La naissance de l’université de Guyane signifie-t-elle la fin de l’université des Antilles ?

corinne_mence_caster_03Geneviève Fioraso, secrétaire d’Etat à l’Enseignement supérieur, a annoncé mercredi la création d’une université de Guyane distincte de l’actuelle université Antilles-Guyane (UAG) dès la rentrée 2014. Le décret de création de l’université sera publié « avant l’été », après consultation le 26 juin du comité technique paritaire de l’UAG :

Selon la secrétaire d’Etat, il n’était plus possible d’attendre 2017:  » face à l’urgence, il fallait prendre un dispositif juridique stable, susceptible de ne pas être attaqué, mais en même temps plus rapide. » Geneviève Fioraso précise que, conformément aux engagements de l’Etat, une université autonome de Guyane sera créée dès la rentrée 2014 : « une université indépendante, qui ne devra pas fonctionner sur elle-même mais travailler avec les Caraïbes, le Brésil, les territoires autour d’elle et poursuivre les partenariats avec l’université des Antilles ». L’université des Antilles continuera donc « avec un pôle Martinique et un pôle Guadeloupe qui devront dialoguer et décider de leur fonctionnement ».

Suite a cette accélération du calendrier, des rumeurs ont circulé dans la communauté universitaire au sujet d’un « statut provisoire », d’une « université expérimentale » et de la nomination d’un administrateur provisoire pour la future université des Antilles. Bien que le ministère dise avoir transmis le projet de décret et d’ordonnance sur les modalités de l’évolution des structures de Guyane et des Antilles à Corinne Mencé-Caster, (présidente de l’UAG), cette dernière assure par communiqué qu’aucun document officiel fiable et clair en la matière ne lui a été communiqué.

Lors d’une conférence de presse en Martinique, le comité de soutien à Corinne Mencé-Caster conduit par Suzy Sorel, a dénoncé les atermoiements et ambiguïtés du ministère. Ont été évoqués un projet d’amendement et des tractations secrètes menées par Victorin Lurel, président du Conseil Régional de Guadeloupe, pour casser la dynamique de création d’une université des Antilles (Guadeloupe et Martinique) avec des pôles autonomes. Soupçonné de vouloir court-circuiter les instances dirigeantes de l’UAG (et donc sa présidente Corinne Mencé-Caster), Victorin Lurel réaffirme n’avoir ni renié son souhait initial de voir naitre une université des Antilles avec des pôles autonomes, ni rompu le dialogue avec CMC. L’évolution statutaire de l’université aux Antilles sera à l’ordre du jour de la plénière de la Région Guadeloupe du vendredi 20 juin.

Le lourd silence des élus de Martinique, notamment celui de Serge Letchimy a été relevé par les organisateurs de cette conférence de presse.

Face à la confusion qui règne dans ce dossier, le service de presse du Ministère des Outre-mer a envoyé cette note aux rédactions des médias des DFA :

Université Antilles-Guyane
Suite à l’article paru dans l’édition de France Antilles Martinique du 18 juin, le ministère des Outre-mer et le ministère de l’éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche tiennent à apporter les précisions suivantes :
Le gouvernement confirme qu’il respectera les engagements qu’il a pris de créer dès 2014 une Université de Guyane de plein exercice et de prévoir les conditions de création d’une Université des Antilles tenant compte des évolutions souhaitées.
Dans cette perspective, le gouvernement a transmis à la présidence de l’Université Antilles-Guyane le projet de décret créant l’université de Guyane afin que le comité technique soit consulté avant signature de ce décret, conformément à la parole donnée par l’Etat.
Le gouvernement a également déjà transmis pour consultation le projet de décret créant l’université des Antilles et le projet d’ordonnance qui précise ses modalités de fonctionnement en indiquant d’emblée sa volonté de faire évoluer les textes à l’issue de la consultation, en fonction des observations qui seront faites.
Par ailleurs, le gouvernement renouvelle son entier soutien à la décision de la présidente de l’Université de tirer les conséquences de l’affaire du CEREGMIA, notamment en suspendant ses principaux responsables et en enclenchant la procédure disciplinaire prévue à leur encontre.

Geneviève Fioraso a aussi « renouvelé son soutien » à Corinne Mencé Caster pour les sanctions prises dans une affaire de détournement de plusieurs millions d’euros. « Je l’ai remerciée d’avoir suspendu le professeur Célimène. En aucun cas, cette suspension ne doit être remise en question ».

Fin mai 2014, Corinne Mencé Caster a en effet suspendu « à titre conservatoire » Fred Célimène, directeur du CEREGMIA, et son adjoint Kinvi Logossah. Depuis 2013, la justice enquête sur le CEREGMIA (centre d’études et de recheches) sur lequel une information judiciaire a été ouverte le 8 avril 2014 pour « détournements de fonds et escroquerie en bande organisée ».

Gilles O’Desboulles

En savoir plus

Rodolphe Lamy sur France-Antilles : http://www.martinique.franceantilles.fr/actualite/education/l-universite-en-pleine-incertitude-259546.php

Julien Babel sur Guadeloupe 1ere : http://guadeloupe.la1ere.fr/2014/06/19/tensions-et-rumeurs-l-universite-162567.html