UAG : Les étudiants font-ils encore partie de la communauté universitaire ?

uag_etudiants_vote_02Tous les moyens sont-ils bons pour empêcher la création d’une Université des Antilles ? L’UAG serait-elle la seule fac au monde où l’avis des étudiants compte pour du beurre ? Fred Reno, professeur en science politique, rompt le silence et livre son sentiment sur la singulière «consultation» du 23 avril menée par l’intersyndicale gréviste du pôle Guadeloupe.

 

Il n’y a pas eu de consultation de la communauté universitaire en Guadeloupe

Par Fred RENO

« Voter c’est exister ».
Ce slogan a été celui de l’intersyndicale du pôle Guadeloupe qui a bloqué le campus pendant plus d’un mois. Après la consultation des personnels, nous sommes plusieurs à avoir choisi le silence afin d’éviter d’alimenter un conflit dont on avait du mal à saisir l’intérêt, après les réponses obtenues par l’intersyndicale. De plus, les limites de la consultation semblaient avoir été clairement circonscrites par ses initiateurs : « par nous mêmes et pour nous mêmes », pouvait-on lire dans le communiqué qui l’annonçait.

Je suis pour ma part favorable à une université des Antilles. Je l’ai maintes fois rappelé et suis prêt à m’en expliquer si nécessaire. Nous avions donc choisi le silence, mais dans certaines circonstances le silence peut être complice de l’inacceptable. Mon éthique et ma fonction d’enseignant-chercheur en science politique m’imposent un questionnement sur ce qui a été présenté par l’intersyndicale comme « un processus éminemment démocratique ».

Après la signature du protocole de fin de conflit et surtout la tenue consécutive d’un vote sur le pôle, une question simple se pose désormais à tous. Quelle portée accorder à une consultation sur l’avenir institutionnel de l’université en Guadeloupe organisée sans la participation des étudiants et aux mépris des règles minimales de scrutin?
La question mérite en effet d’être posée compte tenu des interprétations que certains n’hésitent pas à faire de ce vote, l’assimilant à un quasi referendum.

Après la décision du ministère de ne plus organiser la consultation en raison du blocage du campus qui interdisait l’organisation du scrutin, l’intersyndicale a pris l’initiative d’appeler une assemblée générale le 23 avril, donc en pleines vacances de pâques, et de faire voter uniquement les personnels.

Comment des syndicats dont l’existence et la raison d’exister s’inscrivent dans la lutte contre les inégalités et l’injustice en arrivent à organiser consciemment et sans aucune explication l’exclusion des étudiants, composante majoritaire de l’université ?
J’entends déjà l’objection. Les étudiants n’avaient qu’à organiser leur consultation. Mais, était-il techniquement possible pour eux de l’assurer dans une faculté fermée et donc désertée par eux ? Et, surtout, qui pourrait penser que dans une période d’examens, les étudiants n’ont d’autres préoccupations que d’organiser une consultation ? Ce qu’a fait l’intersyndicale en direction des personnels est loin d’être l’exemple à suivre.

Premièrement, le vote organisé a eu lieu le 28 avril, c’est à dire le jour de la rentrée ! La conséquence la plus visible de ce choix a été une abstention importante des enseignants. Les personnels administratifs censés être présents sur leur lieu de travail ont été plus nombreux à voter. Sur une liste de 257 inscrits, 132 ont voté: soit un taux de participation de 51%. Les enseignants ont été moins nombreux à voter. 60% d’entre eux se sont abstenus ou se sont trouvés exclus si l’on établit le rapport entre le nombre de votants (103) et le nombre d’inscrits (258).

Deuxièmement, même si un huissier était présent sur les lieux, on ne peut s’empêcher de s’interroger sur la qualité d’un processus électoral qui n’accorde aucun temps de parole aux défenseurs des deux options, ni un délai raisonnable entre la décision de l’intersyndicale de procéder à une consultation et le vote.
Mais là n’est sans doute pas le pire. La lecture des critères de la participation et du statut des personnes inscrites sur les listes électorales révèle une irrégularité grave qui, à elle seule, invalide d’emblée le processus.

En effet dans le memento du bureau de vote rédigé par l’intersyndicale, on peut lire : « Sont déclarés pouvant participer à la consultation, les personnels… ayant pour employeur principal l’UAG affectés en Guadeloupe ». Curieusement, plusieurs personnes ne répondant pas à ce critère étaient inscrites sur la liste électorale. Aucun commentaire n’a été fait à ce jour sur cette irrégularité. Sans compter que le président de la commission électorale est en même temps porte-parole de l’intersyndicale, autrement dit juge et partie !

Comment des universitaires et notamment des responsables, des juristes par ailleurs commentateurs de la vie politique, à priori au fait des prérequis de la démocratie, ont pu cautionner par leur participation active ce méfait ?

Le comble est que ce processus est présenté comme « éminemment démocratique ».
En réalité, un flou insidieux est entretenu dans les médias sur ce qui s’est passé le 28 avril 2014. La vérité est qu’il n’y a pas eu de consultation « démocratique » de la communauté universitaire en Guadeloupe

Ce vote conforte la tendance apparemment dominante dans l’intersyndicale que les étudiants ne passent pas assez de temps à l’université (4 à 5 ans), pour avoir droit à la parole sur l’évolution de l’institution. Cet argument effarant a été avancé par plusieurs enseignants qui considèrent que les étudiants sont de passage. Comme si une université pouvait fonctionner autrement ! Alors oui, voter c’est exister. Mais pour voter, il faut d’abord exister ! La composante étudiante n’a pas voté…

Fred RENO