Soirée des Reconnaissances : Jean Bernabé explique l’esprit KTKZ

logo ktkzComme chaque année en Martinique, Kolétètkolézépol (KTKZ) organise une Soirée du signalement et des Reconnaissances afin de valoriser le mérite et l’implication citoyenne individuelle ou collective des Martiniquais en matière sociale, économique ou institutionnelle. Les qualités mises à l’honneur sont : la tolérance, la solidarité, la ténacité positive et altruiste, l’imagination créatrice au service du développement et de l’épanouissement collectifs, l’adéquation des professions de foi et des actes, la disposition au rassemblement manifestée dans des actes concrets. Ci-après, l’allocution de Jean BERNABE, l’un des fondateurs de KTKZ, prononcée le mercredi 30 avril 2014 à l’Agora du Conseil Régional de la Martinique.

     Mesdames et Messieurs, chers amis,
Au nom de Kolétetkolézépol, autrement dit KTKZ, je tiens à remercier Monsieur le Président de Région, Serge Letchimy, d’avoir bien voulu mettre à la disposition de notre soirée l’Agora, qui est un espace de la Maison du peuple, et par la même offert à une manifestation se voulant citoyenne. Avant d’intervenir sur ce dispositif du signalement et des Reconnaissances, objet de notre rencontre, je voudrais indiquer en quoi consiste un authentique kolé tett kolé zépol. Cette expression, en provenance du créole haïtien, suggère le rassemblement, mot, il est vrai, souvent galvaudé. Tout dépend en effet de la nature et de l’objectif du rassemblement envisagé par les uns ou les autres !

     – Le kolé tett kolé zépol n’est pas une utopie pour instaurer une coalition entre des partis politiquement opposés.

     – Ce n’est pas non plus un artifice visant à créer une entente propre à défendre des intérêts de classe ou ethnocentriques.

     – Un kolé tett kolé zépol crédible s’appuie avant tout sur une aptitude au dialogue, dialogue qui n’est possible que si une véritable empathie s’installe entre les différents partenaires, en dépit de leurs différences idéologiques et politiques. Le terme « empathie » est bien plus opérant que celui de sympathie. Il ne s’agit pas de verser dans un moralisme compassionnel ni de prouver que « tout le monde il est beau il est gentil ». La vertu de l’empathie est de permettre à chacun une compréhension de la genèse et des motivations propres aux parcours idéologiques d’autrui.

     – Une des fonctions du dialogue, qui en découle naturellement, est de servir de tremplin à une analyse globale la plus objective possible de la situation de notre pays, de manière à ce que soient élaborées, proposées, voire expérimentées, des solutions aptes à le faire sortir de la tragique ornière où il se trouve enfoncé.

     – C’est vrai que chaque pays est désormais inexorablement relié au reste du monde et ne peut ignorer ce lien, mais cela ne doit pas dispenser chaque peuple de rechercher les moyens, sinon d’un gouvernement (au sens littéral du terme), du moins d’une auto-gouvernance citoyenne au service de l’intérêt collectif.

     – Pour ce faire, il importe, en dehors de toute joute oratoire, affrontements individuels de politiciens ou divisions idéologiques, de repérer le capital de forces positives dont dispose notre pays. Il n’est pas question de stigmatiser la dimension idéologique des humains, qui ont, en tant que tels, et doivent avoir des idées. Il ne s’agit pas non plus d’annihiler toute conviction. Cela dit, l’immobilisme idéologique, souvent assimilé à la fidélité à soi-même, est en fait un mal lié à des réalités humaines dont la persistance a forcément des racines historiques tant au plan individuel que sociologique.

     KTKZ n’est pas un parti, puisque le mot « parti » implique la notion de partition, donc de division, voire de dividendes en matière de pouvoir ! Ce mouvement accepte le dialogue avec toutes les options politiques. En ce sens, on peut le définir non pas comme apolitique, car l’Homme – nous le savons bien — est un animal politique, mais comme omnipolitique (au sens où on parle d’espace « omnisports » c’est-à-dire ouvert à tous les sports). Sa visée est donc un dialogue universel, source d’une intelligence collective et d’une compréhension au service d’un changement décisif, fût-il progressif ! Ce dernier adjectif est de nature à dissiper l’aspect utopique qui pourrait être assigné à pareille démarche, tout en lui conservant son caractère volontariste et déterminé ainsi que sa vocation rassembleuse. Rassembleuse, non pas seulement en mots creux, mais en actes concrets et avérés. Les qualités recherchées sont en fait la tolérance, la solidarité, la ténacité positive et altruiste, l’imagination créatrice au service avéré du développement et de l’épanouissement collectifs, l’adéquation des professions de foi et des actes ainsi que la disposition au rassemblement manifestée dans des comportements concrets

     On aura compris que la présente manifestation qui nous unit n’est pas une distribution de prix organisée dans le cadre d’un concours, sur le modèle, par exemple, des prix littéraires. Ce n’est pas un appel à la compétition. Pas davantage une entreprise visant à encourager l’émergence de vedettes, la création de stars. Il ne s’agit pas de verser une prime, mais de travailler à sortir notre peuple de la déprime qui le menace.

     – Il ne s’agit donc ni de récompenser, ni de décorer, mais de reconnaître.

     – Reconnaître quoi ? Reconnaître une action, fût-elle individuelle, à vocation collective au service du pays et ayant fait l’objet d’un signalement pertinent.

     – Ces actions peuvent certes être caritatives (c’est-à-dire fondées sur le principe de charité), mais elles ne doivent pas se limiter à la charité, voile qui, recouvrant des injustices structurelles, sert trop souvent à dédouaner les auteurs de ces dernières. Le plus important, c’est la mise en oeuvre d’actions qui, même cachées et discrètes, une fois découvertes et décryptées nous révèlent la capacité de notre peuple à faire peuple, sans le moindre enfermement sur lui-même.

     – Le travail de découverte et d’analyse nécessite le concours de personnes diversement orientées, idéologiquement et politiquement.

     – Nous avons affaire là à une démarche emblématique lancée par le mouvement Kolétetkolézépol, mais qui en réalité le dépasse. Le secrétariat de KTKZ remercie tous ceux et toutes celles qui auront contribué, d’une manière ou d’une autre, à la visibilité, voire au succès de cette soirée. Je pense aux membres du jury, à tous ceux qui ont alimenté le pot convivial de fin de soirée de leurs apports en boissons et autres gâteaux. Nous ne saurions oublier le travail de Victor Anicet, artiste de réputation internationale, auteur des signes de reconnaissance (vous noterez que je n’ai pas parlé de trophées !). Nous saluons tout aussi chaleureusement l’offre spontanée et bénévole d’animation musicale de Gérard Ferjule et Max Pierre-Fanfan, dont le talent enchantera notre soirée.

     Je vous remercie de votre écoute, pliss foss !