Université : Après le déchirement, quel avenir pour la jeunesse des Antilles?

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Guadeloupe Martinique : Je t’aime, moi non plus

Par Yves-Léopold MONTHIEUX

On sait le souci de l’éclectique Gérard Dowrling-Carter de prendre toute sa part dans la vie intellectuelle et sociétale de la Martinique. Avocat et citoyen, il a pu se distraire du dossier judiciaire dont il a la charge, l’affaire CEREGMIA, pour donner son sentiment sur l’avenir universitaire de son pays. En dépit de ses conclusions qui surprennent, il montre sa connaissance de la mécanique de l’UAG. On aurait juré qu’il est lui-même usager de l’auguste institution. Sauf qu’il est également un vieux journaliste et même un peu journaliste d’investigation et qu’il a pu connaître, au fond, de cette université. Mais la démonstration de l’avocat-journaliste est trop exclusivement technique pour ne pas être suspectée de cacher d’autres aspects de l’affaire, pas seulement politiques.

Qui ne voit que la dispersion de l’UAG, qui a les faveurs de GDC, répond très peu aux intérêts de la jeunesse de nos régions ? Qui ne voit que cette dispersion n’a pas vraiment d’intérêt autre que politique et ne relève que du sentiment de défiance des 2 G à l’égard de la Martinique ? Qui ne voit que la création de trois universités de plein exercice s’inscrit dans une opération de rupture et non d’efficacité pédagogique ? Défiance et rupture qui font que partout où la Martinique se croit en terrain de solidarité ou de collaboration, la Guadeloupe est en compétition ou en opposition plus ou moins feutrée. Que veut dire, en effet, la plus large autonomie, prônée par les deux présidents de région ? Autonomie par rapport à quelle autorité, à quel centre ? La Guadeloupe qui a su cumuler l’essentiel des départements de l’UAG sur son territoire a sa petite idée sur la question.

Cette affaire s’inscrit dans une politique déterminée où, petit à petit, nos voisins nous dament le pion, comme pour nous faire payer ce qu’ils considèrent, à tort ou à raison, et, à tout le moins, comme de la suffisance ou de l’arrogance, à leur égard. Cette critique, qui n’est pas le fait de la seule Gwada, a l’air de nous laisser sans défense, ce qui peut apparaître comme la confirmation de l’adage « qui ne dit mot consent ». C’est pourquoi à l’article de PP «… l’exigence de Lurel », j’avais réagi par «… l’exigence de Letchimy ? », avec un point d’interrogation. Il nous sera toujours possible, après qu’on nous aura fait rendre gorge, de faire croire que la dispersion de l’UAG est un progrès, que la Martinique avance et que l’Université de Martinique qu’on nous laissera aura bien été conforme à nos voeux.

C’est évident, il s’agit d’un cuisant échec pour la Martinique, auquel celle-ci, magnanime, semble opposer un haussement d’épaules. Comme trop souvent. Un haussement d’épaules qui, là encore, pourrait paraître condescendant à nos voisins. C’est cet aspect de la situation qui devrait mobiliser en priorité les intellectuels et les politiques. Il pourrait se résumer par la question suivante : sommes-nous prêts à une rupture de nos rapports avec la Guadeloupe ? Les universitaires, les politiques, bref, les intellectuels guadeloupéens et martiniquais sont-ils prêts à prendre la responsabilité de cette démission ? Sinon une rencontre au sommet des élus martiniquais et guadeloupéens ne paraît pas de trop.

1er juillet 2014.