Martinique : La réforme statutaire est-elle piégée par les élus eux-mêmes ?

trpar Yves-Léopold MONTHIEUX

Je l’ai écrit ailleurs, il pourrait ne pas y avoir de situation plus conservatrice que celle que la collectivité territoriale de Martinique promet pour 2015, s’il est vrai que l’arrivée des jeunes dans cette instance sera très difficile. De même, les mesures et structures sophistiquées de la CTM n’annoncent pas une pratique vertueuse de la démocratie comme, par exemple, au conseil général dont l’élection des membres relevait d’un mode de scrutin simplissime. Enfin, revendiquée depuis plus d’un demi-siècle, la tentation d’autonomie qu’appelle la CTM se heurte à une satisfaction assimilationniste qui ouvre la voie au résultat contraire de la simplification administrative voulue. C’est ainsi qu’au cours d’une émission télévisée il s’est fait jour, au sein des collectivités locales, de réticences à la mise en place de la CTM.

« Comment se fait-il que dans un si petit pays il puisse y avoir deux collectivités », a-t-on si souvent entendu, de la part des élus ? Ces paroles pieuses, pour certains, de bon sens, pour d’autres, simplistes ou démagogiques, pour d’autres encore, ont disparu des discours et des postures. Comme, par ailleurs, semble s’être émoussé l’intérêt pour les habilitations. Il n’est pas impossible qu’en dépit de ces possibilités qui s’obtiennent sur demande, on continue d’attendre tranquillement les vraies décisions de France et d’Europe. Aussi les élus martiniquais pourraient bien être en train de reculer à bas bruit devant les nouvelles responsabilités réclamées avec tambours et trompettes.

Les Martiniquais ont voté le 10 janvier 2010 pour quelque chose qui leur avait paru clair. Ils ont voté 15 jours plus tard, trois fois moins nombreux, pour autre chose, de bien moins clair. Le 28 juillet 2011, ayant définitivement passé leur tour, ils se sont fait concocter encore autre chose, une loi interprétative de leurs votes. Depuis, ils ont assisté à la montée en force des trois communautés d’agglomération, chacun avec son périmètre de clientélisme politique. En fait de simplification, le ramdam institutionnel aura conduit à mettre en place l’architecture administrative la plus compliquée que la Martinique n’ait jamais connu. En effet, installé dans leur confort assimilationniste, les parlementaires martiniquais n’ont pas cru devoir déposer d’amendement tendant à exclure la Martinique de l’augmentation des pouvoirs accordés aux communautés d’agglos. Ils n’ont pas compris que la montée en puissance de la CACEM, de Cap Nord, ou d’Espace Sud constituerait un véritable obstacle à l’épanouissement de la nouvelle collectivité martiniquaise. A moins qu’ils n’aient sciemment voulu défaire de la main droite ce qu’ils avaient fait de la main gauche.

Certes, les 3 communautés d’agglomération pourraient, de l’extérieur, faire fonction de contre pouvoir à la toute-puissance de la CTM, mais elles pourraient aussi se révéler un obstacle politique majeur au développement harmonieux de la Martinique. La plupart des maires y ont retrouvé leur second mandat, avant même de perdre celui du conseil général, avec la possibilité d’investir la CTM où ils feront de toute évidence une entrée en force. Tandis qu’un nouveau personnage politique voit le jour, qui est nettement plus puissant que ses devanciers.

Ainsi donc, loin d’être aminci, le millefeuille s’est renforcé en même temps que le pouvoir des maires. Par ailleurs, il se pourrait bien que le congrès des élus devienne une institution politique en soi, la cinquième, qui comprendra, outre les élus de l’assemblée, les maires et les parlementaires. Avec le droit de vote pour tout le monde.

Yves-Léopold Monthieux

16 juin 2014