Bhaswati Mukherjee : à l’île Maurice, «Entre l’esclavage et la liberté, il y a eu les travailleurs engagés»

bhaswati_mukherjeeDerrière le succès de l’inscription de l’Aapravasi Ghat au patrimoine mondial de l’humanité, en 2006, il y eut l’intercession d’une dame : Bhaswati Mukherjee. L’ancienne ambassadrice de l’Inde auprès de l’Unesco siégeait alors au World Heritage Committee. En effet, c’est elle qui fit changer d’avis l’Advisory Body – qui comparait l’histoire de l’engagisme à Maurice à celle des immigrants modernes, à la recherche d’une vie meilleure. Une quarantaine de minutes durant, elle leur expliqua que l’engagisme est quasi similaire à l’esclavage : « Entre l’esclavage et la liberté, il y a eu les travailleurs engagés ». Rencontre avec l’ancienne membre du World Heritage Committee, qui participait à Maurice à la préparation d’un International Indentured Labour Route Project, (projet pour une « Route des Travailleurs Engagés ») visant à mieux faire connaître l’histoire de l’engagisme.

Mme Mukherjee, vous êtes à Maurice dans le cadre de la préparation de l’International Indentured Labour Route Project. En quoi consiste-t-il et quels en sont les objectifs ?
Ce projet a été inspiré par l’inscription de l’Aapravasi Ghat au patrimoine mondial. Cette inscription a démontré que la communauté internationale veut honorer la mémoire et le patrimoine des travailleurs engagés indiens qui sont venus à Maurice. Le projet est une initiative de l’Aapravasi Ghat Trust Fund et du gouvernement mauricien et entend concrétiser cette idée d’honneur à la mémoire en concevant une carte à la manière de celle de la Route des Esclaves en vue de lier les points d’entrée et de sortie de ces travailleurs engagés. Ils sont arrivés de l’Inde à Maurice et ensuite vers d’autres ports dont ceux de La Réunion, de Surinam etc. Nous avons écrit une lettre qui, une fois approuvée par le ministre de la Culture, Mookhesswur Choonee, sera envoyée au directeur général de l’Unesco, Irina Pokova. La lettre demande que l’on inscrive ce projet au prochain conseil exécutif, la 195e session, qui se tiendra au mois de septembre cette année. Nous sommes en train de finaliser le texte. Le but sera le suivi de l’Aapravasi Ghat et par ailleurs, essayer de tracer une route du parcours de ces travailleurs engagés. L’Unesco a déjà beaucoup d’expérience en la matière pour avoir réalisé la Route des Esclaves il y a dix ans et qui est très connue mondialement. La Route des Travailleurs engagés peut suivre les grandes lignes de la Route des Esclaves puisque les deux sont finalement interliées.

De quelles manières ?
Quand l’esclavage a été aboli, les colonisateurs ont eu un dilemme : comment faire marcher leurs plantations. Ils ont donc pensé aux travailleurs engagés. Ils étaient très mal payés et très loin de leur pays et ne pouvaient retourner librement s’ils le voulaient. Beaucoup ne savaient pas comment leur vie allait être. Ils étaient aussi bon marché que les esclaves. Mais, il y avait une différence, ils n’étaient pas des esclaves, mais des indentured. C’était une deuxième étape si vous voulez : d’abord, il y a eu l’esclavage, ensuite l’abolition. Ensuite, il y a eu les indentured et après, leur abolition. Donc, l’histoire des deux est liée. Le point d’entrée était l’île Maurice et on a deux sites aussi à l’île Maurice. Un pour les esclaves, Le Morne et l’autre qui est l’Aapravasi Ghat.

À quoi doit-on votre soutien au projet de l’Indentured Labour Route à Maurice ?
J’ai été invitée par le gouvernement mauricien grâce au soutien de mon ami Armoogum Parsuramen, ancien directeur de l’Unesco et ancien secrétaire du Conseil exécutif de l’Unesco à l’époque où j’étais ambassadrice de l’Inde auprès de l’Unesco.
Armoogum Parsuramen : Mme Mukherjee a été d’un apport très spécial et stratégique pour le gouvernement de Maurice quand on a présenté le dossier de l’Aapravasi Ghat au patrimoine mondial. Le gouvernement mauricien avait réuni tous les efforts nécessaires pour réaliser cette initiative, mais l’Advisory Board n’avait pas saisi le sens de l’engagisme. Après la très forte déclaration de Mme Mukherjee, suivie du soutien d’autres pays, Maurice a pu obtenir l’inscription au patrimoine mondial. C’était un cas exceptionnel. Un site qui a été « rejected » à la réunion obtient finalement un « accepted » !

Lire l’article complet sur le site « lemauricien.com » en cliquant ICI.