Caraïbe : L’AEC signe la déclaration de Mérida

aec_merida_2014_martinique-guadeloupeL’Association des Etats de la Caraïbe (AEC) fête cette année son 20e anniversaire à Mérida au Yucatán (Mexique). Ce VIe sommet des chefs d’Etats et de gouvernements du 30 avril 2014 fut aussi l’occasion de signer la « Déclaration de Mérida ». L’AEC est une organisation de consultation, de coopération et de concertation dans les domaines du commerce, du transport, du tourisme durable et de la réduction des risques de catastrophes dans la Grande Caraïbe.

Les 25 Etats membres

Antigua-et-Barbuda, les Bahamas, Barbade, Belize, Colombie, Costa Rica, Cuba, Dominique, République Dominicaine, Le Salvador, Grenade, Guatemala, Guyana, Haïti, Honduras, Mexique, Jamaïque, Nicaragua, Panama, Saint-Kitts & Nevis, Sainte-Lucie, Saint-Vincent & Grenadines, Surinam, Trinidad & Tobago et le Venezuela.

Les membres associés

La France au titre de la Guadeloupe, de la Guyane et de la Martinique (Départements et Régions d’Outre-Mer); de Saint-Martin et Saint-Barthélemy (Collectivités d’Outre-Mer).

Les Pays-Bas au titre de Curaçao et Sint-Marteen (Etats autonomes du royaume); Aruba (Etat du royaume); Bonaire et Saba/Saint-Eustache (municipalités à statut particulier).

Le Royaume-Uni au titre de Turks & Caicos (Territoire Britannique d’Outre-mer).

La Région Guadeloupe et la Région Martinique « au même titre que la France et en leur nom propre ». Les présidents de Région ont signé leur adhésion à l’AEC par délégation du Ministre des affaires étrangères de la France, au nom du gouvernement de la République.

DECLARATION DE MERIDA

Nous, les Chefs d’Etat et/ou de Gouvernement des États et territoires membres de l’Association des États de la Caraïbe (AEC), réunis en la ville de Mérida, Yucatán, Mexique, le 30 avril 2014, pour célébrer le Vingtième anniversaire de notre Association et continuer à la renforcer face aux défis à venir;

1. Soulignons l’importance de la Grande Caraïbe, région qui regroupe près de la moitié de la population de l’Amérique latine et de la Caraïbe et représente 55 % de la totalité des échanges commerciaux, et réitérons la permanence de l’Association des États de la Caraïbe en tant qu’espace privilégié de dialogue et de coopération pour progresser vers l’intégration Latino-américaine et caribéenne;

2. Sommes conscients des défis qu’affronte la Grande Caraïbe, et principalement les Petits Etats Insulaires en Développement, pour parvenir au développement soutenable, défis qui sont accentués par un contexte mondial particulièrement complexe et une vulnérabilité palpable et croissante face aux impacts négatifs du réchauffement mondial aggravés par les agissements de l’homme.

3. Réitérons notre engagement à un développement régional intégré, inclusif et équitable, en tenant compte de l’importance d’assurer un traitement favorable pour les petites économies vulnérables.

4. Nous exprimons notre satisfaction face aux réalisations des vingt années qui se sont écoulées depuis la création de notre Association, parmi lesquelles la création de la première Zone de Tourisme Durable du monde, et soulignons notre volonté de la renforcer et de la consolider de manière à accroître sa contribution au développement durable et au bien-être des États membres et membres associés.

5. Nous réaffirmons notre engagement à l’égard de la Déclaration de Pétion Ville, issue du Ve Sommet des chefs d’Etat et/ou de Gouvernement de l’AEC tenu en Haïti le 26 avril 2013, et à sa mise en œuvre.

6. Nous réitérons notre soutien aux principes de la Charte des Nations Unies, qui est essentiel à l’assurance d’un environnement de coopération efficace, incluant le droit de chaque peuple à définir dans la paix, la stabilité et la justice son propre système politique.

7. Nous insistons sur notre appel au gouvernement des États-Unis d’Amérique pour mettre fin à l’embargo économique, commercial et financier à notre nation sœur de Cuba. Nous demandons l’abrogation de la Loi Helms-Burton et la suspension de son application extraterritoriale dans les États membres et membres associés de l’Association, conformément aux 22 résolutions pertinentes, approuvées par l’Assemblée générale des Nations Unies.

8. Nous réaffirmons notre condamnation de tous les actes de terrorisme sous toutes ses formes et manifestations, où que ce soit et quel que soit leur auteur. Nous nous engageons à coopérer pour prévenir et lutter contre cette menace efficacement. Nous rejetons fermement toutes les évaluations, listes de contrôle et certifications unilatérales.

9. Soulignons la priorité de nos travaux en matière de gestion intégrale des risques de catastrophes afin de réduire les effets néfastes des phénomènes d’origine naturelle et/ou anthropique; de transport et d’amélioration de la qualité de la connectivité dans la région; de développement du commerce et des relations économiques extérieures, ainsi que de tourisme durable, et nous nous engageons à renforcer la coopération dans ces domaines.

10. Soulignons notre intention de coopérer dans les domaines prioritaires selon les mandats des Sommets précédents en matière d’éducation, de patrimoine culturel, de science et de technologie dans la Grande Caraïbe, pour parvenir et consolider l’inclusion et le développement durable de nos peuples.

11. Réaffirmons notre engagement à la protection de la mer des Caraïbes, et nous soulignons l’importance des travaux de la Commission de la mer des Caraïbes pour garantir et promouvoir sa préservation et son usage durable. Nous exhortons la Commission de conclure un programme de travail avec les buts et objectifs spécifiques pour le développement de la notion de la mer des Caraïbes comme une « zone spéciale dans le contexte du développement durable», tel qu’il a été adopté dans la résolution A/RES/67/205 de l’Assemblée générale des Nations Unies.

12. Exprimons notre satisfaction face aux progrès significatifs enregistrés dans la mise en œuvre du Plan d’action de Pétion Ville, en dépit de la brièveté de la période qui s’est écoulée depuis son adoption, parmi lesquels on note plus particulièrement:

a. L’entrée en vigueur le 6 novembre 2013, de la Convention créant la Zone de Tourisme Durable de la Caraïbe;

b. L’entrée en vigueur le 31 mars, 2013, de l’Accord de coopération régionale en matière de catastrophes naturelles;

c. La réalisation de l’Atelier international sur la gestion intégrale des risques de catastrophes associés à des phénomènes naturels, réalisés les 25 et 26 novembre de 2013 à Mexico ;

d. La mise en fonctionnement de l’Unité de gestion et suivi des projets de coopération du Fonds Spécial de l’AEC, qui contribuera au renforcement administratif de l’Association, au suivi ponctuel de l’exécution des projets sur lesquels se sont accordés les États membres et membres associés, et à gérer l’obtention de ressources nouvelles et accrues provenant de la communauté internationale pour financer des projets dans les domaines prioritaires de l’AEC. Cela permet de renforcer de manière positive les fonctions du Conseil des Représentants nationaux du Fonds Spécial;

e. La mise en œuvre de la deuxième phase du projet de renforcement des opérations et services hydrométéorologiques dans les petits Etats insulaires en développement de la Caraïbe (SHOCS) – Système d’alertes précoces;

f. La constitution du Groupe de travail de la facilitation du commerce pour échanger des informations et promouvoir l’intégration des systèmes douaniers des Caraïbes;

g. La mise en place du Groupe de travail sur les visas d’affaires pour souligner les meilleures pratiques qui peuvent en résulter dans la création d’un modèle applicable pour la région des Caraïbes;

h. La réalisation de l’Atelier sur le rôle du Tribunal international dans le règlement des différends liés au droit de la mer dans la région de la Caraïbe à Mexico les 5 et 6 juin 2013 ;

i. La mise en place des sous-commissions de la Commission de la mer des Caraïbes; Ainsi que le recrutement d’un expert qui contribuera à l’élaboration d’une proposition servant de base aux discussions de la Commission de la mer des Caraïbes;

j. Le groupe de travail constitué par l’Organisation caribéenne du tourisme (OCT), l’Association latino-américaine et caribéenne du transport aérien (ALTA), l’Association internationale du transport aérien (IATA) et l’AEC pour œuvrer à l’amélioration de la qualité des dessertes aériennes dans la région.

13. Ces progrès et notre foi en la force de notre Association font que nous nous engageons à continuer à la doter des instruments lui permettant de répondre de manière efficace aux besoins de ses États membres et membres associés.

a. Nous poursuivrons le processus de consolidation de l’Association, à laquelle nous offrons tout notre soutien.

b. Nous progresserons dans l’exécution du Plan d’action de Pétion Ville et des décisions contenues dans la présente Déclaration; et

c. Nous promouvrons une vision qui permette de gérer les risques de catastrophe suivant une approche intégrale selon les politiques des pays de la région à même de les réduire et de faire de nous des pays et territoires durables, comme l’indique le Plan d’action de Saint Marc et comme l’a mis en évidence l’atelier sur la question réalisé en novembre de 2013 à Mexico.

14. Nous saluons et nous recevons avec plaisir les quatre initiatives présentées par le Mexique, lesquelles s’encadrent parfaitement dans l’agenda de l’Association pour renforcer la coopération, et nous invitons les entités nationales à travailler sur la mise en œuvre, conformément aux dispositions juridiques et la politique interne de chaque pays.

a) Nous échangerons des expériences pour l’intégration des systèmes qui nous permettront d’avancer vers la mise en œuvre d’un Système d’information territoriale dans la Grande Caraïbe pour la prévention des désastres naturels, lequel contribuera à nos efforts en vue d’une gestion intégrale des risques.

b) Nous participerons à la mise en marche d’un Système d’information et d’infrastructure géo spatiale qui répondra aux besoins de notre région et nous permettra d’optimiser l’utilisation des informations géo spatiales au profit de nos peuples. De cette manière la région de la Grande Caraïbe s’unira aux efforts de l’Initiative du Comité d’experts des Nations Unies sur la gestion de l’information géo spatiale.

c) Nous travaillerons avec les principaux ports de la région, selon leur classification (plateformes portuaires, ports de transbordement et ports de petite taille), afin d’assurer le développement du transport maritime sur de courtes distances, en abordant, en particulier, les questions de logistique et d’infrastructure dans les petits ports, et pour ce faire, on a besoin de la présentation du profil technique du projet.

d) Nous coopérerons pour que les bureaux de douanes de la région adoptent des mécanismes qui contribuent à faciliter le commerce et améliorer l’efficacité et la souplesse des démarches réalisées par les autorités responsables du contrôle du transport international de marchandises la région, en reliant les systèmes douaniers de la Caraïbe, et en ce sens, nous soutenons l’élargissement du transit international des marchandises (TIM).

15. Nous nous félicitons de l’entrée en vigueur de la Convention créant la Zone de Tourisme Durable de la Caraïbe et demandons instamment aux États membres et membres associés de respecter et de mettre en œuvre le cadre de la coopération couvert par cette convention, dont l’application sera bénéfique pour le développement durable de notre mer des Caraïbes.

16. Nous demandons au Secrétariat de l’AEC de convoquer une réunion pour arrêter une stratégie et une méthodologie conjointes de nos pays afin de progresser de manière coordonnée dans la mesure des différents indicateurs de durabilité établis dans le cadre de notre Convention comme paramètre d’évaluation.

17. Nous réaffirmons notre volonté de renforcer et de soutenir l’exécution des actions recommandées par le Groupe de travail constitué par l’AEC, l’IATA, l’ALTA et l’OCT créé à Cancún en novembre 2013, qui ont pour objectif de contribuer au développement de la qualité des dessertes aériennes.

18. Nous reconnaissons l’importance d’explorer des opportunités de coopération orientés dans l’identification et la réalisation d’études en matière de régulation et de contrôle du trafic multimodal dans la région de la Grande Caraïbe, avec le but de contribuer à améliorer la connectivité régionale et renforcer le commerce international.

19. Nous célébrons le 100ème Anniversaire, le 15 Août prochain, du Canal de Panama, voie navigable interocéanique qui contribue au développement économique et durable de la région et dont le projet d’expansion va permettre une plus grande ouverture et facilitation du commerce maritime dans la région de la Grande Caraïbe.

20. Nous chargeons le Conseil des Représentants nationaux du Fonds Spécial d’organiser, conjointement avec le Secrétariat général, le « Forum pour l’échange d’idées et la planification », qui devra élaborer des recommandations en vue de renforcer la coopération internationale dans le domaine de l’AEC, ceci incluant l’identification des mécanismes permettant de moderniser la gestion et l’exécution des projets administrés par l’entremise de l’Unité de gestion et le suivi des projets de coopération.

21. Nous souhaitons la bienvenue à la Martinique, à la Guadeloupe et à Sint-Maarten et nous nous félicitons de leur intégration en tant que Membres Associés de l’AEC en leur nom propre, une action qui renforce le projet d’incorporer la totalité des pays et territoires de la Grande Caraïbe au sein de notre Organisation. A ce titre, nous mettons en exergue l’existence des programmes de coopération interrégionaux (INTERREG) destinés au financement des projets au profit de la Grande Caraïbe.

22. Nous prions instamment les États membres et membres associés de s’acquitter de leurs obligations financières vis-à-vis de l’Association et de se maintenir au courant du paiement de leurs contributions annuelles.

23. Nous applaudissons le procès de consolidation de la Communauté des Etats Latino-américain et Caraïbe (CELAC) et nous soulignons l’importante contribution que fait l’Association pour assurer une plus grande intégration entre la Caraïbe et l’Amérique Latine.

24. Nous réaffirmons également notre volonté de continuer à impulser le renforcement des liens fonctionnels de l’association avec des autres organismes et mécanismes régionaux au but d’un usage plus efficient des ressources disponibles, l’intensification de la coopération et l’intégration dans la région.

25. Nous exprimons notre solidarité avec le peuple et le gouvernement de la République Bolivarienne du Venezuela suite aux actes de violence dans ce pays frère avec malheureusement des victimes. Nous réitérons notre engagement sans faille à la préservation de l’ordre démocratique, la primauté du droit, le respect des droits de l’homme et des libertés fondamentales et à cet égard nous soutenons le dialogue ample et participatif promut par le gouvernement constitutionnel avec les acteurs politiques et secteurs de la société, et avec l’accompagnement de l’UNASUR et du Vatican.

26. Nous remercions le Secrétaire général, Son Excellence Monsieur Alfonso Múnera Cavadía, ainsi que tout le personnel du Secrétariat Général, de leur profond dévouement, ce qui a permis, en peu de temps, de consolider le mandat vers la réalisation de nos buts et objectifs.

27. Nous exprimons notre profonde gratitude au Président du Mexique, Son Excellence Monsieur Enrique Peña Nieto, ainsi qu’au gouvernement et au peuple mexicain – en particulier, à la ville de Merida – pour leur chaleureux accueil et la généreuse hospitalité, dont ils ont fait preuve pendant la tenue de ce VI Sommet des Chefs d’Etat et/ou de gouvernement de l’Association des Etats de la Caraïbe.

Intervention de George Pau-Langevin, Ministre des Outre-mer 

Mesdames et Messieurs les chefs d’Etat, Mesdames et Messieurs les chefs de Gouvernement, Mesdames et Messieurs les Ministres et vice-ministres, Monsieur le Secrétaire général de l’Association des Etats de la Caraïbe, Mesdames et Messieurs les Ambassadeurs, Mesdames et Messieurs les personnalités,

Depuis celui de Port d’Espagne, à Trinité-et-Tobago, en 1995, il y a bientôt vingt ans, chaque sommet de l’Association des Etats de la Caraïbe constitue à lui seul un moment historique.

Mais pour la France que je représente ici, ce VIème Sommet, à Merida, fera particulièrement date, car il restera dans l’histoire comme celui de l’adhésion officielle à l’AEC en tant que membres associés de plein droit, de la Guadeloupe et de la Martinique.

Au nom du Président de la République française, François HOLLANDE, je tiens donc à exprimer devant vous la satisfaction, mais surtout la gratitude de la France à l’égard de l’ensemble des membres de l’AEC. En soutenant ces deux adhésions, vous avez compris la volonté de la Guadeloupe et de la Martinique de s’inscrire pleinement dans leur environnement régional et de participer encore plus directement à la construction de la Caraïbe comme espace de croissance, de développement, de prospérité et de sécurité. Cette volonté, la France la soutient pleinement.

La présence de la France comme membre associé au sein de l’AEC est depuis l’origine l’illustration de l’intérêt constant de mon pays pour cette région. Mais cet engagement, nous souhaitons encore le renforcer, comme en témoigne la visite d’Etat que le Président de la République française a effectué au début de ce mois ici même, au Mexique, à l’invitation du Président Enrique Peña Nieto, cinquante ans après celle du Général de Gaulle. Le déplacement à Cuba, quelques jours plus tard, de M. Laurent Fabius, alors qu’aucun ministre français des Affaires étrangères ne s’était rendu à La Havane depuis plus de trente ans, participait de la même volonté politique. Ces adhésions traduisent également un attachement réel à la dimension caribéenne de son identité qui n’a jamais été autant assumée et valorisée. Pour la Guadeloupe et pour la Martinique, c’est plus encore aujourd’hui la reconnaissance éclatante d’une dimension caribéenne de leur destin.

Je tiens donc à remercier le Mexique, et son président M. Enrique Peña Nieto, notre hôte, pour son accueil et pour la qualité des travaux de ce VIème Sommet. Je veux aussi saluer le Guatémala, qui prend aujourd’hui la présidence du Conseil des ministres de l’AEC, et également Trinité-et-Tobago et le Vénézuéla, qui en assumeront les deux vice-présidences. A tous, je veux formuler des vœux de plein succès dans la poursuite du travail engagé auquel la France prendra toute sa part.

Je veux enfin féliciter le secrétaire général Alfonso Muñera pour l’énergie et les talents qu’il déploie au quotidien pour faire vivre et pour concrétiser les ambitions de l’AEC. Je veux le remercier d’avoir, par sa présence, donné tout le relief qu’il convenait aux cérémonies de signature des adhésions de la Guadeloupe et de la Martinique.

Il y a tout juste un an, en Haïti, lors du Vème Sommet, nous partagions tous la volonté commune de redonner un nouveau souffle à l’AEC. La déclaration de Pétionville avait remarquablement traduit cette ambition.

Notre association est une enceinte unique, essentielle et décisive pour le dialogue, pour l’échange et pour la coopération entre tous nos pays. Nous vivons dans un espace commun, en vertu et non en dépit de nos singularités irréductibles que sont nos histoires, nos langues et nos cultures respectives.

Cet espace commun, nous devons le fertiliser, le construire et le développer en même temps que nous devons en protéger les équilibres sociaux et environnementaux. La déclaration de Merida – « AEC 20/20 : présent et avenir » – s’inscrit dans le prolongement et l’approfondissement de celle adoptée à Pétionville. Le recentrage de notre association sur ses compétences est une orientation que la France ne peut qu’approuver. Depuis un an, il y a eu des avancées nombreuses et significatives.

Nous pouvons ainsi nous réjouir de l’entrée en vigueur de l’accord régional sur les catastrophes naturelles, car nous savons tous combien la Caraïbe est vulnérable. N’en doutons pas : nombre de ces catastrophes sont provoqués par le changement climatique, dont les effets sont d’ores et déjà dévastateurs dans les Caraïbes. Si rien n’est fait, ce sont plusieurs millions d’habitants de la région qui en souffriront directement – non seulement dans les régions insulaires, mais aussi sur le continent. Les Etats-membres de l’AEC peuvent et doivent exprimer cette inquiétude lors de la prochaine conférence des Nations Unies sur le changement climatique qui se tiendra à l’automne prochain à Lima. Il nous faudra dans tous les cas parvenir à un accord lors de la Conférence Paris Climat de l’automne 2015, à la préparation de laquelle la France vous invite à vous associer. Certes, la France dispose de moyens importants d’intervention, qu’elle a malheureusement déjà eu l’occasion de déployer dans la région. Le dramatique séisme d’Haïti en 2010 est, j’en suis sûr, dans toutes les mémoires : je ne vous cacherai pas que les images des effets de ce tremblement de terre à Port-au-Prince, où je m’étais rendue quelques semaines plus tard, sont gravées pour toujours dans la mienne. Nous voulons redire ici notre souhait d’apporter à cette entreprise tout notre appui technique, en particulier depuis les départements français d’Amérique. La Guadeloupe assume d’ailleurs la présidence du comité spécial chargé pour la réduction des risques de catastrophe et nous l’encourageons à poursuivre son implication.

La France se félicite aussi tout particulièrement de la création de la zone de tourisme durable qui est entrée en vigueur le 6 novembre dernier. La Caraïbe dispose d’atouts et de potentiels considérables, ne serait-ce qu’avec ses paysages ou sa biodiversité terrestre et marine. Il convient tout à la fois de les valoriser davantage, de les exploiter mais aussi de les protéger.

La promotion du tourisme, comme la protection de l’environnement et le rapprochement des territoires par le développement des liaisons aériennes et maritimes nécessitent d’encourager l’élaboration de stratégies régionales.

Je tiens, à cet égard, à souligner le rôle précieux du Conseil régional de la Martinique, qui assure la présidence du comité spécial du tourisme durable.

Le programme «  Unir la Caraïbe par voie aérienne et maritime » répond également à une préoccupation que nous partageons tous, depuis des années : renforcer les liens commerciaux et touristiques et permettre aux ressortissants des pays de la Grande Caraïbe de rapprocher leurs territoires respectifs. C’est là une condition nécessaire à l’intégration de cette région : il nous faut encore trop souvent passer par l’Europe ou l’Amérique du nord pour nous rendre d’un pays de la Caraïbe à l’autre. Je me réjouis donc de la récente réouverture de la ligne aérienne entre Fort-de-France et La Havane, opérée par Cubana de Aviación, mais il nous faut encore densifier ces lignes aériennes et maritimes, lorsque leur rentabilité est assurée.

C’est pourquoi nous attendons avec intérêt les recommandations du groupe de travail ad hoc. La nomination d’un expert chargé de contribuer à élaborer la proposition visant à faire de la mer des Caraïbes une « zone dans le contexte de développement durable » va assurément dans le bon sens. Nous le savons aussi : rien n’est aussi favorable au progrès humain et au rapprochement entre les peuples que la mise en partage de l’éducation, de la culture, des sciences et des technologies. C’est la raison pour laquelle le développement d’un programme d’études et d’échanges, sur le modèle du programme européen ERASMUS constitue, selon nous, une initiative prometteuse.

Renforcer les liens de coopération au sein de l’AEC est une belle ambition. Dans cette perspective et dans le prolongement du plan d’action d’Haïti, la France tient aussi à marquer son soutien aux propositions présentées par le Mexique.

Je pense d’abord au système méso-américain d’information territoriale pour la Caraïbe. Je pense ensuite à l’initiative des Nations Unies pour la gestion mondiale de l’information géospatiale, ainsi qu’au développement de l’interconnectivité pour améliorer et faciliter le commerce et le transport maritime de courte distance. Et je pense enfin au transit international des marchandises dans la Grande Caraïbe. La France continuera d’appuyer ce plan d’actions auprès de l’Union européenne, avec précisément cette conviction que nous devons demeurer ce lien fort, constant et permanent entre l’AEC et l’Europe, en ayant le souci d’être vigilants quant à la bonne utilisation des fonds européens en matière de coopération régionale. Oui, la France veillera à ce que l’Union européenne demeure un partenaire majeur de l’AEC.

Par la nouvelle dynamique qu’elle a engagée, l’AEC est plus que jamais en mesure de jouer pleinement son rôle dans un monde où les crises économiques, les désastres écologiques et les catastrophes naturelles nous rappellent qu’aucun homme n’existe par lui-même, qu’aucun Etat n’existe isolément et que les Etats eux-mêmes forment société. La collaboration économique, la solidarité politique, l’entente entre les cultures ne sont ni un acquis, ni une rente. Elles exigent des efforts à renouveler constamment. Elles constituent des ambitions à entretenir sans cesse.

Nous ne devons donc pas relâcher nos efforts en faveur de la construction d’une Caraïbe toujours plus prospère, parce que toujours plus unie, et toujours plus forte, parce que toujours plus solidaire. Ces idées, trois grandes figures caribéennes qui nous ont quittés récemment les partageaient certainement, et je tiens à saluer leur mémoire :

  • A.N.R. Robinson, le grand homme d’Etat de Trinité-et-Tobago,
  • Norman Girvan, qui fut un remarquable secrétaire général de l’AEC
  • et, bien sûr, Gabriel Garcia Marquez.

Gabriel Garcia Marquez, en particulier, parce que son œuvre a dépassé et transcendé les frontières et qu’elle est aujourd’hui, plus que jamais, un héritage commun, partagé de ce côté-ci de l’océan, comme de l’autre. Lui, par ses mots, par la sagesse de ces réflexions et par son regard sur le monde, est parvenu à synthétiser des différences et à les transformer en ferments d’unité.

En clôture du discours qu’il avait prononcé pour la réception de son prix Nobel de littérature, Gabriel García Márquez avait rappelé « qu’il n’est pas encore trop tard pour entreprendre la création de l’utopie ». La construction d’une Caraïbe prospère, unie et en paix est une belle utopie : écoutons le poète de Macondo, et continuons à travailler, ensemble, à son émergence.

Je vous remercie.

Comments

  1. Je souhaiterais simplement signaler que la Martinique et la Guadeloupe y sont associer en leurs nom propre depuis le 11 et le 14 avril 22014.