seront les pouvoirs de la direction de l’Université antillaise et moins encore celle-ci sera autonome par rapport au pouvoir politique. Plus les deux pôles seront autonomes et plus ils seront dépendants des pouvoirs politiques des deux collectivités.

Les présidents de collectivité sont clairement entrés dans le bal. Voudront-il quitter la salle de danse ? Curieusement, plus d’autonomie universitaire pourrait signifier moins d’indépendance à l’égard du pouvoir politique.