Développement économique : Ces inégalités qui freinent la croissance des DOM

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Les inégalités à l’origine de la panne de croissance des DOM

L’Agence française de développement (AFD), établissement public, réunissait, mercredi 25 juin à Paris, des acteurs et observateurs du développement économique de l’Outre-mer. Leur diagnostic est catégorique : le développement local passe par la lutte contre les inégalités sociales, qui ont atteint un degré hors-norme et qui engendrent une « situation sociale insoutenable ».

Pauvres, les départements d’Outre-mer(1) sont aussi particulièrement inégalitaires, ce, même après redistribution. « A La Réunion, la tranche de la population la plus riche dispose de revenus cinq fois plus élevés que la tranche de la population la plus pauvre. En Guyane, ces revenus sont 11 fois plus élevés », a ainsi précisé Françoise Rivière, économiste au département recherche de l’Agence française de développement (AFD. La spécialiste a expliqué que, si dans les années 90, les inégalités avaient diminué, elles étaient à nouveau à la hausse depuis le début des années 2000, bien que les territoires se soient, entretemps, développés économiquement.

Un enfant sur deux est pauvre – Aujourd’hui, les DOM semblent en panne, socialement et économiquement, les inégalités étant, justement, un frein à la croissance. Ils cumulent l’ensemble des indicateurs de précarité – à La Réunion, un enfant sur deux est pauvre, le taux de chômage des 18-25 ans atteint, au minimum, les 60 %,…- se positionnant comme les territoires les plus pauvres de France. « La société est fragmentée, minée par des fléaux profondément ancrés, en particulier le chômage de longue durée. Les politiques publiques, comme les emplois aidés, jouant de plus en plus difficilement le rôle de stabilisateur social », constate Françoise Rivière.

Les spécialistes de l’Outre-mer invités par l’ADF à qualifier les inégalités des DOM ont également fait diverses propositions :

– Pour l’économiste Olivier Sudrie, chercheur au Centre d’études sur la mondialisation, les conflits, les territoires et les vulnérabilités (CEMOTEV), l’avenir des DOM passe par « l’augmentation de la productivité » des entreprises locales, « étouffées par le capitalisme familial et les situations de monopole ». L’économiste a aussi pointé les effets pervers de la sur-rémunération des fonctionnaires qui participe au maintien des prix élevés et plus largement aux inégalités sociales. Il en appelle aux pouvoirs publics pour mettre autour de la table les différents acteurs locaux et susciter un vrai dialogue social.

– François Chérèque, inspecteur des affaires sociales (IGAS), en charge du suivi du plan gouvernemental de lutte contre la pauvreté et président de l’Agence du service civique, a insisté sur la nécessité de veiller au développement de la CMU-C (couverture maladie universelle complémentaire) dans les DOM afin de parvenir à une amélioration de l’état de santé général. Sur un autre registre, il a dénoncé des choix de recrutement dans la fonction publique sous forme d’emplois aidés, comme l’embauche en nombre d’agents de catégorie C dans les hôpitaux, « alors que les établissements ont besoin de personnels davantage qualifiés ». Il propose de faire un « bilan courageux » de ces pratiques.

– Hervé Guéry, directeur fondateur du Centre d’observation et de mesure des politiques d’action sociale (Compas), a, quant à lui, invité les investisseurs publics et privés à orienter leurs efforts sur le secteur de l’éducation, la jeunesse des DOM souffrant d’un lourd déficit de formation, une étape qu’il juge essentielle pour lutter contre la paupérisation.

Face à eux, Mathieu Lefebvre, représentant de la direction générale des Outre-mer au ministère des Outre-mer, a assuré que le gouvernement avait « sanctuarisé » l’aide apportée à ces territoires et que la loi de 2012 contre la vie chère (mise en place d’un bouclier qualité/prix concernant une centaine de produits de grande consommation),« commençait à produire des effets positifs » pour la population.7

Sophie Le Gall

L’Agence française de développement (AFD) dans les DOM

Etablissement public au statut d’institution financière, l’AFD est implantée dans 9 départements et collectivités d’Outre-mer où elle finance et accompagne des projets de développement local. En 2013, elle y a investi 1,5 milliard d’euros (en premier lieu à La Réunion, avec 400 millions de financements octroyés), comme en 2012, ce qui constitue « un niveau historique », souligne l’agence. Cet engagement vient pallier la faiblesse des financements privés, qui s’est accentuée avec la crise de 2008. Depuis juin 2013, l’AFD représente la Bpifrance dans les DOM avec la mission d’y proposer les mêmes outils financiers qu’en métropole. Au-delà de son rôle de financeur, l’agence veut « soutenir la production de connaissances sur les territoires ultramarins », notamment pour mettre en valeurs leurs « atouts méconnus ».

Source : http://www.lagazettedescommunes.com/240692/les-inegalites-a-lorigine-de-la-panne-de-croissance-des-dom/