Epidémie de chikungunya : Laurent Bernier met les pieds dans le plat

laurent_bernier_02_creolewaysLaurent Bernier, maire UMP de Saint-François et président du SIAEAG, nous fait parvenir cette tribune où il s’étonne du manque d’implication des pouvoirs publics face à l’épidémie de chikungunya qui frappe la Guadeloupe. L’élu pose une vraie question : « L’urgence à agir dans les départements d’Outre-Mer est-elle sujette à spécificité? »

CONSTERNANTE RÉALITÉ D’UNE VRAIE CRISE SANITAIRE ET
ÉCONOMIQUE MAJEURE

Par Laurent BERNIER

 

Constat avéré : l’épidémie de chikungunya 2014 aux Antilles Françaises et dans les îles de la Caraïbe connaît la même dynamique et suit la même évolution que celle de 2006 à l’île de la Réunion et dans les îles de l’Océan Indien!

« L’histoire nous enseigne qu’elle ne nous enseigne rien » a dit Hegel. Et en l’occurrence, la mémoire paraît parfois bien courte!
Il aura fallu un an pour que le Premier Ministre de l’époque annonce à la Réunion, des mesures financières et logistiques à la hauteur d’une catastrophe sanitaire et économique d’importance.
À quel stade de l’épidémie devrons-nous être confrontés pour que nous en arrivions à tirer ici, les mêmes enseignements qu’à la Réunion en 2006? N’avons nous donc rien appris de ce passé pourtant pas si lointain?
Le tableau qui se dessine à nous devrait cependant nous alarmer.
Nos réflexes, les acquis de l’expérience passée, l’impérieuse nécessité de solidarité nationale, auraient dû s’imposer rapidement.

Non, la gestion de cette crise n’est toujours pas à la hauteur du fléau que constitue la propagation continue et exponentielle du chikungunya dans nos îles. Pire, elle n’est pas à la hauteur des incidences économiques prévisibles. Car où en sommes-nous aujourd’hui?

  • Des administrations, des collectivités locales vidées de leurs personnels. Ceux-là mêmes qui sont supposés multiplier surveillance, prévention et interventions curatives;
  • Des entreprises dans l’ensemble des secteurs d’activités, amputées de leurs forces vives;
  • Une incidence prévisible sur la saison touristique à venir;
  • Un absentéisme record dans les établissements scolaires, aussi bien chez les enseignants que chez les élèves;
  • Une récurrence des arrêts maladie du fait de rechutes fréquentes et de la rémanence d’un état fébrile;
  • Des séquelles invalidantes qui peuvent entraîner une cessation durable voire définitive de l’activité professionnelle. Et donc encore un coût supplémentaire pour la Sécurité Sociale!
  • Un manque de moyens humains et matériels à l’hôpital, et donc une prise en charge défaillante des patients identifiés par les médecins généralistes comme présentant des critères d’hospitalisation.

Ceci sans parler des évolutions prévisibles et de la perturbation probable des sessions locales d’examens (bac, brevet, …).
Alors, il est vraiment temps que l’Etat se souvienne et intervienne bien au-delà du suivi statistique, de la prévention et des informations régulières à la population.
Bien sûr les communes ont le devoir de se mobiliser. Mais n’oublions pas que les impératifs de santé publique sont au coeur des missions de l’Etat! N’oublions pas que la situation financière des communes est aujourd’hui exsangue et que la raréfaction des subsides de l’Etat n’y est pas pour rien!
Aujourd’hui une part de plus en plus importante de notre personnel est touchée. Nous n’avons ni les moyens de recruter, ni ceux de dédier exclusivement sur le long terme le personnel restant à la gestion de cette crise sanitaire.

Alors, quelles enveloppes financières sont prévues pour:

  • Accompagner l’effort des collectivités locales;
  • Venir en aide et soutenir les entreprises et/ou les secteurs économiques en difficulté;
  • Mettre à niveau ne serait-ce que ponctuellement les capacités humaines et logistiques de l’hôpital;
  • Renforcer encore la prévention ; Mais surtout intervenir sur les espaces publics ou privés abandonnés et réservoirs privilégiés de gîtes larvaires;
  • Aider les foyers les plus démunis (distribution de traitements anti-moustiques…)

Quelles adaptations pour le système hospitalier et le système de santé de ville? Quels moyens logistiques? Quels renforts venus solidairement de l’hexagone?
Entend-on mettre en place les outils d’évaluation de l’impact économique et social de cette crise majeure?

En d’autres temps, l’Etat solidaire avait minimisé la crise qu’a connue la Réunion. Il a fallu plus d’un an pour prendre la mesure de l’évènement et déployer correctement la solidarité nationale. Il a fallu près de trois ans à la Réunion pour se remettre des effets de cet évènement catastrophique sur les plans sanitaire, économique et social.

En d’autres lieux, 200 personnes ont été mises en quarantaine en France hexagonale pour un cas identifié; la réactivité pour traiter la zone fut de 48 heures!

L’urgence à agir dans les départements d’Outre-Mer est-elle sujette à spécificité?
L’histoire doit-elle absolument se répéter?